Deliveroo plonge de 30% à Londres juste après son introduction en Bourse

- Avec Reuters

Deliveroo plonge de 30% à Londres juste après son introduction en Bourse© PHIL NOBLE Source: Reuters
Un livreur de Deliveroo traverse le centre de Manchester, dans le nord de la Grande-Bretagne, le 8 mars 2021 (illustration).
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Très attendue, la plus grosse introduction à la Bourse de Londres depuis 10 ans a connu des débuts difficiles. En cause : une image sociétale écornée, un modèle économique fragile et le retour à la hausse du rendement des bons du Trésor.

Rishi Sunak, chancelier de l’Echiquier du gouvernement britannique [ministre des Finances], avait salué début mars Deliveroo comme une «véritable réussite technologique britannique» et déclaré : «Nous envisageons des réformes pour encourager encore plus d'entreprises dynamiques à forte croissance à s’introduire en Bourse au Royaume-Uni.»  Mais les actions de Deliveroo ont chuté de 30% lors au premier jour de leur cotation en bourse ce 31 mars, réduisant dans un premier temps de 2,28 milliards de livres (2,7 milliards d’euros) la valorisation de la société. Un coup dur pour le groupe de livraison de nourriture à domicile, mais aussi le marché londonien des introductions en Bourse.

Ainsi, le prix d’introduction de 390 pence par action, déjà fixé dans une limite basse pour une capitalisation totale de 7,6 milliards de livres (8,9 milliards d’euros), a été confronté à une chute à 331 pence dans les minutes qui ont suivi l'ouverture du marché, avant de ressaisir pour ne perdre plus que 15%. Un résultat «extrêmement douloureux pour l'une des introductions en bourse les plus attendues de l'année», selon un banquier senior des marchés des capitaux propres, cité par Reuters et qui a souhaité rester anonyme. Pour la même source, cet échec aura un impact sur l’ensemble des mises en marché d’entreprises de technologies en Grande-Bretagne et en Europe.

Cet échec relatif de la plus importante introduction en Bourse depuis celle du groupe international de négoce de matières premières Glencore en 2011 a plusieurs raisons : plusieurs gros investisseurs comme les compagnies d’assurances Aberdeen Standard Life, Aviva, Legal & General Investment Management et M&G, très actives sur la place de Londres, ont été rebutés par le montage de l’opération accordant 50% des droits de votes au fondateur William Shu avec seulement 6,4% du capital, grâce à l’émission de deux catégories d’actions.

En outre, malgré une hausse de 54% de son chiffre d’affaires pendant la pandémie, la société de livraison à domicile de plats de restauration n’a encore jamais été bénéficiaire. De plus, beaucoup d’analystes trouvent fragile son modèle économique et redoutent que lorsque les restaurants rouvriront, certains cessent de passer par ce service qui peut coûter dans certains cas jusqu’à 30% de commission.

... savoir comment une entreprise qui était évaluée à 3 milliards [de livres] en novembre, 5 milliards en janvier, pouvait-elle valoir comme par magie 8 à 9 milliards en mars ...

Il y a aussi la question de l’image de l’entreprise, notamment en raison du statut controversé de ses livreurs. James Athey, directeur chez Aberdeen Standard Investments (520 milliards d’euros d’actifs sous gestion dans le monde) a ainsi déclaré pour Reuters que «le nombre d'institutions alignées pour dire "non" pour des raisons ESG (gouvernance environnementale, sociale et d'entreprise) promettait des débuts délicats».

Une entreprise survalorisée ?

Il y a enfin, la question de la valorisation des entreprises de technologies, comme l’explique Russ Mold, directeur des investissements chez AJ Bell cité par Reuters, pour qui l’échec relatif de l’entrée en Bourse de Deliveroo «ramène à la question de savoir comment une entreprise qui était évaluée à 3 milliards [de livres] en novembre, 5 milliards en janvier, pouvait-elle valoir comme par magie 8 à 9 milliards en mars – d’autant que, selon ses propres déclarations, elle était en manque urgent de trésorerie l'année dernière».

Les réalités qui ont rattrapé la société de livraison d’origine londonienne s’inscrivent dans un contexte plus large de survalorisation d’entreprises dites «de croissance» issues du secteur des technologies.

Au plus fort de la crise caractérisée, sur le plan financier, par des taux d’intérêts négatifs et des torrents de liquidité se déversant sur les marchés de capitaux, ces entreprises pouvaient être attractives, malgré de faibles rentabilités.

Mais avec la hausse récente des rendements des bons du Trésor américain, ce secteur a perdu de son attrait et de nombreuses valeurs technologiques des deux côtés de l'Atlantique ont chuté ces dernières semaines, tandis que les valeurs pétrolières reprenaient des couleurs.

Fondé à Londres par William Shu en 2013, Deliveroo est actif dans plus de 800 villes de 12 pays, de l'Australie à Hong Kong en passant par la Belgique et l'Espagne.

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