La Grèce retrouve un semblant d’autonomie financière, sans voir la fin du tunnel  

La Grèce retrouve un semblant d’autonomie financière, sans voir la fin du tunnel    Source: AFP
Le ministre grec des Finances Euclid Tsakalotos (g.) et le Premier ministre Alexis Tsipras (d.) lors d’une séance de débat au Parlement le 22 mai 2016 (illustration).

A partir du 20 août, la Grèce quitte les plans d’aide européens et leur tutelle. Une autonomie financière relative, d’autant que le pays doit absolument garantir une croissance qu’il ne pourra guère trouver que dans le tourisme.

«Pour la première fois, la Grèce se trouve dans une position où elle peut se fixer une série d’objectifs pour le jour d’après […] Elle est de retour avec un plan, une responsabilité. Elle est en marche», déclarait le chef du gouvernement grec, Alexis Tsipras, en conseil des ministres le 21 mai. Le lendemain, devant le Parlement, il dévoilait les grandes lignes de son plan de croissance pour le jour suivant la sortie de la Grèce des programmes d’aide européens, prévue le 20 août.

Officiellement, la Grèce retrouve son autonomie financière à cette date en sortant du troisième et dernier plan d’aide d’un montant de 86 milliards d’euros négocié en 2015. Elle a fait le choix de se financer désormais directement sur les marchés à des taux à peu près soutenables avoisinant les 4% alors qu’ils avaient atteint pour elle 37% au plus fort de la crise en 2012.

En 2017 son budget a présenté un excédent primaire (hors service de la dette) proche de 4% du produit inétrieur brut (PIB) et un solde budgétaire net positif de 0,8% qui en fait un des bons élèves de la rigueur budgétaire européenne derrière l’Allemagne, avec son insolent excédent de 2,4%, mais devant l’autre bon élève de la rigueur européenne le Portugal dont le budget présentait en 2017 un déficit de 0,9% (contre 2,6% en France). Au vu de l'ampleur persistante de la dette grecque (317, 4 milliards d’euros, soit 178,6 % du PIB), Athènes s'est engagé à produire à marche forcée des excédents primaires de 3,5% du PIB jusqu'en 2022 et de 2,2% jusqu'en 2060.
 
Quant au taux de chômage, après un pic de près de 28% en 2013, il s’est réduit à 21% en 2017, ce qui reste un des taux les plus élevés des 36 pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). La même année, la Grèce a retrouvé le chemin de la croissance avec un taux en progression de 1,4% après avoir perdu plus du quart de son PIB depuis le début de la crise de sa dette en 2009. Et, alors que l’OCDE anticipe pour de nombreux pays un tassement de la croissance observée en 2017 dès 2018, l'organisation estime que celle de la Grèce devrait se renforcer aux alentours de 2% au cours des deux prochaines années.

L'Etat grec déshabillé par les privatisations forcées

Le 21 juin dernier, en prévision de la sortie annoncée de la Grèce des plans d’aide européen, l’Eurogroupe, enceinte informelle qui réunit les ministres des Finances de la zone euro et la Banque centrale européenne (BCE), a finalement accepté d’allonger de 10 ans la durée de remboursement de la dette grecque à ses créditeurs européens. Cela permettra d'en réduire le coût annuel des intérêts, condition indispensable pour qu’elle soit soutenable. L’Eurogroupe a également accepté la rétrocession à la Grèce de 4,4 milliards d’euros d’intérêts de sa dette rachetée par la BCE.

Mais cet effort tardif ne va pas sans contrepartie. Pour obtenir cet allègement, Athènes a dû accepter un plan dit de «surveillance post-programme» particulièrement draconien assorti d’audits de contrôle plusieurs fois par an. Il impose à la Grèce des mesures dans six domaines de l’activité de l’Etat comme l’administration, la fiscalité, la santé, la protection sociale et surtout les privatisations. Sur ce dernier point les exigences de l’Eurogroupe reviennent à imposer à l’Etat grec de se déposséder d'une importante partie de ses infrastructures, alors que les 14 principaux aéroports du pays ont déjà été privatisés. Ainsi la puissance publique grecque devrait perdre le contrôle de sa compagnie énergétique PPC et de la plupart de ses installations portuaires et aéroportuaires.

La seule marge de manœuvre dont dispose encore le Premier ministre pour sortir la population de sa paupérisation est l’allègement de la pression fiscale. Celle-ci a été particulièrement forte sur les droits de succession et a contraint, l’an dernier près de 150 000 Grecs à renoncer à hériter de demeures familiales faute de pouvoir payer ces droits.

La ressource touristique proche de ses limites

Pour garder le cap de la croissance, la Grèce va devoir faire preuve d’inventivité. En effet, difficile d’accroître l’activité économique d’un pays quand sa population baisse de 1% par an et que 500 000 jeunes diplômés l'ont quitté pour chercher un avenir ailleurs. Difficile également de soutenir l’activité industrielle par le crédit à la production, quand le système bancaire est plombé par des bilans dans lesquels entrent près de 50% de créances qui ne pourront sans doute pas être remboursées.

Comme dans le cas du Portugal, qui s’est retrouvé dans une situation comparable au sortir des plans d’aide européens en 2014, c’est avant tout le tourisme qui détient les clés de la croissance et de la baisse du chômage. En dépit de la légende d’une politique anti-austérité qui aurait stimulé l'activité économique (alors que le gouvernement du socialiste Antonio Costa a réduit de 30% les investissements publics et fait de la rigueur budgétaire une des priorités de son action), c’est en effet surtout le tourisme, en plein boom mondial en 2017, qui a permis au Portugal de battre cette même année son record de croissance à 2,6% et de réduire très significativement son taux de chômage.

Mais en Grèce, on peut se demander si la limite de ce que peut offrir le berceau de la civilisation européenne et ses îles de la mer Egée n’a pas été atteinte. Le tourisme y représente déjà 20% du PIB, une des proportions les plus élevées au monde. De plus, en perdant le contrôle de ses aéroports l’Etat perd aussi le bénéfice des recettes de taxes aéroportuaires ou de l'activité du port du Pirée, passé sous contrôle chinois. En outre, l’afflux de touristes (30 millions en 2017, soit trois fois la population) produit certains effets indésirables, notamment en raison du développement des plateformes de locations de type AirBnB qui renchérissent pour la population locale le coût de l’immobilier locatif. Enfin, l’industrie touristique est fortement liée à la conjoncture économique des pays d’où viennent les visiteurs. Un ralentissement de la croissance en France et en Allemagne aurait des répercussions immédiates sur la fréquentation des sites antiques et des Cyclades.

Jean-François Guélain

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