Ancien chef du renseignement : ayant imposé des sanctions contre Moscou, la France ignore la réalité

Source: AFP

D’après Alain Juillet, ancien directeur du renseignement à la DGSE, Paris a oublié ses propres intérêts et ignore les données présentées par ses services de renseignement en suivant aveuglement les traces de la politique américaine.

«Dans l’affaire ukrainienne, c’est flagrant. Pour aller dans le sens des Américains, nous n’avons pas anticipé les conséquences de l’embargo contre la Russie. Cela crée des problèmes chez eux, mais regardez ce qu’il se passe chez nous avec l’agriculture ! Nous lui avons coupé son débouché vers la Russie. Ce n’est pas glorieux», a estimé Alain Juillet dans un entretien accordé à Régis Le Sommier, journaliste de Paris Match. Il précise même que l’efficacité des sanctions imposées à la Russie est douteuse car elles auraient pu être fabriquées par des néoconservateurs américains.

En plus d'avoir gelé les relations économiques avec la Russie, Alain Juillet a aussi accusé les autorités françaises d’avoir fait de mauvais choix dans la résolution des conflits en Syrie et en Ukraine.

«Il est certain que sur la Syrie ou l’Ukraine, les Français se sont trompés. Soit les services ont donné de mauvaises informations, soit ce sont les politiques qui, malgré les informations, ont voulu aller dans un sens qui n’était pas celui de la réalité. Sur la question syrienne, on a ignoré la réalité», a-t-il commenté.  

Pour rappeler la nécessité d'avoir des relations constructives avec le gouvernement syrien, Alain Juillet a cité l'exemple des quatre journalistes français qui ont dû passer presqu’une année en captivité, avant d'être libérés en 2014.

«A l’époque des conflits en Irak et des quatre journalistes otages en Syrie, nous avions de bonnes relations, non officielles, avec les services syriens. Ces relations nous ont toujours servi. Brutalement, on coupe les ponts. C’est une absurdité totale», a conclu Alain Juillet, avant d'ajouter que d’après lui, la faute la plus grave commise par les autorités françaises était de s'être laissé manipuler en aidant de prétendus rebelles, «alors qu'en réalité il s'agissait d'équipes d'Al-Qaïda poussées par des pays du Golfe».

«Si on l’a fait, cela veut dire qu’on n’a tenu aucun compte de l’avis des services de renseignement», a-t-il regretté. 

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