Premières réformes : Edouard Philippe joue la carte de la forme plutôt que celle du fond

Premières réformes : Edouard Philippe joue la carte de la forme plutôt que celle du fond Source: Reuters
Edouard Philippe à l'Elysée le 18 mai 2017

Dans une interview au JDD, Edouard Philippe évoque les différentes mesures que prendra son gouvernement dans les semaines à venir. CSG, fiscalité, droit du travail... : mais davantage que sur le contenu, il choisit d'insister sur le mode opératoire.

Edouard Philippe, Premier ministre nommé par Emmanuel Macron le 15 mai dernier, a accordé un long entretien au Journal du Dimanche le 21 mai, dans lequel il livre sa vision de l'action gouvernementale qu'il entend mener dans les semaines à venir.

«J'ai parfaitement conscience que le Premier ministre doit avoir à la fois la confiance du chef de l'Etat et le soutien de la majorité parlementaire», annonce Edouard Philippe lorsqu'on l'interroge sur l'absence éventuelle de majorité La République en marche (LREM) aux législatives à venir. Sans le formuler clairement, il laisse entendre qu'il démissionnerait en cas d'échec mais se dit «confiant» et ne pense pas que Les Républicains (LR) ou le Parti socialiste puissent obtenir un nombre suffisant de voix pour mettre en minorité LREM à l'Assemblée. «Les deux partis qui géraient alternativement la France ont été éliminés dès le premier tour de la présidentielle, la désaffection des Français à leur égard est considérable», estime-t-il en effet.

Pour autant, Edouard Philippe n'oublie pas qu'il vient de LR, parti au sein duquel il affirme compter encore de nombreux «amis». Contre ces derniers, il fera donc campagne... mais «sur un ton mesuré». S'expliquant sur sa décision d'accepter de devenir le Premier ministre d'Emmanuel Macron, qui lui a valu l'exclusion de son parti, il n'hésite pas à invoquer Winston Churchill : «Comme [il] le disait, ''certains changent d'idées pour être fidèles à leur parti'', lui avait changé deux fois de parti pour être fidèle à ses idées.» 

Notre-Dame-des-Landes, CSG, prélèvement à la source... : rien de tranché

Sur de nombreux points précis, Edouard Philippe se pose en adepte de la méthode Macron, préférant ne pas avancer de position tranchée et mettant en avant la priorité donnée à la consultation. Concernant la construction de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le Premier ministre prône «la médiation» pour les six mois à venir, dans un dossier qui agite pourtant le débat public depuis des décennies. «Nicolas Hulot [ministre de la Transition écologique] et moi souhaitons vraiment que toutes les options soient sur la table. Puis viendra le temps de la décision et de sa mise en œuvre», assure-t-il, sans exclure ou privilégier une piste plutôt qu'une autre, ni donner de date.

Concernant la hausse de la CSG, l'une des propositions phares d'Emmanuel Macron à laquelle il était formellement opposé lorsqu'il soutenait le candidat de la droite, François Fillon, Edouard Philippe n'assume pas frontalement son revirement. «Cette disposition prendra place dans le cadre d'une réforme fiscale guidée par la justice et l'équité», explique-t-il. Autrement dit, ce point précis n'est qu'un détail d'un projet plus vaste : «Je souhaite que cette réforme soit jugée dans son ensemble.»

Autre exemple du recours aux éléments de langage : la réforme du prélèvement de l'impôt à la source, votée par la majorité socialiste sortante. Le Premier ministre ne donne pas son avis, même s'il concède que cette mesure est «source de complexités supplémentaires pour les entreprises». Il précise néanmoins que cela ne vaut que pour la forme sous laquelle elle a été envisagée et non pour son principe. Alors qu'on lui demande s'il elle sera abandonnée, il préfère invoquer la subsidiarité : «Laissons le ministre des Comptes publics examiner ce dossier.»

«Mais c'est vous le chef du gouvernement !», réagit le journaliste. Edouard Philippe rétorque qu'un chef «ce n'est pas quelqu'un qui prend les décisions seul, à la place des autres».

Une réforme rapide et assumée du code du travail

S'il est un sujet sur lequel Edouard Philippe se montre bien moins rétif aux prises de position assumées, c'est la réforme du code du travail, point de convergence, selon lui, entre le programme d'Alain Juppé, qu'il avait soutenu lors des primaires de la droite et du centre en 2016, et celui d'Emmanuel Macron. Les étapes sont clairement annoncées : «Avec la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, nous aurons des rencontres bilatérales avec l'ensemble des organisations syndicales», annonce Edouard Philippe, qui précise qu'une réforme efficace doit donc passer par un «indispensable» dialogue social.

Néanmoins, «une fois que la discussion aura eu lieu, il faudra aller vite», assume-t-il. Le débat parlementaire n'aura donc lieu qu'à l'occasion du vote de la loi d'habilitation qui permettra ensuite au gouvernement de modifier le code du travail par ordonnances. Autrement dit, si les domaines où le gouvernement agira seront connus, le contenu concret des réformes ne sera pas nécessairement officiel au moment du débat parlementaire. Edouard Philippe assume. Tout en assurant qu'il «[s]'engage dans cet exercice avec ouverture et bonne volonté», il dit ne pas craindre les mouvements de contestation dans la rue, car la volonté de réformer le code du travail anime une majorité de Français selon lui. «Au fond, ils le savent, et ils ne nous pardonneraient pas de ne rien faire», avance-t-il.

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