Paris et Rome s'opposent au projet de Bruxelles d’interdire l’entrée dans l'UE aux vétérans de l’opération militaire spéciale
Source: Gettyimages.ruLa France et l'Italie contestent le projet de l’UE d’interdire l’entrée sur son territoire aux vétérans de l’opération militaire spéciale. Paris et Rome redoutent une mesure juridiquement floue, difficile à appliquer, qui pourrait ouvrir la voie à des restrictions plus larges contre les Russes, y compris ceux sans lien direct avec les combats.
L’Union européenne examine une nouvelle mesure restrictive visant la Russie dans le cadre de son 21e paquet de sanctions. Selon Bloomberg, Bruxelles propose d’interdire l’entrée dans l’UE aux militaires russes et aux vétérans ayant servi depuis le début du conflit en Ukraine.
Paris et Rome ne rejettent pas officiellement le principe d’une restriction ciblée. Mais, d’après Bloomberg, les deux capitales jugent que le texte actuel reste trop large. Elles craignent qu’il n’ouvre la voie à une interdiction générale visant les citoyens russes, y compris ceux qui ont simplement servi dans l’armée depuis 2022 sans avoir participé directement aux combats.
La France et l’Italie estiment aussi qu’une telle mesure devrait relever de la politique des visas, et non d’un mécanisme de sanctions. Leur réserve porte également sur l’application concrète du dispositif : chaque État membre devrait établir lui-même si une personne a ou non participé aux combats.
Des risques d’application arbitraire
C’est l’un des principaux points de blocage. Pour les services consulaires, frontaliers et migratoires, la vérification individuelle des dossiers s’annonce difficile. Elle pourrait être longue, incertaine et conduire, par prudence, à des refus plus larges contre des citoyens russes sans preuve claire.
La responsable de la diplomatie européenne Kaja Kallas affirme pourtant que l’UE disposerait de renseignements permettant d’identifier tous les Russes ayant participé aux combats et de les inscrire nominativement sur une liste noire. Mais l’expert en visas Iskander Mindiyarov estime que les consulats pourraient préférer refuser davantage de demandes russes afin d’éviter tout risque administratif.
Moscou dénonce de son côté une nouvelle dérive dans la politique de sanctions européenne. La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a qualifié cette initiative de mesure « ouvertement paranoïaque ». Selon elle, l’UE ne sait plus quoi inventer et ses sanctions finissent aussi par nuire aux Européens eux-mêmes.
Une unité européenne sous pression
Ce débat intervient alors que le nouveau paquet de sanctions se heurte déjà à plusieurs désaccords internes. Selon Bloomberg, les discussions portent notamment sur le pétrole russe, les navires de la « flotte fantôme », le gaz naturel liquéfié, les banques, les cryptomonnaies, certains produits de la pêche et des entreprises de pays tiers que Bruxelles accuse d’aider Moscou à contourner les restrictions.
La position de Paris et Rome illustre ainsi les limites de l’unité européenne face à Moscou. Sans remettre en cause la ligne générale de sanctions, les deux pays reconnaissent que cette mesure soulève des problèmes juridiques et pratiques sérieux. Pour la Russie, ce débat confirme surtout que les restrictions européennes deviennent de plus en plus difficiles à appliquer sans toucher largement les citoyens russes ordinaires.