Affaire des supporters corses à Reims : l’île de Beauté crie à l’injustice après les condamnations

- Avec AFP

L'affaire avait provoqué de vives contestations le 14 février à Bastia de la part de plusieurs supporters Source: AFP
L'affaire avait provoqué de vives contestations le 14 février à Bastia de la part de plusieurs supporters

Sept supporters corses ont été condamnés vendredi à Reims à des amendes allant jusqu'à 2 000 euros pour outrage et rébellion contre la police lors du match Reims-Bastia du 13 février. Dans la ville corse, on dénonce un procès injuste.

Les peines sont inférieures aux réquisitions. Mais elles sont vécues comme une injustice par les fans du Sporting. «C’est trop !» lance, à Bastia, Guillaume Bertin, supporteur du SC Bastia, après l'annonce de cette condamnation. «Prendre 1 000 à 2 000 euros d’amende, voire deux ans d’interdiction de stade quand c’est nous qui nous faisons taper dessus, je trouve ça ahurissant», ajoute-t-il.

«A Bastia, la plus grosse passion, ça reste le football», alors «quand on interdit à des jeunes supporteurs passionnés» d'aller au stade «pour des raisons pour lesquelles ils ne sont même pas coupables, c’est très dur», poursuit-il.

Six supporteurs ont été condamnés à une amende de 2 000 euros pour «rébellions commises en réunion lors d'une manifestation sportive» et «outrage à personne d'autorité publique», peines assorties d'une interdiction de stade de deux ans pour tous les matches du SC Bastia. Un septième prévenu a pour sa part écopé d'une seule amende de 1 000 euros pour «outrage».

Une condamnation qui «tend à aseptiser les stades»

Tous ont cependant été relaxés des poursuites pour «faits de violence». Ces peines sont sensiblement inférieures aux réquisitions du parquet qui, lors du procès le 22 mars, avait demandé jusqu'à cinq mois de prison avec sursis.

«Ce n'est pas que la peine soit trop lourde ; il ne devrait pas y avoir de peine du tout [...] Ca devrait être une relaxe générale», a affirmé Anghjulu Mari, supporter du SCB. Selon lui, cette condamnation «va dans le sens que prend la Ligue de football» qui «tend à aseptiser les stades et les ambiances en général».

Un supporter avait perdu un oeil

Lors des heurts après le match, un jeune supporteur bastiais qui ne faisait pas partie des sept prévenus, Maxime Beux, a perdu l'usage d'un œil dans des circonstances qui restent à déterminer, ce qui avait provoqué une vague de manifestations en Corse les jours suivants.

Selon le parquet, il s'était blessé en tombant sur un poteau alors qu'il tentait d’échapper aux policiers lancés à ses trousses. Une version mise en doute par des témoins et les dirigeants nationalistes corses Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni : le premier avait affirmé que le jeune homme avait été blessé par un tir de flash-ball, le second condamnant «des comportements provocateurs et brutaux [...] des forces de l'ordre».

A l'issue du jugement, l'un des avocats des prévenus, Me Mathieu Fabiani, s'est déclaré «satisfait» de la décision concernant son client condamné à 1 000 euros d'amende, mais entend se «concerter avec ses collègues sur la possibilité de faire appel» pour les six autres.

«Je suis assez surpris de la condamnation pour outrage et rébellion. La rébellion n'a pas été établie. Depuis le premier jour, nous pointons le dysfonctionnement de la police rémoise», a-t-il commenté après la lecture du délibéré.

Des milliers de personnes dans les rues de Bastia

Les faits visés se seraient déroulés en trois temps, avait avancé le parquet lors d'une audience le 15 février.

D'abord avant le match, où une vingtaine de supporteurs auraient lancé des engins incendiaires en ville. Ensuite dans l'enceinte du stade Delaune, où «le décor était planté. Outre les insultes, un tag mentionnant le préfet Erignac, abattu à Ajaccio en 1998, a été découvert dans les toilettes signé du groupe de supporters Bastia 1905». Puis à l'issue de la rencontre, en centre-ville, lorsqu'une dizaine de fans auraient commencé à lancer des fumigènes contre les policiers.

Les incidents survenus à Reims avaient suscité de la colère en Corse, où plusieurs manifestations et rassemblements avaient dégénéré dans la semaine qui avait suivi. Celle-ci s'était achevée le 21 février par le défilé, sans incident, de plusieurs milliers de personnes à Bastia.

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