Une ONG américaine tente d'écarter les entreprises françaises en Iran

© Stephane Mahe Source: Reuters

Une enquête du Parisien révèle qu'une ONG américaine, sous couvert de lutte contre le nucléaire iranien et pour les valeurs démocratiques, barre la route aux sociétés européennes pour le bénéfice des sociétés américaines .

Depuis l'accord sur le nucléaire iranien passé entre Téhéran et les grandes puissances occidentales, les entreprises mondiales se remettent à investir massivement en Iran, pays redevenu subitement «fréquentable», après avoir été mis au ban de la société internationale durant de longues années.  

Mais dans la course pour l'accès aux marchés de ce pays de 78 millions d'habitants, il semble que tous les coups soient permis.

De l'humanitaire pour vérouiller des positions commerciales

Ainsi, United Against Nuclear Iran [UANI : Unis contre l'Iran nucléarisé], un ONG qui est à la base censée mettre en garde contre les atteintes aux droits de l'homme et promouvoir les valeurs de la démocratie.

Cependant, Le Parisien a découvert que, sous couvert de la défense de ces valeurs morales, l'organisation, à laquelle appartiennent d'importantes figures de la politique américaine, comme Mark Wallace, ancien ambassadeur auprès de l'ONU sous l'administration Bush, ou Jim Woolsey, ex-directeur de la CIA mais aussi des personnages tels que Tamir Pardo, ancien directeur du Mossad israélien, torpillait les entreprises européennes qui font concurrence aux entreprises amércaines sur le marché iranien.

D'après le quotidien français, UANI serait en fait une arme secrète américaine, dont la fonction cachée mais essentielle, réside dans le fait de mettre autant de bâtons dans les roues que possible aux entreprises européennes, et notamment françaises, qui tentent de se positionner en Iran. Son but ? Permettre aux entreprises américaines de s'accaparer les plus grosses parts de marché et mettre sur la concurrence sur la touche.

Menaces contre les entreprises françaises qui convoitent le marché iranien ...

Selon l'enquête menée par nos confrères du Parisien, intimidations, menaces, diffusion de fauses informations et espionnage seraient le quotidin d'UANI.

Par exemple, lorsque le ministre iranien des Affaires étrangères a effectué une visite officielle à Paris au printemps 2016, plusieurs entreprises françaises de premier plan, parmi lesquelles Vinci, Total, Airbus ou encore PSA, auraient reçu des courriers très officiels de la part de UANI.

Dans ces courriers, que Le Parisien est parvenu à se procurer, l'ONG prévient les entreprises françaises qu'en cas de poursuite de leur collaboration avec Téhéran, les marchés publics américains leur seraient inaccessibles. Sans compter les poursuites judiciaires auxquelles ces dernières s'exposent.

Un haut fonctionnaire et spécialiste du renseignement consulté par Le Parisien est d'ailleurs formel : «L'Amérique veut sa part du gâteau !» Les milieux économiques tricolores, d'ailleurs, ne sont pas dupes. «L'argument de la géopolitique est un écran de fumée, il s'agit de compétition sauvage pour des parts de marché ! Dans ce domaine, les Etats-Unis sont forts et l'Europe particulièrement naïve», explique-t-il. 

... pour mieux occuper ce dernier

Dans le même temps, alors qu'elle promet enfer et damnation aux entreprises françaises du CAC 40 qui veulent conquérir le marché iranien, l'ONG américaine en profite pour s'y frayer un chemin.

Ainsi, si UANI fustige les pourparlers qu'Airbus mène pour vendre une centaine d'avions à Téhéran dans une transaction d'un montant estimé à 24 milliards d'euros, elle passe sous silence la commande plus ou moins équivalente passée par la compagnie aérienne Iran Air à l'avionneur américaine Boeing.

Il en est de même pour PSA. Le constructeur automobile français est critiqué et mis sous pression pour sa volonté marquée d'acquérir une position importante sur le marché iranien, tandis que UANI ne dit rien de l'ouverture par l'américain General Motors d'«une filiale en Azerbaïdjan, pays voisin, pour exporter des voitures vers l'Iran», a expliqué au Parisien le spécialiste des relations internationales et maître de conférences à l'université Paris-Descartes, Fereydoun Khavand.

Les entreprises françaises se sont pourtant sérieusement engagées en Iran

Depuis l'accord du 14 juillet 2015 sur le nucléaire iranien, par lequel Téhéran s'est engagé à ne pas développer d'arme atomique, les pays occidentaux, dont la France, se sont massivement lancés dans une course au marché iranien.

Fin janvier 2016, le président iranien Hassan Rohani en visite à Paris a rencontré des entrepreneurs français et iraniens lors d'une réunion organisée par le Medef, en présence du Premier ministre Manuel Vall. Le président de la République islamique avait alors assuré vouloir «tourner la page sur une relation nouvelle entre l'iran et la France». Lors des cette rencontre, des accords commerciaux d'un montant de 40 milliards d’euros ont été signés.

Dans le secteur automobile, le groupe français PSA Peugeot Citroën a officialisé son retour sur la scène iranienne et annoncé en juin dernier la signature d'un accord avec l'iranien Khodro, en vue de produire dès le second semestre 2017 des véhicules Peugeot 208, 2008 et 301 à hauteur de 200 000 véhicules par an. 

Dans le domaine de l'aéronautique, un accord a également été passé avec le constructeur européen Airbus, dont l'un des sièges se trouve à Toulouse. L'accord prévoit la vente à Téhéran de 118 avions, moyen et long-courriers, pour un montant de 23 milliards d’euros.

Les groupes hôteliers voient également une véritable aubaine dans le réchauffement des relations franco-iraniennes. En septembre 2015 déjà, le groupe français AccorHotels avait annoncé la construction de deux hôtels dans le pays, de 296 chambres pour le premier et de 196 chambres pour le second.

En outre, cette course à l'investissement iranien concerne bien d'autres secteurs tels que le bâtiment [Bouygues], l'énergie [Engie, Total], le transport de marchandises [CMA CGM] ou encore la recherche pharmaceutique [Sanofi]. 

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