Avocat du garde du corps de la princesse saoudienne : «On veut lui faire porter le chapeau»

L'appartement détenu par le roi Salman d'Arabie Saoudite à Paris, avenue Foch © Google Map
L'appartement détenu par le roi Salman d'Arabie Saoudite à Paris, avenue Foch

Interrogé par RT France, Maître Elie Hatem assure que son client n'est coupable d'aucun des délits qui lui sont reprochés. L'avocat dénonce notamment l'ingérence du Quai d'Orsay, qui se serait mêlé de ce dossier hautement politique.

Le garde du corps de la princesse, gérant de deux entreprises de sécurité, est actuellement le seul mis en cause dans l'affaire de la séquestration de l'artisan parisien. La victime a en effet radicalement modifié sa plainte pour une raison encore inexpliquée et aurait disculpé la princesse, qui s'est révélée être la fille du roi Saoud, de toute responsabilité dans l'incident.

Interrogé par RT France, l'avocat du garde du corps dénonce plusieurs incohérences qui se trouveraient dans la déposition de l'artisan. Pour lui, c'est clair, on voudrait «faire porter le chapeau» à son client.

La victime assurait avoir été passée à tabac et séquestrée, mais Maître Hatem explique que son client l'aurait simplement maîtrisé à l'aide d'une technique de clé, «dans les règles de l'art de la protection rapprochée».

Si l'artisan affirmait avoir pris des photos afin de pouvoir remettre tous les objets en place après les travaux, les gardes auraient trouvé deux vidéos de la princesse en tenue «un peu dénudée» dans son téléphone. De plus, la partie de l'appartement concernée par les travaux (une salle de bain) aurait été située au septième étage, et non au cinquième étage où se trouvait la chambre de la princesse.

Enfin, pour l'avocat du prévenu, son client n'aurait pas porté d'arme ce jour-là et n'aurait donc pas pu en utiliser pour menacer le plaignant.

Des pressions diplomatiques ayant entravé l'enquête ?

Elie Hatem regrette que les policiers n'aient pas pu pleinement mener leur enquête préliminaire, à cause de pressions qui seraient venues «de très haut». Riyad serait intervenu auprès du ministère des Affaires étrangères français, qui aurait été particulièrement sensible à la requête saoudienne au vu des juteux contrats d'armement en cours de négociation avec le royaume. «Cette affaire pourrait perturber les relations avec l'Arabie saoudite en plus de nuire l'image du roi Salmane», a précisé l'avocat.

La princesse, qui résidait dans l'appartement au nom du roi Salmane, aurait bénéficié de l'immunité diplomatique et n'aurait donc pas été entendue dans cette affaire. Au lendemain de l'incident, la fille du roi aurait été rapatriée en urgence au royaume, «pour camoufler cette affaire», selon maître Hatem. 

L'avocat de la victime demande un droit de réponse à RT France

Maître Georges Karouni, l'avocat de l'artisan molesté, a fait parvenir la réponse suivante à la rédaction : 

«Me Georges Karouni, avocat de la victime, dénonce les propos visant son client les considérant comme étant inexacts, dénués de fondement et ne pouvant en aucun cas empêcher un fonctionnement serein de la justice française».

Le garde du corps est actuellement en détention provisoire à la prison de Fresnes. La justice aurait justifié cette mesure pour «l'empêcher de se concerter avec les témoins», tout en sachant que «les témoins ne pourront jamais être cités, à cause de l'immunité», précise Elie Hatem. L'instruction pourrait donc, au vu des difficultés à mener l'enquête, durer des années.

Dans un premier temps, la princesse saoudienne était accusée d'avoir menacé de mort un artisan sollicité pour faire des travaux dans son appartement, avant d'ordonner à son garde du corps de le séquestrer et de le passer à tabac. La médiatisation de cet incident avait suscité de nombreuses réactions politiques.

Lire aussi : Passage à tabac de l'artisan : le garde du corps de la princesse saoudienne en garde à vue

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