Michel Rocard : «La France est un pays à explosions et à crises»

L'ancien Premier ministre juge sévèrement les syndicats. Source: Reuters
L'ancien Premier ministre juge sévèrement les syndicats.

L’ancien Premier ministre, mentor de Manuel Valls et Emmanuel Macron, a livré à RT France ses impressions quant à la contestation sociale qui sévit en France. L’occasion de plaider pour une baisse de la durée hebdomadaire du travail.

Michel Rocard a l'image d'un libéral. A 85 ans, l’ancien Premier ministre de François Mitterrand n’a pas changé d’avis. Il porte un regard très critique sur la CGT et le mouvement social qui touche la France, ce pays «à explosions et à crises».

«La CGT est en crise de direction, de succession et cherche une légitimité dans la conduite de ce conflit», explique l’ancien locataire de Matignon. Pour lui, le syndicat qui mène la contestation contre la loi travail «illustre dans cette affaire une réticence à proposer et à négocier».

Sans surprise, il soutient Manuel Valls. Celui qu’il qualifie de «petit frère» aurait eu raison d’utiliser le 49.3 pour faire passer la loi Travail à l’Assemblée nationale, pour sortir d’une «situation de blocage». Rien d'étonnant de la part du champion toutes catégories de la discipline qui a utilisé le dispositif constitutionnel pas moins de 28 fois au cours de son mandat.

«Le 49.3 a été inclut dans la Constitution pour faire face à des situations où il n’y avait pas de majorité parlementaire, tout le monde en a eu sauf moi, explique-t-il. J’étais donc le seul légitime.» S’il comprend la manoeuvre du Premier ministre, il tient à préciser son analyse : «L’ensemble de mes collègues, y compris Manuel Valls, en sont venus à utiliser le 49.3 pour intimider ou brutaliser leurs propres majorités réticentes.»

Valls et Macron solidiaires ?

Contrairement à l’avis général qui veut que les relations soient mauvaises entre Manuel Valls et Emmanuel Macron, Michel Rocard assure au contraire que les deux hommes sont solidaires «face à la nécessité de gouverner sans se laisser arrêter par des archaïsmes français, des blocages et des refus de discuter».

Derrière ces mots, on sent bien que les syndicats sont visés. Michel Rocard fustige «un manque total de pratique du dialogue social en France». «Dans les autres pays, tout cela relève de la négociation avec l’ensemble des syndicats», souligne-t-il avant de faire remarquer que le taux de syndiqués dans l’Hexagone est l’un des plus faible d’Europe.

Une loi travail et un pacte de responsabilité «nécessaires»

Michel Rocard est donc favorable à la loi travail. Il réfute l’idée que l’on donne un blanc-seing au patronat et pense au contraire que le texte le poussera à négocier. Plusieurs observateurs dénoncent pourtant un possible chantage à l’emploi que rendrait possible ces «accords d’entreprise».

L’exemple du pacte de responsabilité est souvent mis en avant par les opposants à la loi El Kohmri. Plus de 40 milliards d’euros de baisses de charges et crédits d’impôts ont été octroyés aux entreprises. Les effets sur le taux de chômage tardent à se faire sentir.

Pour Michel Rocard, l’Etat a eu raison de vouloir faire «repartir l’appareil de production», mais l’a mal fait. «On a choisi un dispositif avec un effet lent», analyse l’ancien Premier ministre.

Travailler moins longtemps mais travailler tous

S’il défend la loi Travail, Michel Rocard a un autre cheval de bataille. Il a récemment signé, avec 150 autres personnalités telles que Cécile Duflot ou Benoit Hamon, un appel à «travailler moins pour travailler tous et mieux».

Il cite notamment l’exemple allemand. Ce pays a une durée hebdomadaire moyenne de travail plus courte qu’en France et un taux de chômage inférieur. Cependant, le taux de pauvreté y est plus élevé. Un lien entre précarisation du marché du travail et difficulté financière que Michel Rocard admet.

Mais il n’en démord pas : «Depuis la mise en place des 35 heures, il y a une guerre civile organisée par les PME et la droite française contre la perspective d’une baisse de la durée hebdomadaire globale du travail.»

En attendant que ses solutions soient mises en place, Michel Rocard regarde d’un mauvais oeil cette situation sociale qui se tend en France. Quand on lui parle d’une possible lutte légitime qui n’aurait pas vocation à bloquer pour bloquer, il répond ceci : «Cela n’a rien à voir. La violence peut toujours être sincère. Mais elle est non pertinente. Elle fait du mal au pays.» Le gouvernement s’est trouvé un défenseur, les opposants à la loi travail un nouvel ennemi.

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