Nice : la mairie refuse de supprimer les images de vidéosurveillance

Source: Reuters

Selon Nice Matin, la ville de Nice a refusé d'obéir à la justice qui a exigé la suppression de 27 000 heures de vidéosurveillance de la promenade des Anglais. Et relance la polémique sur les failles du dispositif de sécurité au soir du 14 juillet.

Bras de fer entre le gouvernement et la ville de Nice, qui refuse de faire ce qu'elle considère être une élimination de preuves. Selon Nice Matin, c'est l'avocat de la mairie Maître Philippe Blanchetier, qui a fait part de cette décision. Il a également demandé au procureur de la République de Nice de mettre les images sous séquestre, «afin de ne pas hypothéquer les éventuelles autres procédures qui pourraient voir le jour au-delà de l'enquête antiterroriste en cours». La suppression de ces images aurait considérablement handicapé l'avancée de l'enquête

Mercredi 20 juillet, la sous-direction antiterroriste (SDAT) avait en effet envoyé aux agents qui gèrent la vidéosurveillance de la ville de Nice une réquisition demandant de «procéder à l’effacement complet des enregistrements de vidéosurveillance de l’ensemble des caméras desservant la promenade des Anglais filmant pour la plupart d’entre-elles l’action terroriste», explique Nice Matin.

Afin de justifier cette initiative, le parquet de Paris, contacté par Le Figaro, a déclaré que «cela a été fait dans ce cas précis pour éviter la diffusion non contrôlée et non maîtrisée de ces images».

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La demande laisse l'administration de Nice pour le moins perplexe, l'ancien maire de la ville Christian Estrosi allant jusqu'à dénoncer des «mensonges d'Etat».

Une enquête hautement polémique

Cette décision a été prise sur fond de polémique aiguë, alors que le débat fait rage sur les failles dans le dispositif de sécurité le soir de l'attentat du 14 juillet. D'après l'hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné, la préfecture de police avait ainsi planifié un dispositif de sécurité au rabais pour la fête nationale, en raison d'effectifs restreints. Libération, pour sa part, révèle qu'une seule voiture de police barrait la promenade des Anglais. Niant en bloc, le gouvernement martèle qu'il n'y a eu aucun manquement et que de nombreux policiers nationaux se trouvaient à l'entrée de la promenade, quand le camion y a pénétré. 

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La thèse d'un sous-effectif des forces policières le soir de la tuerie à Nice a été confirmée par Le Canard enchaîné du mercredi 20 juillet, qui s'est procuré les comptes-rendus de deux réunions de la préfecture des Alpes-Maritimes, du 28 juin et du 7 juillet, durant lesquelles la sécurisation de la fête nationale avait été planifiée. D'après ces documents, la préfecture a évoqué durant ces réunions des «effectifs de police municipale et de police nationale contraints» dans la ville.

Tempête politique

Parallèlement aux révélations médiatiques, un véritable bras de fer s'est également engagé entre la région et le gouvernement. Vent debout, Christian Estrosi, président de la région PACA, accuse le gouvernement de «mensonges d'Etat» et multiplie les déclarations pointant les failles, imputables selon lui aux autorités nationales. «J’affirme donc que le soir du 14 juillet, les présences policières et militaires étaient insuffisantes», a déclaré dimanche 17 juillet l’élu du parti Les Républicains (LR) dans une interview diffusée sur le site du Point. Dans cet entretien, il affirme avoir lui-même visionné les images de vidéosurveillance où il n’y aurait vu que «la moitié» des 64 policiers nationaux que le ministère de l’Intérieur affirme avoir déployé sur la promenade des Anglais.

Interrogé par RT France, le député Les Républicains Georges Fenech regrette le manque de responsabilité du gouvernement. Pour lui depuis les attentats contre Charlie Hebdo en 2015, la prise d'otage dans l'Hyper Casher, la tuerie du Bataclan et encore la tragédie de Nice «il n'y a eu aucune sanction de quelque nature que ce soit, aucune remise en cause politique, aucune mutation d'un haut-fonctionnaire». «La notion de la responsabilité a disparu dans notre pays», regrette le député qui compte tout de même sur la justice qui devra établir, selon lui, «s'il y a la responsabilité pénale pour homicide par imprudence ou négligence».

  

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