Une centaine d’économistes européens appellent à annuler les dettes publiques détenues par la BCE

Une centaine d’économistes européens appellent à annuler les dettes publiques détenues par la BCE Source: Reuters
«Votre agenda détruit l'Europe» proclame une pancarte montrant la chancelière allemande Angela Merkel et d'autres responsables politiques européens lors d'une manifestation devant la Banque centrale européenne à Francfort, le 8 juin 2013 (illustration).

Le débat sur la dette publique détenue par la Banque centrale européenne enfle alors qu'une nouvelle tribune d’économistes appelle à l’annuler. Pourtant, pour certains c’est inutile, car cette dette n’existe tout simplement pas.

«Le débat sur l’annulation des dettes détenues par la BCE connaît un fort retentissement en France, mais aussi en Italie, au Luxembourg, en Belgique, dans les couloirs des institutions européennes, auprès des représentants de la BCE elle-même et des différents ministères des Finances de la zone euro», se félicitent dans une tribune une centaine d’économistes européens.

Parmi eux, on trouve une cinquantaine de Français dont Thomas Piketty, auteur du best-seller mondial Le Capital au XXIe siècle, mais aussi quelques Allemands et même des Suisses et un Britannique.

Intitulé «Annuler les dettes publiques détenues par la BCE pour reprendre en main notre destin», cet appel est publié dans Le Monde (France), El Pais (Espagne), La Libre Belgique, Der Freitag (Allemagne) et Avvenire (Italie).

Les auteurs ne retiennent pas leur coups contre l’institution basée à Francfort (Allemagne) et se félicitent que «la monnaie cesse pour un instant d’être cet objet soustrait à la délibération collective et confiée à une banque centrale indépendante des pouvoirs politiques mais dépendante des marchés financiers». 

25% de la dette publique européenne détenue par la BCE 

Ils soulignent que «près de 25% de la dette publique européenne est aujourd’hui détenue par [la] Banque centrale [européenne]» et expliquent : «Nous nous devons à nous-même 25 % de notre dette et si nous remboursons cette somme, nous devrons la trouver ailleurs, soit en réempruntant pour faire rouler la dette au lieu d’emprunter pour investir, soit en augmentant les impôts, soit en baissant les dépenses.»

Rien de très nouveau dans cet appel, déjà formulé par de nombreuses personnalités politiques européennes comme, en France, l’insoumis Jean-Luc Mélenchon ou l’ancien ministre de l’Economie Arnaud Montebourg. Mais cette demande d’annuler une dette qui n’est que le produit d’une création monétaire s’est à chaque fois heurtée à des fins de non-recevoir, le plus souvent assorties d’arguments peu convaincants.

Ainsi, l’AFP rappelle dans une dépêche consacrée à cette tribune que Fabio Panetta, membre italien du directoire de la BCE, avait estimé en juin qu’annuler les dettes des Etats, qui se négocient actuellement à des taux très bas, voire négatifs, n'était «pas une option [car] les citoyens risqueraient de perdre confiance dans la monnaie». 

En mai dernier, dans Le Monde, Jean Pisani Ferry, contributeur du programme économique d’Emmanuel Macron déclarait : «Annuler la dette, c’est toujours en transférer le fardeau à d’autres

Pourtant, certains économistes expliquent que c’est un peu plus compliqué. C’est le cas de Patrick Artus, chef économiste de la banque Natixis, qui a déclaré à de nombreuses reprises et dans différents médias que la part de la dette de l’Etat français détenue par la BCE n’existait pas.

La dette dont on parle beaucoup, ce n'est pas un sujet […] nous n'avons aucun problème pour placer notre dette et nous n'avons aucun besoin de la rembourser puisque la BCE la gardera définitivement dans son bilan

Le 29 janvier, sur France Info, il expliquait : «La dette dont on parle beaucoup, ce n'est pas un sujet […] Il faut rappeler que la Banque centrale européenne (BCE) achète toutes les émissions de dette des Etats. Donc, nous n'avons aucun problème pour placer notre dette et nous n'avons aucun besoin de la rembourser puisque la BCE la gardera définitivement dans son bilan.» 

Dans le détail, une partie importante (environ 25%) de la dette émise par l’Etat français est détenue par la Banque de France pour le compte de la BCE dans le cadre de ses rachats d’actifs financiers publics.

Or, l'Etat étant le seul actionnaire de sa banque centrale, quand il lui emprunte de l'argent, c'est à lui-même qu'il l'emprunte. La Banque de France n'a plus qu'à revendre cette dette à la BCE. 

En outre, même si le taux global de la dette de l’Etat augmente, notamment sous l'effet de la crise provoquée par l'épidémie de Covid-19, celui de la dette détenue par des acteurs privés ne cesse de se réduire. Il serait aujourd’hui, selon les calculs du chef économiste de Natixis, aux environs de 89%, soit à peu près le même qu’en 2014.

Une dette de plus en plus française

De plus, la dette de l’Etat est de plus en plus rapatriée en France. Selon les chiffres de l’Agence France Trésor, la part de la dette de l'Etat détenue  par des «non-résidents» est passée de 61,9% fin 2015 à 51,3% actuellement.

En volume, elle représente un peu plus de 2 000 milliards d'euros. Quant à la dette publique. qui comprend aussi celles de la Sécurité sociale, des collectivités territoriales et des Organismes d'administration centrale (CNRS, Opéra, musées nationaux...) elle a atteint 2 675 milliards d'euros fin 2020.

Ivan Lapchine

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