Les vins français finalement rattrapés par les sanctions américaines contre l'Europe

Les vins français finalement rattrapés par les sanctions américaines contre l'Europe Source: AFP
Les vins français, menacés à plusieurs reprises par l’administration, seront, comme les autres productions viticoles, surtaxés de 25%. Ici, des bouteilles de vin présentées au salon Vinexpo à Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, le 13 mai 2019 (illustration).

Résultat du contentieux entre les géants aéronautiques Boeing et Airbus, les sanctions tarifaires américaines ont ciblé l’agriculture européenne. Une situation dénoncée par les associations professionnelles agricoles du Vieux Continent.

En France, la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS) a réagi la première à l’annonce, le 3 octobre, des sanctions tarifaires américaines, finalement autorisées par l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Côté français, ce sont en effet d’abord les vins qui sont visés d'un surcroît de droits de douane de 25%.

«Une mauvaise nouvelle pour le secteur», selon la FEVS, qui appelle à trouver «une solution négociée» et a demandé dans un communiqué aux autorités de résoudre ce différend pour obtenir la suppression de ces mesures qui touchent «arbitrairement» le secteur du vin.

Pour les vins de catégorie supérieure, les nouveaux tarifs pourraient renchérir immédiatement les prix de 5 à 10 dollars par bouteille. Et les exportateurs pourraient avoir besoin de baisser leurs prix pour éviter de perdre des parts de marché, ce qui risque de menacer les producteurs, a aussi précisé la FEVS.

Les exportations françaises de vin aux Etats-Unis ont atteint en valeur près d’un milliard d’euros en 2018. Les vins de Bordeaux ont représenté plus du quart de ces exportations, suivis de près par ceux de Bourgogne et du Beaujolais.

En fin de journée, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), principale organisation professionnelle réunie au Sommet de l’élevage et touchée seulement à la marge par les taxes qui affecteront aussi les fromages, publiait un communiqué intitulé «Rétorsions Airbus : l’agriculture refuse d’être un dommage collatéral».

Le caractère «géostratégique» de l'agriculture

«L’agriculture démontre une fois de plus son caractère géostratégique en faisant les frais des tensions commerciales internationales, sur des sujets qui ne la concernent en rien», s’alarme le syndicat agricole, qui estime qu’en «taxant avec des droits additionnels de 25 % les vins tranquilles [non gazeux], les fromages et le porc français, c’est un marché de plus de 1 milliard d’euros qui est touché. La FNSEA redoute même des «répercussions cumulées […] bien plus importantes, et des «effets indirects pouvant être dévastateurs».

Nous ne pourrons pas attendre des mesures au compte-goutte et étalées dans le temps comme ce fut le cas pour l’embargo russe

La fédération de syndicats agricoles, déjà échaudée par la ratification du CETA, demande implicitement des compensations immédiates et prévient : «Nous ne pourrons pas attendre des mesures au compte-goutte et étalées dans le temps comme ce fut le cas pour l’embargo russe.»

En Espagne, le secrétaire général de la première organisation syndicale agricole, la COAG, s’insurge lui aussi contre les conséquences sur les agriculteurs des mesures de rétorsion liées à la concurrence européo-américaine dans le secteur aéronautique en déclarant dans un communiqué : «Il est totalement injuste et disproportionné que la communauté rurale doive payer pour une guerre commerciale avec l'Union européenne qui n'a rien à voir avec la campagne espagnole.»

L'Espagne durement touchée

La péninsule ibérique est particulièrement touchée, car les Etats-Unis sont le plus grand marché hors de l'Union européenne pour ses exportations telles que le vin, l'huile, le fromage et les olives - qui devraient toutes être affectées par les droits de douane. Selon les calculs de la COAG, les tarifs toucheraient environ un milliard d'euros de produits agricoles espagnols par an.

Les exportations alimentaires italiennes seraient, elles, affectées pour un montant de 500 millions d’euros, selon l’organisme professionnel représentant les agriculteurs italiens. Au Pays-Bas, second exportateur agricole au monde après les Etats-Unis, ce sont surtout les fromages qui seront touchés. Mais les chiffres sont moins impressionnants : la moitié des exportations néerlandaises de fromage seront frappées par les droits de douane, mais leur valeur annuelle totale ne représente que 78 millions d’euros selon Reuters, qui cite des chiffres du ministère néerlandais du Commerce.

Au Royaume-Uni, également affecté par les tarifs sur le vin à travers ses exportations de whisky écossais, le porte-parole du Premier ministre Boris Johnson s’est déclaré «déçu» et a timidement ajouté que les tarifs n’étaient dans «l’intérêt de personne».

Début avril, quand le bureau du représentant au commerce des Etats-Unis avait publié sa liste préliminaire de produits européens qui pourraient se voir appliquer des taxes douanières dans le cadre du conflit entre Boeing et Airbus, on trouvait beaucoup de produits manufacturés. Y figuraient notamment les hélicoptères et aéronefs civils de transport de marchandises ou de passagers d'un poids supérieur à 15 tonnes et certaines pièces aéronautiques provenant de France, d'Allemagne, d'Espagne ou du Royaume-Uni, les bicyclettes, la literie ou encore des vêtements. Mais l’administration Trump a finalement décidé de concentrer ses coups sur l’agriculture européenne.

Des dizaines de milliers d'emplois perdus aux Etats-Unis

Outre-Atlantique, cette situation porte autant atteinte aux consommateurs qu'à certains commerçants. Ainsi, la Specialty Food Association, organisation du secteur du commerce alimentaire, estime que les nouveaux tarifs américains de 25% sur le fromage italien, le vin français, le whisky écossais, les biscuits britanniques, les olives espagnoles et des milliers d'autres produits alimentaires européens entraîneront une hausse des prix avant la période des fêtes et réduiront l'emploi aux Etats-Unis.

Pour l’association professionnelle, ces tarifs «vont frapper les Américains au portefeuille à l’approche de la saison des fêtes». Elle ajoute dans un communiqué cité par Reuters : «Le plateau de fromages et charcuterie qui vous coûte actuellement 45 dollars vous reviendra désormais à 60 dollars. Et les friandises que vous offrez à votre famille pour célébrer Thanksgiving et les vacances de fin d'année risquent de devenir inaccessibles.»

La Specialty Food Association estime aussi que les droits de douane réduiront les ventes et auront un impact négatif sur l’emploi aux Etats-Unis chez près de 35 détaillants du commerce alimentaire.


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