Le grand mufti de Turquie fait le zénith de Strasbourg

Mehmet Görmez, grand mufti de Turquie, a fait le déplacement jusqu'à Strasbourg pour rencontrer les fidèles. Source: Reuters
Mehmet Görmez, grand mufti de Turquie, a fait le déplacement jusqu'à Strasbourg pour rencontrer les fidèles.

Plus haute autorité religieuse de Turquie, Mehmet Görmez a fait le déplacement jusqu’à Strasbourg. Il s’est adressé à une foule de fidèles venus en masse pour l’écouter. La Turquie semble s’intéresser de plus en plus à l’Europe.

Sous le feu des critiques pour ses relations troubles avec Daesh et sa répression des Kurdes, la Turquie continue de tisser les liens avec le Vieux Continent. Cette fois, ce n’est pas le Premier ministre Ahmet Davutogu qui négocie à coup de milliards la résolution de la crise des migrants. Ni Recep Tayyip Erdogan qui demande à ce que le processus d’adhésion de son pays à l’UE soit relancé. C’est sur le terrain religieux que la Turquie agit.

Mehmet Görmez, plus grande figure de l’islam sunnite en Turquie est venu à Strasbourg. Au Zénith de la ville, devant une foule conquise, il a développé sa vision du monde et de la religion. Ce déplacement n’est pas anodin. Le pays des sultans multiplie les constructions et rénovations de mosquées à travers le monde. En 2015, le budget du ministère des Affaires religieuses, qui prend en charge leurs édifications, a atteint environ 2 milliards d’euros.

En France, un parti politique issu de la diaspora turque présente ses candidats aux élections. Egalité et Justice est déjà implanté dans l’Est du pays. Et il a du mal à cacher sa proximité avec l’AKP de Recep Tayyip Erdogan.

Un parti proche d'Erdogan en France

Doucement mais sûrement, la Turquie place ses pions. Quand le grand mufti prend la parole sur la scène du Zénith de Strasbourg, c’est pour défendre l’islam de France : «La présence d’une autre religion dans un pays, si elle est considérée comme un problème de sécurité, c’est qu’il y a un souci quelque part. Je trouve que nos interlocuteurs auraient dû être au ministère de l’Education et des Sciences plutôt qu’au ministère de l’Intérieur.»

Je trouve que nos interlocuteurs auraient dû être au ministère de l’Education et des Sciences plutôt qu’au ministère de l’Intérieur

Recep Tayyip Erdogan avait exigé la séparation homme/femme lors de sa visite en octobre dernier. Après le tollé provoqué par cette demande, Mehmet Görmez a joué plus fin. Dans la salle, les deux sexes se côtoyaient.

La visite a été organisée par le Ditib de Strasbourg. Cette association s’occupe notamment de la formation des imams. Elle est soutenue par l’ambassade turque. A la sortie, les fidèles se sont vus distribuer des tracts et autres documents du parti Egalité et Justice. Lors des dernières élections départementales, il était présent dans pas moins de dix cantons de l’Est. Dans la région, la formation politique inquiète. Mine Günbay, adjointe au maire de Strasbourg en charge de la démocratie locale et du droit des femmes, qualifie le parti d’«à minima islamo-conservateur».

Des vues des deux côtés de l’Atlantique

La France n’est pas la seule cible de ce soft power made in Ankara. Les pays des Balkans, l’Allemagne et même les Etats-Unis, où le président Erdogan a récemment inauguré la mosquée du Maryland, financée avec les deniers turcs, sont des terres qui intéressent beaucoup la Turquie.

Mais, à l’image de l’Arabie saoudite ou du Qatar, le pays doit faire face à des réticences de plus en plus marquées. En Roumanie, la classe politique est divisée à propos de la construction, à Bucarest, de la plus grande mosquée d’Europe. L’Albanie regarde vers Ankara avec méfiance. Du côté de l’Autriche, on a carrément adoptée une loi interdisant tout financement étranger des lieux de cultes musulmans et des imams.

Pas sûr que cela suffise à freiner les ardeurs de Recep Tayyip Erdogan. Après tout, l’homme n’a jamais caché son admiration pour Soliman le Magnifique, le sultan qui régna sur trois continents...

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