Jack Sparrow, «propre symbole» de l’Occident : Zakharova fustige la saisie d’un navire russe par la Norvège à la demande de l'Ukraine
Source: SputnikÀ la demande de la société ukrainienne Naftogaz, les autorités norvégiennes ont arraisonné le navire de recherche russe Professeur Moltchanov au Spitsberg. En réaction, Moscou a vivement dénoncé une violation du droit international et du Traité de 1920. La Russie prépare une plainte, tandis que Maria Zakharova a fustigé un acte de piraterie.
Les juristes du trust russe Arktikougol préparent un recours contre la Norvège après la saisie du navire russe Professeur Moltchanov au Spitsberg, a déclaré le ministre du Développement de l’Extrême-Orient et de l’Arctique, Alexeï Tchékounkov, en marge du Forum économique oriental à Vladivostok. Il s’agit d’un navire de recherche scientifique dont la saisie a été autorisée par le gouverneur du Spitsberg à la demande de la société ukrainienne Naftogaz.
Selon cette dernière, la mesure s’inscrit dans ses démarches visant à faire exécuter une sentence arbitrale portant sur environ 4,22 milliards de dollars, hors intérêts et frais de justice. La société ukrainienne n’a toutefois pas précisé de quelle décision d’arbitrage il s’agissait concrètement, mais Reuters a indiqué qu’il pourrait s’agir de la procédure devant la Cour de La Haye en avril 2023, à l’issue de laquelle le tribunal avait condamné la Russie à verser à Naftogaz la somme susmentionnée. Le ministère russe de la Justice avait toutefois souligné que Moscou ne reconnaissait pas la compétence de l’arbitrage de La Haye concernant la plainte de Naftogaz, raison pour laquelle la Russie n’avait pas pris part à cette procédure.
« C’est un nouvel exemple de nihilisme juridique et de mépris des règles par les pays occidentaux. Nous sommes présents depuis déjà 95 ans dans l’archipel du Spitsberg, en Norvège. Depuis 1931, le trust Arktikougol y mène ses activités. Le navire Professeur Moltchanov de Roshydromet servait à maintenir le contact avec notre entreprise. Hier, ce navire a été immobilisé par les autorités norvégiennes à la demande de la société ukrainienne Naftogaz », a déclaré Alexeï Tchékounkov, assurant qu’une réponse juridique serait prochainement apportée.
Une « tentative mesquine » de gagner les faveurs de l’Occident
Le Professeur Moltchanov assure depuis juin 2025 des liaisons régulières de transport de marchandises et de passagers vers le Spitsberg. Les autorités norvégiennes ont saisi le navire russe à la demande d’une société ukrainienne le 2 septembre. L’ambassade de Russie en Norvège a dénoncé une mesure politiquement motivée et contraire au droit international. Elle estime que les circonstances de l’opération témoignent de son caractère « coordonné et délibéré ».
Iouri Troutnev, représentant plénipotentiaire du président russe dans le district fédéral d’Extrême-Orient, a de son côté appelé au respect du Traité concernant le Spitsberg. Conclu en 1920, cet accord , auquel adhèrent 39 États, reconnaît la souveraineté norvégienne sur l’archipel de Svalbard tout en instaurant un régime économique particulier, démilitarisé et fondé sur l'égalité des droits.
Iouri Troutnev a également souligné que la saisie du navire constituait une violation du droit international et une « tentative mesquine » des autorités norvégiennes de gagner les faveurs de leurs partenaires occidentaux.
L’Occident a légalisé la piraterie, « faisant de Jack Sparrow son propre symbole de la modernité »
La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a pour sa part qualifié, dans une interview accordée à TASS, la saisie du navire de véritable acte de piraterie. Selon elle, l’Occident a « tout simplement levé le voile sur la piraterie », exhumant un vestige « du Moyen Âge, avant les Grandes Découvertes », et faisant ainsi de Jack Sparrow « son propre symbole de la modernité ».
Le ministère russe des Affaires étrangères a par ailleurs convoqué l’ambassadrice de Norvège à Moscou afin de lui remettre une protestation officielle. Selon la diplomatie russe, les conditions imposées par Oslo au Spitsberg en violation du droit international placent de fait les organisations et ressortissants russes présents dans l’archipel en « état de blocus ».
Moscou inscrit cet épisode dans une série plus large de saisies ou de tentatives visant des actifs russes en Occident en violation du droit international. La France et le Royaume-Uni ont déjà mené des actions similaires. En août dernier, le président Vladimir Poutine a déclaré que la Russie pourrait répondre par des mesures similaires en cas de confiscation de navires marchands russes par des pays occidentaux.