Libye : 5 ans après, qu’en disent les partisans de la guerre

Nicolas Sarkozy et Bernard-Henri Lévy au chevet d'un blessé dans un hôpital de Tripoli. Source: Reuters
Nicolas Sarkozy et Bernard-Henri Lévy au chevet d'un blessé dans un hôpital de Tripoli.

Bernard Henri-Lévy, Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, François Hollande. En 2011, tous étaient de farouches défenseurs de l’intervention en Lybie. Qu’en est-il cinq ans après ?

Nous sommes le 17 mars 2011. Le ministre des Affaires étrangères français, Alain Juppé, arrache la résolution 1973 au Conseil de Sécurité de l’ONU. C’est désormais officiel, l’Occident a décidé de se débarrasser de Mouammar Kadhafi. Deux jours plus tard, des chasseurs français bombardent la Lybie. S’en suivront des semaines de conflits qui verront la mort du colonel et laisseront une nation à feu et à sang. Cinq ans plus tard, le pays n’a toujours pas de gouvernement stable.

Les jihadistes y font régner la terreur. Et la déstabilisation de la nation africaine alimente fortement la crise migratoire qui frappe l’Europe. Pourtant, à l’époque, l’establishment politique français regorgeait de défenseurs de l’intervention. A commencer par le président Nicolas Sarkozy et son chef de la diplomatie Alain Juppé. Le futur président de la République, François Hollande, se trouvait également dans le camps des faucons. Tout ce petit monde s’était déniché une figure de proue : le philosophe Bernard-Henri Lévy. L’homme est un habitué des conflits. En 1992, déjà, il jouait un rôle dans la décision de François Mitterrand de soutenir Alija Izetbegović et la Bosnie lors de la guerre de Yougoslavie.

Devant le chaos lybien, il y a plusieurs écoles. Ceux qui regrettent. Ceux qui se défaussent. Et ceux qui assument.

Les regrets d’Alain Juppé

Alain Juppé était le ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy à l'époque. Source: Reuters
Alain Juppé était le ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy à l'époque.

En tant que maître du Quai d’Orsay, c’est lui qui s’est chargé de défendre la position française au Conseil de sécurité de l’ONU. Par position, il faut comprendre la guerre. Il récitait les arguments des pros intervention de l’époque. Kadhafi était un dangereux dictateur qu’il se fallait d’éliminer. 

En 2011 : 

Il est vrai que, pendant longtemps, nous nous sommes un peu laissé intoxiquer par ceux qui disaient que les régimes autoritaires sont le meilleur rempart contre l'extrémisme. Notre ligne, qui a déjà prévalu en Côte d'Ivoire, c'est de privilégier les aspirations des peuples et la protection des populations civiles

Cinq ans plus tard, il admet que cette décision fut une grave erreur.

En 2016 : 

Oui, c’est un fiasco et un chaos

Si depuis, la correspondance secrète d’Hillary Clinton nous a aiguillé sur les réelles motivations de l’intervention française, déjà, en 2011, Alain Juppé faisait preuve d’un certain cynisme. Il louait alors les opportunités économiques à venir, une fois le colonel renversé.

En 2011 : 

Quand on m’interroge sur le coût de l’opération – le ministère de la Défense parle de 1 million d’euros par jour – je fais remarquer que c’est aussi un investissement sur l’avenir. Les ressources du pays ont été confisquées par Kadhafi qui a accumulé les stocks d’or. Cet argent doit servir au développement de la Libye ; une Libye prospère sera un facteur d’équilibre pour la région

Mais il semble avoir retenu la leçon. Alors que des nouvelles frappes en Lybie sont évoquées pour contrer la menace djihadiste, Alain Juppé joue, dorénavant, la carte de la prudence.

En 2016 : 

Je ne crois pas à une intervention militaire, mais je crois, comme en Syrie, qu’il faut trouver une solution politique.

Sarkozy n’assume pas

Nicolas Sarkozy était le président en exercice lors du conflit libyen. Source: Reuters
Nicolas Sarkozy était le président en exercice lors du conflit libyen.

