Laurent Fabius fait grand officier de la Légion d'honneur : 40 ans d'une vie politique controversée

Laurent Fabius fait grand officier de la Légion d'honneur : 40 ans d'une vie politique controversée Source: AFP
Laurent Fabius au congrès de Metz du Parti socialiste en 1979

Laurent Fabius a été fait grand officier de la Légion d'honneur par François Hollande. Scandale judiciaire, frasques familiales, controverses diplomatiques... En 40 ans de vie publique, l'ex-Premier ministre n'aura pas échappé aux polémiques.

Pour la dernière promotion de la Légion d'honneur du président François Hollande, la liste des personnalités décorées n'a pas été laissée au hasard. On y trouve pèle-mêle l'industriel François Pinault, l'actrice Audrey Tautou ou encore la fille de l'ancien président Jacques Chirac, Claude Chirac. Parmi les 562 personnes retenues, l'une d'elle occupe une place particulière : Laurent Fabius, l'ancien ministre des Affaires étrangères des gouvernements Ayrault et Valls. 

Cinq fois ministre, Premier ministre, président de l'Assemblée nationale, député, maire, chef du Parti socialiste (PS)... Figure emblématique de la gauche, Laurent Fabius aura presque exercé toutes les fonctions, sachant qu'il préside aujourd'hui le Conseil constitutionnel. Si ses quarante ans de carrière politique ont sans doute quelque chose à voir avec sa décoration lors de cette promotion de Pâques 2017, elles sont loin de s'être déroulées sans embûches et sans polémiques.

Une immense fortune et des scandales familiaux

Lorsqu'il est élu président de la République en 1981, François Mitterrand choisit de nommer le jeune Laurent Fabius ministre délégué au Budget. Un poste clef pour la mise en place des réformes économiques que la gauche entend déployer. On y trouve notamment la création d'un impôt sur les grandes fortunes, ancêtre de l'actuel impôt sur la fortune (ISF). Les œuvres d'art sont alors exclues de l'assiette d'imposition. Or, la fortune familiale des parents de Laurent Fabius, chargé de l'élaboration de ce nouvel impôt, s'est constituée grâce à l'acquisition d’œuvres d'art...

Les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon affirment que c'est par son insistance et ses efforts que le marché de l'art a finalement été exclu du calcul de l'ISF. Laurent Fabius s'en est toujours défendu, affirmant que l'idée venait de Jack Lang, ministre de la Culture, qui entendait ainsi favoriser le mécénat et le commerce d'art. Quoi qu'il en soit, l'image de nanti d'un gouvernement socialiste qui, à peine quelques mois plus tard, prendra le virage de la rigueur, lui collera à la peau. Laurent Fabius deviendra pour beaucoup de Français l'incarnation de la «gauche caviar».

En 2012, lorsqu'il effectue son grand retour en entrant au quai d'Orsay sous la présidence de François Hollande, Laurent Fabius est le ministre le plus riche de la mandature. Société immobilière, appartement et maisons, actions dans des sociétés... Son patrimoine est estimé à 5,2 millions d'euros. Tout à fait légale, cette fortune se voit néanmoins associée aux frasques de son fils, Thomas Fabius, et à son train de vie somptuaire. Le fils du ministre est d'ailleurs placé en garde à vue en décembre 2015 pour faux, escroquerie et blanchiment. Il fait par ailleurs l’objet d’un mandat d’arrêt délivré par les Etats-Unis pour avoir signé des chèques en bois dans plusieurs casinos de LasVegas pour un montant total de plus de 3,5 millions de dollars.

L'affaire du sang contaminé : «responsable mais pas coupable»

C'est au début des années 1990, alors que Laurent Fabius était Premier ministre, qu'éclate le scandale sanitaire que l'on appellera l'affaire du sang contaminé. En bref, des experts ont constaté des retards dans le déploiement de mesures préventives évitant que le sang de donneurs séropositif soit utilisé pour des transfusions sanguines. François Mitterrand, alors président, affirme que «les ministres doivent rendre compte de leurs actes» et demande la levée de l'immunité parlementaire de Laurent Fabius.

Pendant plusieurs semaines, le nom du Premier ministre est associé à cette affaire et la défense parfois maladroite à laquelle s’attellent ses soutiens dans la presse n'améliore pas le résultat. Georgina Dufoix, ministre des Affaires sociales et proche de Laurent Fabius, également accusée dans cette affaire, s'est dite «responsable mais pas coupable» de la situation. Une expression restée dans le vocabulaire courant qui poursuivra également Laurent Fabius.

Le 9 mars 1999, au terme d'une longue procédure judiciaire, Laurent Fabius a finalement été relaxé du délit d'«atteinte involontaire à la vie» par la Cour de justice de la République. Ce n'est qu'en 2003 que les derniers non-lieux seront prononcés.

Le Front al-Nosra qui «fait du bon boulot»

Depuis 2013, Laurent Fabius est régulièrement accusé d'avoir félicité le Front al-Nosra, groupe djihadiste syrien affilié à al-Qaïda, pour avoir fait du «bon boulot». Des personnalités aussi diverses que Jean-Luc Mélenchon, François Asselineau ou Marine Le Pen évoquent ces propos de celui qui était alors ministre des Affaires étrangères pour dénoncer la confusion dans laquelle évolue la diplomatie française, soutenant en bloc des «rebelles» syriens parfois liés au terrorisme.

En réalité, les propos du ministre ont été sortis de leur contexte et sont bien plus nuancés. C'est en décembre 2012, lors d'une conférence à Marrakech, que Laurent Fabius a déclaré : «Le président de la coalition a dit que, bien évidemment, on pouvait avoir des visions différentes sur ce sujet mais que, lorsqu’un groupe menait une action qui était efficace et utile au service des Syriens et contre Bachar el-Assad, c’était très difficile de le récuser en tant que tel. En ce qui concerne la France, nous allons examiner cette question de manière approfondie parce que c’est une question que l’on ne peut pas éluder».

Reste néanmoins que ces propos, pour déformés qu'ils aient été, continuent pour beaucoup de détracteurs de la diplomatie française de symboliser les prises de position contestables du ministre et son acharnement à vouloir renverser Bachar el-Assad par tous les moyens. Il avait même déclaré en 2012 que Bachar el-Assad «ne mériterait pas d'être sur la Terre». Celui qui affirmait en 2012 que «la fin [était] proche» pour le président syrien, s'est vu régulièrement attaqué pour l'inconséquence de ses déclarations très tranchées. Condamnations très fermes d'un côté, refus d'un engagement militaire sans l'aval des Etats-Unis de l'autre : les choix politiques de Laurent Fabius ont fait l'objet d'attaques à gauche, à droite et à l'international. Il a finalement quitté le quai d'Orsay le 11 février 2016.

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