France

«Poutine arrivera à dormir s’il ne voit pas Hollande» : la visite qui divise les politiques français

François Hollande pourrait ne pas rencontrer le président russe à l'occasion de sa venue à Paris le 19 octobre prochain. Un sujet qui suscite des réactions partagées chez les hommes politiques français, en raison du contexte international en Syrie.

Dans une interview à TMC rendue publique le 9 octobre et qui doit être diffusée le 10 octobre, François Hollande se pose «encore la question» de recevoir Vladimir Poutine lors de sa venue à Paris le 19 octobre, vu «les crimes de guerre» commis à Alep, et le prix à payer, «y compris devant la Cour pénale internationale».

Néanmoins, le porte-parole du Kremlin a affirmé le 10 octobre qu'il n'a pas été question d'annuler cette visite, et que les modalités de celle-ci étaient toujours en cours de préparation.

«Nous n'avons aucune information officielle à ce sujet, la préparation de la visite de Vladimir Poutine se poursuit, des négociations sont prévues au palais de l'Elysée», a déclaré Dimitri Peskov à la presse.

«La politique étrangère française est un "copier-coller" de la politique étrangère belliciste américaine»

Interrogé par RT France, Thierry Mariani affirme être «consterné par ces déclarations de François Hollande». «Je me demande s’il y a une politique étrangère de la France. Aujourd’hui j’ai de plus en plus l’impression qu’on est une annexe du Département d’Etat américain, et que la politique étrangère française est un "copier-coller" de la politique étrangère belliciste américaine», a-t-il déclaré.

Le député des Français de l'étranger pense que dans cette attitude de François Hollande, «il y a aussi un calcul électoral : Hollande disant non à Poutine veut se donner de l’importance». Avant d'ajouter : «Je pense que Vladimir Poutine arrivera à dormir s’il ne voit pas François Hollande. Et ce n’est pas en refusant cette rencontre qu’il se met au niveau des grands ; au contraire – il se met au niveau de laquais de la politique américaine.»

«Récemment, François Hollande a annulé sa visite en Pologne. Maintenant il y a cette situation avec Vladimir Poutine. C’est l’illustration de l’impasse dans laquelle se trouve la politique française. La France a toujours hésité entre la Pologne et la Russie. Je crois que François Hollande vient de réaliser un exploit : c’est la première fois qu’il est très mal avec les deux. Au moins il a réussi quelque chose pendant son mandat !», a conclu Thierry Mariani, sur le ton de l'ironie.

«Absolument absurde, inutile, inefficace et stupide»

«Cette démarche [de François Hollande] est un affront fait à la Russie, cette position est totalement contre-productive», a confié le député de l'Aube Nicolas Dhuicq à RT France. «Il y a une inculture et une absence de vision stratégique chez le chef de l’Etat français et son gouvernement. Ce n’est ni dans l’intérêt de la France, ni de la Russie, ni de l’Europe, ni du continent eurasiatique. Tout cela est absolument absurde, inutile, inefficace et stupide», a-t-il poursuivi.

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«Malheureusement les dirigeants que nous avons actuellement en Europe n’ont plus de culture historique, et de vision stratégique, contrairement à leurs prédécesseurs, ils sont totalement inféodés à la politique étrangère américaine», a déploré le député Les Républicains.

«On a donné la Légion d’honneur il y a quelques semaines au prince héritier d’Arabie Saoudite...»

«Ce n’est bien sûr pas une démarche constructive, et à mon avis c’est une erreur, voire une faute, du président de la République», a déclaré Damien Lempereur, délégué national de Debout la France, à RT France. «Il n’y a absolument aucune raison de ne pas recevoir le président russe, alors qu’on a donné la Légion d’honneur il y a quelques semaines au prince héritier d’Arabie Saoudite», a-t-il ajouté.

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«Qu'est-ce qu'on doit faire, la guerre avec la Russie ?»

«Bien sûr que [François Hollande] doit accueillir le président russe. Qu'est-ce qu'on doit faire, la guerre avec la Russie ?», a déclaré François Fillon sur Europe 1.

«François Hollande lui-même, quand il est venu devant le congrès après les attentats de Charlie [en réalité après le 13 novembre] a dit qu'il allait proposer une grande coalition avec la Russie. Tout ça s'est effiloché», a également déclaré l'ex-Premier ministre.

«C'est un crime ce qui se passe à Alep. C'est désastreux. Ca doit être condamné par la communauté internationale avec la plus grande vigueur. Simplement, c'est aussi le résultat de notre impuissance depuis quatre ans, de notre incapacité à comprendre les ressorts de la crise syrienne», notamment le «refus de dialoguer avec la Russie tant que c'était possible» et «le refus de dialoguer avec le régime», a jugé François Fillon.

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«C'est ça la diplomatie de la France ?»

Le député européen et candidat à l'élection présidentielle Jean-Luc Mélenchon s'est lui étonné des hésitations de François Hollande qui, «après avoir invité Vladimir Poutine», semble vouloir se rétracter. «C'est ça la diplomatie de la France ? Minable», a-t-il laconiquement tweeté.

En avril dernier, Jean-Marc Ayrault avait, lors d'une visite diplomatique à Moscou, invité le président russe à venir à Paris.

«Vous imaginez l'image, Vladimir Poutine, le boucher d'Alep, venir inaugurer un centre culturel ?»

Yannick Jadot, candidat à la primaire d'Europe Écologie-Les Verts (EELV), demande «depuis plusieurs jours» à François Hollande «d'annuler» la visite de Vladimir Poutine à Paris.

«Vladimir Poutine va venir pour inaugurer un centre culturel orthodoxe. Vous imaginez l'image, Vladimir Poutine, le boucher d'Alep, qui au fond est dans la négation de toute humanité en Syrie, venir faire inaugurer un centre culturel ? L'humanité et la culture c'est la même chose, c'est ce que détruit en permanence Vladimir Poutine», a dit l'eurodéputé.

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