Nouvelle nuit de violences à Tourcoing : Autorités et habitants du quartier se rejettent la pierre

Des policiers tenant des flash-balls © Pascal Rossignol Source: Reuters
Des policiers tenant des flash-balls

Un dispositif de sécurité impressionant a été déployé dans le quartier de La Bourgogne pour faire cesser les violences. Mais, loin d'y mettre fin, il provoque au contraire l'exaspération des habitants qui dénoncent une «opération disproportionnée».

La ville de Tourcoing dans l'agglomération Lilloise (Nord) vient de connaître une quatrième nuit de violences. Le bilan est sensiblement identique à celui d'hier : 14 voitures incendiées, 3 feux de poubelles et 12 interpellations dans le quartier sensible de La Bourgogne, particulièrement défavorisé et fortement touché par le chômage. Les violences avaient éclaté après la mort dans la nuit de dimanche à lundi d'un jeune homme de 19 ans, Pierre-Eliott Zighem, passager avant d'un véhicule ayant refusé de s'arrêter à un contrôle de police.

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Les habitants du quartier dénoncent «Un dispositif éxagéré» 

Le député-maire de Tourcoing, Gérald Darmanin ayant réclamé une «impunité zéro», un dispositif de sécurité impressionant a été déployé dans le quartier : près de 150 policiers et gendarmes sur le terrain appuyés par un hélicoptère. 

Mais selon les dires de plusieurs habitants, dont le père de la victime interrogé par le média Alohanews, le dispositif policier mis en place ne serait «pas approprié» et serait même «l'étincelle qui provoque le brasier». Beaucoup se plaignent d'un climat de chaos provoqué par les forces de l'ordre. 

Des témoins affirment que, juste avant que les débordements ne dégénèrent, les CRS ont montré une agressivité éxagérée envers les habitants qui commençaient à s'attrouper dans le quartier. Les policiers les auraient menacé d'employer «la manière forte» s'il ne quittaient pas les lieux immédiatement. Ces derniers ayant refusé, les forces de l'ordre ont tiré en l'air au Flash-Ball et fait usage de leurs bombes lacrymogènes. 

Un autre habitant parle de «provocations» des forces de l'ordre envers les jeunes qui seraient «excités»par les rondes incessantes qu'effectue la police tous les après-midis dans le quartier. A propos de l'accident, un habitant du quartier de La Bourgogne a affirmé à l'AFP que la voiture en fuite a été précipitée contre un arbre par le véhicule de police qui donnait des coups de pare-choc dans une course poursuite qui aurait duré 10 à 12 minutes.

Le procureur défend les policiers, le maire accuse les émeutiers

Lors d’une conférence de presse tenue hier après-midi, Frédéric Fèvre, le Procureur de Lille, a donné une version totalement différente des faits. Selon lui, «les policiers n'ont fait que leur travail», à savoir, «ont poursuivi le véhicule dans lequel se trouvaient les trois jeunes après que ces derniers aient "grillé" un feu rouge».

En ce qui concerne la course poursuite, le procureur a déclaré qu'il ne s'était passé qu'«une minute et quatorze secondes entre le début de la course poursuite et l’accident», le véhicule ayant percuté un arbre à la sortie d'un virage, alors que ses occupants, en possession de stupéfiants, venaient d'enfiler des cagoules afin de dissimuler leurs visages.

Les trois jeunes, dont la victime décédée dans l'accident, étaient «très défavorablement connus de la police et de la justice» et avaient été condamnés plusieurs fois à de la prison ferme ou avec sursis notamment pour des faits de «vols avec violences, cambriolages, recel, menaces de mort et outrage» a expliqué le procureur.  

Le Maire de Tourcoing, Gérald Darmanin a, lui, appelé à la plus grande fermeté envers les émeutiers qu'il accuse de faire preuve d'une extrême violence.

Une marche blanche à laquelle ont participé 150 personnes avait été organisée hier après-midi à Tourcoing. Lors de cette dernière, le père de la victime a déclaré que la révolte des quartiers était une «suite logique» car «[on] ne leur donne aucune information» sur cette affaire, avant d'annoncer qu'il avait déposé plainte auprès du Procureur de la République.  

Les décès de jeunes suite à des confrontations avec la police sont régulièrement un facteur d'émeutes dans les quartiers populaires français. En 2005, à Clichy-sous-bois, le décès des deux jeunes, Zyed et Bouna, morts brûlés dans un transformateur électrique alors qu'ils tentaient d'échapper aux forces de l'ordre, avaient déclenché plusieurs semaines de violence à travers la France. Deux ans plus tard en 2007, le décès de deux adolescents dans une collision de leur mini-moto avec une voiture de police avait embrasé la ville de Villiers-le-Bel et ses alentours durant plusieurs jours. 

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