Libye : après Sarkozy et Hollande, Macron propose ses bons offices

Libye : après Sarkozy et Hollande, Macron propose ses bons offices
Un combattant de l'Armée nationale libyenne se bat contre les djihadistes à Benghazi, le 17 juillet 2017, photo ©Esam Al-Fetori/Reuters

En 2011, la France intervenait en Libye. Depuis, le pays a sombré dans le chaos, alimentant la crise migratoire et le terrorisme. Six ans après le changement de régime décidé par l'Occident, Emmanuel Macron se penche à son tour sur le pays dévasté.

Le service de presse de l'Elysée l'a annoncé ce 24 juillet 2017, Emmanuel Macron va s'essayer à la résolution du chaos libyen et offrir ses bons offices. Les deux camps qui s'affrontent en Lybie seront ainsi reçus à la Celle-Saint-Cloud, près de Paris, le 25 juillet, sous l'égide du président de la République, qui veut ainsi, selon l'Elysée, démontrer son engagement personnel et donner un signal fort.

Emmanuel Macron devrait ainsi s'entretenir tour à tour avec Khalifa Haftar et Fayez al-Sarraj. Ce dernier, chef du gouvernement d'union nationale (GNA), reconnu par la communauté internationale, reste toutefois très fragile, menacé par l'autre homme fort de la Libye, le maréchal Haftar. Celui-ci contrôle en effet l'Est du pays, et l'Armée nationale libyenne (ANL) qu'il commande enchaîne les victoires. «L’enjeu est de bâtir un Etat capable de répondre aux besoins fondamentaux des Libyens et doté d’une armée régulière unifiée sous l’autorité du pouvoir civil», annonce le communiqué et d'admettre : «C’est une nécessité pour le contrôle du territoire libyen et de ses frontières pour lutter contre les groupes terroristes et les trafics d’armes et de migrants».

Crise migratoire et terrorisme, enfants du chaos libyen

Il faut dire que, six ans après l'intervention conjointe de la France et du Royaume-Uni, avec délégation de l'exécution militaire par les Etats-Unis, et au son des accents guerriers de Bernard-Henri Lévy appelant à renverser Kadhafi, l'Etat libyen n'existe plus. Techniquement, le pays est devenu ce que les spécialistes en relations internationales appellent un «Etat failli», c'est-à-dire incapable d'assurer la sécurité de ses habitants et de ses frontières. «Un panorama incroyablement éclaté sur le plan politique et militaire», résume avec pudeur un diplomate français, cité par l'AFP. Et de fait, l'intervention occidentale aurait plutôt éclaté la Libye «façon puzzle».

Le très décrié Mouammar Khadafi l'avait pourtant prédit lors d'une interview donnée à France 24 le 6 mars 2011. «Je pense que les terroristes d'al-Qaïda [...] se sont repliés en Libye. Ce sont des cellules dormantes qui se sont réveillées et ont pris les armes», prévenait-il alors, ne se trompant que sur la terminologie exacte des terroristes, aujourd'hui connus sous le nom de Daesh. Et le chantre du panafricanisme et de la Jamahiriya de mettre en garde également les Occidentaux contre la disparition du «bouchon libyen» qui les protégeait de l'immigration en provenance des régions du Sahel et de la Corne de l'Afrique. «Des milliers de gens iront envahir l'Europe depuis la Libye et il n'y aura personne pour les arrêter», prophétisait-il alors, ne se trompant là que sur les ordres de grandeur.

Après les frappes, la France au chevet de la Libye

Pour autant, ce n'est pas la première fois que la France essaie de recoller les morceaux dudit puzzle. En octobre 2016, François Hollande et son ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault lançaient une initiative diplomatique qui s'était soldée par un échec. «Nous avons besoin d'une Libye stable [...] la Libye est un terrain de passage pour des dizaines de milliers de migrants», avait alors martelé le chef de la diplomatie française. Mais Paris n'avait pas jugé utile d'inviter de représentant libyens. Autre erreur : la Ligue arabe, acteur incontournable de la région n'avait pas été conviée non plus. La diplomatie française avait alors tout misé sur le GNA de Fayez al-Sarraj.

En septembre 2016, un rapport cinglant du Parlement britannique mettait directement en cause dans le déclenchement du chaos libyen non seulement l'ex-Premier ministre britannique David Cameron mais aussi Nicolas Sarkozy. Après l'étude de mails échangés entre Hillary Clinton, secrétaire d'Etat américaine, et les services secrets français, les parlementaires en sont venus à la conclusion que la France, plutôt que de sauver les Libyens du «dément» Kadhafi, selon l'épithète de Bernard-Henri Lévy cherchait plutôt à mettre la main sur l'or libyen, 143 tonnes, précise le rapport. 

De l'or que, en 2009, Kadhafi, alors président de l'Union africaine, s'apprêtait à utiliser pour créer une nouvelle monnaie, basée sur l'or, afin de se passer du dollar pour leurs exportations de pétrole. Une menace pour l'hégémonie monétaire mondiale du billet vert ainsi que pour le franc CFA pilier économique de la Françafrique.

La France en Libye : une série de couacs

Et pourtant, l'intervention de la France en Libye semble n'être qu'une série de revers et de déconvenues. En juillet 2016, alors que la France tente de reprendre la main face à une situation devenue incontrôlable, trois soldats français trouvent la mort en Libye dans un crash d'hélicoptère, dévoilant ainsi la présence des forces françaises au sol. Le GNA, pourtant appuyé par Paris, réclame alors des explications, dénonçant l'ingérence occidentale.

Aussi Emmanuel Macron hérite-t-il d'une situation des plus complexes, et d'une position française largement entamée par la série de couacs de ses prédécesseurs. D'autant que Nicolas Sarkozy et François Hollande ont tenté de s'attribuer la responsabilité du chaos. Tandis que le premier disait vouloir réparer les erreurs du passé, le dernier mettait en cause les options de son successeur. «J'ai quitté l'Elysée en mai 2012. Qu'est-ce qui s'est passé après ? On a laissé tomber la Libye», avait-il ainsi lancé en 2015 à l'endroit de François Hollande.

Comme le résume Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy, la décision d'intervenir en Libye était une grave erreur. «Oui, c'est un fiasco et un chaos», admettait-il en 2016

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