Energie : sans soutien de l'Etat, la première usine d’hydroliennes ferme après quelques semaines

Energie : sans soutien de l'Etat, la première usine d’hydroliennes ferme après quelques semaines© Jean-Paul Barbier Source: AFP
Image d'illustration d'un modèle d'hydrolienne.
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Un site de fabrication d’hydroliennes, productrices d'énergie verte, ferme un mois et demi après son ouverture, faute de commandes de l'Etat. Une décision prise malgré des millions d'euros d'investissements, notamment publics, dépensés en pure perte.

Voilà des années qu'une filiale de Naval Group, Naval Energie, oeuvre à Cherbourg (Manche) pour mettre en place un site de fabrication d'hydroliennes, ces engins installés au fond de la mer qui produisent de l’électricité avec les courants marins.

Or cette usine d’avenir, qui contribuerait à permettre à la France de respecter ses engagements en matière de taux d'énergies renouvelables, vient de fermer ses portes un mois et demi seulement après son ouverture.

Naval Energie, qui devait développer ce projet de construction initié par François Hollande, de 25 hydroliennes avec EDF, a simplement déclaré qu’elle cessait les activités dans ce domaine. Et ce malgré 250 millions d’euros d’investissements, dont une part d’argent public et de fonds normands, qui sont partis au fil de l'eau.

«La dégradation de la situation du marché, en France et dans le monde tout au long de ces derniers mois, s'est traduite par une absence de perspectives commerciales qui ne nous permet pas de financer seuls plus longtemps le développement des activités hydroliennes», a déclaré Laurent Schneider-Maunoury, le président de Naval Energies au magazine économique Business Insider France.

Cette nouvelle a créé l'émoi parmi les élus locaux et les maires, qui voient sombrer leur espoir de créer de l'emploi et une filière d'avenir.

Pas de commandes de l'Etat, qui soutenait pourtant le projet

L'usine a cessé de fonctionner, faute de commandes. Il manque en effet des fonds, «le passage à la phase commerciale» des projets, selon Philippe Bas, sénateur et président de la commission des lois du Sénat. Dans un communiqué, il en fait incomber la responsabilité aux «dirigeants nationaux» qui n’ont pas encouragé les projets de Naval Group. Le carnet d'achats n’a pas suivi, l’Etat n’a fait aucune commande publique. Car les hydroliennes coûtent actuellement encore trois fois plus cher que les éoliennes standard. Il appelle le «gouvernement au sursaut nécessaire pour éviter cette perte de chance pour la France».

L’Etat, qui détient 60% de Naval Group, la société industrielle, et qui portait le projet, n'a pas souhaité sauver l'hydrolien français. Le ministère de la transition a d’ailleurs fait savoir au journal régional la Presse de la Manche qu'il enterrait le projet : «Le gouvernement estime qu’il n’est pas optimal, en tout cas pour le moment, de lancer un appel d’offres.» Il explique donner la priorité «aux énergies marines les plus compétitives», dénonçant les coûts de production actuellement très élevés de l'hydrolien par rapport à «d’autres technologies comme l’éolien en mer».

Les élus furieux de voir le projet couler

Hervé Morin, président de la région Normandie a vivement protesté : «Cette filière d'avenir, l'Etat l'a tuée.» «Celui qui faut montrer du doigt c'est celui qui grosso modo décide de tout, cet homme s'appelle Emmanuel Macron», a-t-il déclaré sur RTL.

Sébastien Jumel, député PCF de la Seine-Maritime, a appelé à la concertation de tous les acteurs et à «revoir cette décision dictée par une logique d’actionnaires à courte vue, pour la ré-examiner à la lumière des véritables enjeux de l’énergie hydrolienne pour notre pays».

«Le navire Naval Group, avec l’aval de l’Etat son actionnaire majoritaire, préfère la rentabilité immédiate aux enjeux d’avenir pour notre pays et abandonne d’autant plus facilement ce programme qu’il est piloté par une filiale», a-t-il estimé.

 

Naval Energies, un des leaders mondiaux des énergies marines renouvelables, souhaite mettre la priorité sur le développement de l’éolien flottant et de l’énergie thermique des mers.

Lire aussi : Que reste-t-il à vendre ? L’Etat détient (encore) 100 milliards d’actifs dans 81 entreprises

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