A l’époque, Nicolas Sarkozy tenait de grands discours. Il fallait sauver les populations civils de l’immonde boucher Kadhafi. Comme les Etats-Unis ne souhaitaient pas intervenir directement, la France devait jouer, pour une fois, le premier rôle. Pas de chance pour lui, la fuite des mails échangés entre l’ancienne chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton et l’ex agent de la CIA Sidney Blumenthal donne une autre version de l’histoire.

Ils laissent entendre que l’ex président souhaitait bombarder la Lybie pour «pour des raisons militaires et économiques» et voyait «une opportunité pour la France de se réaffirmer en tant que puissance militaire».

En 2011 :  

En Libye, une population civile pacifique qui ne réclame rien d'autre que le droit de choisir elle-même son destin se trouve en danger de mort. Nous avons le devoir de répondre à son appel angoissé. L'avenir de la Libye appartient aux Libyens

L’ex président de la République a opté pour une technique différente de celle d’Alain Juppé. S’il reconnaît le chaos ambiant qui règne dans le plus vaste pays d’Afrique, ce n’est pas de sa faute. Il a bien fait d’intervenir et ce qui est advenu du pays ensuite n’est pas de son ressort.

En 2015 : 

La Libye a été libérée. Des élections générales ont eu lieu en juillet 2012, les modérés l’ont emporté. J’ai quitté l’Elysée en mai 2012. Qu’est ce qui s’est passé après ? On a laissé tomber la Libye

Hollande en profite pour… attaquer Sarkozy

François Hollande a la mémoire courte. Il semble ne pas se rappeler qu'il y a 5 ans, il avait soutenu l'intervention en Libye. Source: Reuters
François Hollande a la mémoire courte. Il semble ne pas se rappeler qu'il y a 5 ans, il avait soutenu l'intervention en Libye.

Du côté du président de la République. La technique est plus sournoise. Pour lui, le chaos lybien est une occasion d’attaquer sans relâche un adversaire politique en vue de 2017.

Il ne cesse de rappeler les responsabilités de Nicolas Sarkozy pour les tristes jours que vivent les Libyens.

En 2015 :  

Il faut réparer les erreurs du passé

Tout en oubliant qu’en 2011, alors qu’il officiait en tant que président PS du conseil général de la Corrèze, il avait soutenu la décision de bombarder le pays.

En 2011 : 

J'approuve le recours à la force contre Kadhafi, à la fois parce qu'il est légitime, il a été décidé par le Conseil de sécurité des Nations unies, et ensuite parce qu'il est nécessaire sinon Kadhafi aurait massacré une partie de son peuple

BHL persiste et signe

Bernard-Henri Lévy n'a aucun regret. Selon lui, l'intervention était plus que justifiée. Source: Reuters
Bernard-Henri Lévy n'a aucun regret. Selon lui, l'intervention était plus que justifiée.

Il y en a bien un qui ne regarde pas dans le rétroviseur. Si ce n’est pour admirer son oeuvre avec satisfaction. C’est un euphémisme que de qualifier le rôle de Bernard-Henri Lévy dans l’intervention en Lybie de majeur.

Il s’est tellement impliqué. Professant sur tous les plateaux des télévisions, des radios, dans les journaux, qu’il fallait au plus vite en finir avec Kadhafi pour éviter un bain de sang. Cet excès de zèle semblait même suspect à l’époque. Simon Blumenthal allant jusqu’à prétendre qu’il prenait directement ses ordres de Nicolas Sarkozy. Une sorte de VRP de luxe pour les dessins de l’ex chef de l’Etat dans la région. A moins que BHL ne suivait son propre agenda.

En 2011 :  

Je me suis si souvent engagé ! Peut-être trop ! Et là, en Libye, à corps perdu ! Si je pouvais faire davantage, croyez-moi, je le ferais.

En tout cas, il n’a aucun regret. En 2011 ou en 2016, les propos se font écho.

En 2015 : 

La Libye n’est pas aussi belle qu’on pouvait l’escompter car l’histoire ne se fait pas en un jour. Il faut un peu de temps. Je continue à dire que la dictature de Kadhafi était l’une des pires du siècle passé, l’une des plus cruelles, l’une des plus atroces, l’une des plus arbitraires. Et les fruits de la liberté sont amers.  Il vaut mieux ça que cette espèce de chape de plomb qui pesait sur les Libyens

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