Réduit à l'industrie ferroviaire, Alstom pourrait passer sous le contrôle de Siemens

Réduit à l'industrie ferroviaire, Alstom pourrait passer sous le contrôle de Siemens
Le TGV atlantique en 1990, illustration ©FRANCOIS GUILLOT / AFP
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Après avoir cédé en 2015 à l'américain General Electric ses activités dans l'énergie et le nucléaire, Alstom pourrait passer sous contrôle du conglomérat allemand Siemens. Plusieurs voix s'élèvent pour dénoncer la mort d'un fleuron français.

Le TGV va-t-il devenir allemand ? Le feuilleton du démantèlement du fleuron technologique Alstom se poursuit, malgré les dénégations des pouvoirs publics, de François Hollande en passant par ses ministres de l'Economie, Michel Sapin et... Emmanuel Macron.

Il pourrait même s'achever au moment où le groupe industriel allemand Siemens envisagerait de mettre la main sur ce qui reste d'Alstom, en devenant actionnaire majoritaire de ce qui reste du groupe français : l'activité de construction de matériel roulant ferroviaire. Ce 26 septembre 2017, le conseil d'administration d'Alstom, où l'Etat ne détient plus que 20% des droits de vote, pourrait acter le passage du groupe sous le contrôle de Siemens.

Le groupe allemand tient par ailleurs de son côté, ce même jour, une réunion de son conseil de surveillance. Les deux groupes devraient se prononcer sur un projet déjà étudié en 2014 mais qui avait échoué, Alstom préférant céder ses activités énergie à l'américain General Electric et recentrer son activité sur le ferroviaire.

Le passage d'Alstom sous pavillon allemand signerait ainsi de facto la disparition d'un fleuron industriel français qui avait plusieurs cordes à son arc. La branche nucléaire d'Alstom concevait et construisait notamment des turbines nucléaires de pointe – 30% des parts du marché mondial – activité tombée dans l'escarcelle de l'américain General Electric début 2015, avec la bénédiction du ministre de l'Economie de l'époque.

Liquidation d'un fleuron technologique

La production et la livraison des turbines, fierté d'Alstom, dépend désormais des Etats-Unis. Ces dernières équipent non seulement les centrales nucléaires, mais aussi les sous-marins nucléaires, une composante non négligeable de l'indépendance stratégique et militaire de l'Hexagone.

De l'avis du ministère de l'Economie et des partisans de la fusion des groupes français et allemand, ce rapprochement s'inscrirait dans un mouvement mondial de consolidation du secteur ferroviaire, face à la montée en puissance du géant public chinois CRRC Corp... Selon Bercy, si cette alliance se réalise, elle donnera naissance au numéro deux mondial – en volume – de matériel ferroviaire roulant.

Bradage, forfaiture et casse sociale

Mais pour les défenseurs d'une industrie nationale souveraine, la possible prise de contrôle d'Alstom par Siemens n'a pas manqué de soulever un tollé. Eric Coquerel, député de La France Insoumise (LFI), dénonce la fusion sur Twitter : «Ce bradage serait une forfaiture vis-à-vis du pays.»

L'ex-secrétaire d'Etat et ministre des Transports Les Républicains (LR), Thierry Mariani, dénonce lui aussi ce qu'il considère être le bradage d'Alstom. «Notre industrie [est] soldée», déplore-t-il.

«A partir du mardi 26 septembre 2017, l’un des derniers fleurons de l’industrie française ne nous appartiendra plus et les 31 000 salariés d’Alstom seront sous pavillon étranger», s'inquiète de son côté le président de Debout la France (DLF), dans un communiqué publié sur son site. «Monsieur Macron [a] menti sur toute l’affaire Alstom et en particulier la pérennité d’Alstom Transport», clame encore le député.

Nicolas Bay, secrétaire général du Front national (FN) et député européen, dénonce un effacement industriel de la France au profit de l'Allemagne.

Après le conflit lié à la possible fermeture du site d'Alstom à Belfort en septembre 2016, les syndicats s'inquiètent eux aussi d'une prise de contrôle d'Alstom. «Il y aura de la casse sociale à moyen terme», estime la CFE-CGC d'Alstom, premier syndicat du groupe, cité par l'AFP.

«Les garanties, c'est vite changé. Siemens sera là pour gagner de l'argent», a réagi pour sa part Daniel Dreger, de la CGT, deuxième syndicat chez Alstom.

L'annonce d'un possible rachat d'Alstom par Siemens prend ainsi une dimension politique et symbolique, en pleine réforme du Code du travail par ordonnances. Ce même jour, Emmanuel Macron, qui prône un renforcement de la collaboration franco-allemande, doit prononcer à la Sorbonne un discours ayant pour thème la «refondation de l'Union européenne». Ministre de l'Economie de François Hollande, Emmanuel Macron s'était engagé à exercer le cas échéant l'option d'achat qui permet à l'Etat de redevenir actionnaire d'Alstom.

Cette disposition avait été la condition sine qua nonposée par le prédécesseur d'Emmanuel Macron à l'Economie, Arnaud Montebourg, afin de permettre la vente de la branche énergie d'Alstom à General Electric. Elu président de la République, Emmanuel Macron va-t-il démentir le ministre de l'Economie qu'il a été ? Tentant d'étouffer les critiques, Benjamin Griveaux, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie, a assuré ce même jour que l'Etat veillerait à un «mariage entre égaux»...

Alexandre Keller

Lire aussi : Juncker veut un super ministre européen des Finances et de l'Economie

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