«Les Arabes» : la Une à l’origine d’une bataille judiciaire entre Le Point et Arrêt sur images

«Les Arabes» : la Une à l’origine d’une bataille judiciaire entre Le Point et Arrêt sur images© Capture d'écran du site : www.leparisien.fr (LP/Olivier Boitet)
La querelle journalistique s'est terminée au tribunal de Nanterre

Le site Arrêt sur images était jugé le 7 février à Nanterre pour injure publique contre Le Point, après une chronique qui comparait une couverture de l'hebdomadaire sur «Les Arabes» à une Une du journal antisémite Je suis partout.

Nouvel épisode de guéguerre entre confrères journalistes. Et cette fois, elle a fini au tribunal. Le 28 mai 2015, Le Point titrait «Les Arabes : L'histoire méconnue d'une civilisation / Aux origines de la tragédie d'aujourd'hui» à propos d’un dossier revenant notamment sur les conflits du Proche et du Moyen-Orient.

Liberté d’expression ou excès ?

Visiblement, ce choix éditorial n’a pas été du goût d’Alain Korkos, chroniqueur d’Arrêt sur images. Dans un article, il avait alors comparé le titre du Point à une publication antisémite des années 30 : «Avec cette couverture, chef-d'oeuvre incontesté digne de Je suis partout, Le Point se hisse au sommet de son art.» Pour accompagner son texte, il avait choisi une photo d’un numéro datant de 1938 et titré «Les Juifs».

«Il suffit [...] de lire un peu rapidement pour comprendre que les Arabes sont, par définition, des terroristes», avait-il ajouté. Il faut dire qu’Alain Korkos n’avait pas été le seul à critiquer vertement Le Point pour sa couverture. De nombreux internautes s’étaient indignés à l’époque alors que des attentats djihadistes avaient frappé Paris quelques mois avant sa sortie.

© Capture d'écran du site : /www.islametinfo.fr
La fameuse une polémique

Le Point avait décidé de ne pas laisser passer le papier d’Arrêt sur images et avait déposé plainte pour injure publique. Cette dernière vise à la fois la chronique d'Alain Korkos et un tweet d'Arrêt sur images présentant cette dernière en juxtaposant les deux Unes.

Alain Korkos a fait le déplacement au palais de justice de Nanterre accompagné de Daniel Schneidermann, fondateur du site.

Ces derniers ont d’ailleurs multiplié les tweets moquant l’absence de responsables du Point.

«J'assume cette comparaison, comparer n'est pas assimiler», a déclaré Daniel Schneidermann. Il est même allé plus loin en déclarant sa «stupéfaction» d'être poursuivi, qui plus est par Le Point qui se fait pourtant «une spécialité de plaider contre le politiquement correct» : «Je pense que c'est une première de voir un média poursuivi par un autre média pour injure publique.»

De son côté, Alain Korkos a décrit une chronique «subjective» en se défendant de toute comparaison sur le fond entre Je suis partout et le dossier du Point : «Je ne parle jamais du contenu, je parle de l'image.»

Avocat de la défense, Maître Pascal Winter s’est interrogé : «Est-ce qu'on a le droit de dire qu'une "Une" comme "Les Arabes", ça fait penser à autre chose ?»

«Pire comparaison de l’histoire du journalisme»

La présidente n’a pas eu l’air très convaincu : «Dans l'esprit du public, Je suis partout, "les juifs", ça a une connotation.» «Oui, mais une grande affiche sur les kiosques qui dit "Les Arabes", ça a aussi une connotation», lui a rétorqué Alain Korkos.

Arrêt sur images a appelé Marwan Mohammed à la rescousse comme témoin. Le chercheur du CNRS a jugé que «la construction du racisme» reposait sur l'«essentialisation» et que la comparaison avec Je suis partout devait ainsi être perçue «comme une espèce de mise en alerte».

«Il faut les dénoncer, les vieux démons ! Sous cette forme ? Je ne sais pas», a expliqué le procureur, qui a néanmoins estimé que lorsqu’il s’agissait de liberté d’expression, l'excès était possible.

Maître Renaud Le Gunehec, avocat du Point, n’a pas hésité à qualifier la comparaison, «longue et étayée avec Je suis partout» de «pire de l'histoire du journalisme».

«Le Point pense que c'est important d'expliquer ce qu'est l'islam», a-t-il ajouté. Le conseil de l’hebdomadaire a demandé un euro de dommages et intérêts, le retrait de la chronique et une publication judiciaire.

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Etienne Gernelle, directeur du Point absent de l’audience, avait dénoncé en juin 2015 une «extrême crispation» qui «tendait à proscrire certains thèmes de la réflexion, et à bannir certains mots du vocabulaire», comme «les Arabes».

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