Le Danemark et l'OTAN, par Jean-François Marchi

Cliché pris à Copenhague, le 19 mai 2022© Martin Sylvest / Ritzau Scanpix Source: AFP
Cliché pris à Copenhague, le 19 mai 2022 (image d'illustration).
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Depuis le début du conflit ukrainien, plusieurs pays cherchent à se protéger et entendent rejoindre l'OTAN, comme la Suède et la Finlande, ou encore une prétendue défense européenne, le Danemark l'ayant affirmé la semaine dernière.

Les Danois ont voté à 67% pour le ralliement de leur pays à la défense européenne. Ce vote exceptionnel est à rapprocher de la volonté de la Suède et de la Finlande de rejoindre l’OTAN. La trouille donne des ailes.


Au palmarès des incongruités, on peut lire dans la presse que le oui massif des Danois est d’un poids décisif pour la défense européenne. A ce compte là, plus rien ne veut rien dire, parce que de défense européenne, il n’y en a pas. Le traité de l’Atlantique nord n’est pas une défense européenne mais une alliance dirigée, chapeautée pourrait-on dire, par les Etats-Unis. C’est pourquoi le général De Gaulle avait quitté le commandement intégré de cette alliance, afin de pouvoir mener une politique étrangère équilibrée entre l’est et l’ouest.

N’oublions pas qu’à l’époque du commandement intégré de l’OTAN la France abritait sur son territoire des bases militaires américaines. Cette sujétion était intolérable, et De Gaulle y avait mis justement un terme. Que les pays scandinaves rejoignent une défense européenne qui n’existe pas marque le succès définitif de la stratégie américaine, qui veut que l’Europe lui soit un vassal fidèle, capable de faire la guerre à sa place pour des motifs qui peuvent lui échapper, au strict sens de son intérêt propre.

La déroute est parfaite. Il faut s'appeler Bruno Le Maire pour applaudir à cela. Il est vrai que le port d'un gilet rayé correspondrait mieux à ses nouvelles fonctions. Point n’est besoin d’aller à Colombey le 18 juin pour célébrer la mémoire du grand homme, la terre où repose sa dépouille ne peut que maugréer d’être foulée par d’aussi vils bipèdes.

Les propos de va-t-en guerre du sieur Le Maire ne font pas d’ailleurs qu’alerter sur la minceur de sa pensée et le suivisme servile de son comportement, ils renseignent assez fidèlement sur la capacité des membres de l’équipe gouvernementale française à mener une politique non seulement indépendante, mais tout simplement intelligente.

Les Français ne veulent pas d’une guerre à laquelle ils n’ont aucun intérêt et dont les conséquences sont ruineuses à tous égards pour eux comme pour l’équilibre du monde. Il faut lire à cet effet (on le trouve sur internet) le propos du général Jacques Guillemain, il est édifiant. Que le monde scandinave rejoigne une alliance qui n’existe pas ne peut être conforté par l’ampleur du scrutin qui l’a décidé, pour la raison que les enfants connaissent bien, zéro plus zéro égalant la tête à Toto.

Je m’explique : l’OTAN n’étant pas une alliance européenne, on ne peut pas dire que l’adhésion à cette structure renforce l’Europe, quand, au contraire, elle l’amenuise en la subordonnant à une puissance qui demeure étrangère, les Etats-Unis d’Amérique. Tout se passe comme si Panurge dirigeait ses moutons au gré de l’affolement suscité par les vociférations d’un clown passé chef de guerre ayant décidé de sacrifier le reste du monde aux intérêts de sa contrée. Mais voilà, pour injuste qu’il soit, il n’est dit dans aucun livre d’histoire qu’un incendie se doit de ravager plus que le territoire où il est né.

Le propre d’un homme d’Etat est précisément de circonscrire les flammes et pas d’aider à les propager. Il faut une force d’âme peu commune aux citoyens de notre pays pour refuser l’asservissement esclavagiste à l’hypnotisme collectif ourdi par les médias, passant la guerre en Ukraine en boucle, comme s’il s’agissait de notre guerre prochaine, quand justement elle n’est pas notre guerre et nous ne la voulons pas prochaine, n’en déplaise à ces beaux messieurs Le Maire, Lefrère, Lepère, et pourquoi pas le Saint-Esprit.

Cette guerre n’est pas notre guerre, c’est bien qu’il en soit ainsi, et faire de la Russie l’ennemi de l’humanité, c’est nocif, c’est dangereux et c’est bête. L’histoire, on le sait, est longue de conflits qui ne sont pas les nôtres. Dans son discours de Phnom Penh, le général De Gaulle, meurtri par le désastre de Diên Biên Phu et la capilotade de la politique étrangère de la IVe république, donna aux Américains la prédiction de ce qui allait leur arriver au Vietnam. Souvenons-nous de la IVe comme d'un état fantoche qui ressemble tant à ce qu’est devenue, de réformes en réformes, la Ve du sieur Macron, vrai Jeannot lapin de la fable à la recherche d’un terrier de substitution.

Ce qui se passe aujourd’hui est de nature à nous faire reprendre le rôle de paillasson du monde occidental. L’idée d’Occident est d’ailleurs saugrenue. Elle est le relief d’un monde disparu à la mort de Charlemagne, dont tous les efforts de la France ont été durant mille ans de dissiper les mirages. La Russie est européenne, évitons de la pousser vers l’Asie. La France n’a rien à y gagner.

Plus fine mouche, la Turquie de monsieur Erdogan a compris le parti qu’il fallait en tirer et apporte son soutien décidé et clairvoyant à l’empire des Tsars. Ainsi voit-on se dessiner une alliance entre celui-ci et la Sublime Porte renaissante. C’est une catastrophe et un effrayant retour en arrière qui fera de l’Europe, et surtout de la France, la prisonnière de son allié américain si on y ajoute la Chine et l’Inde. On ne peut rêver pire configuration pour l’avenir, à supposer qu’une guerre nous soit épargnée, puisque tout concourt à penser que nos bons amis veulent à tout prix nous la faire faire.

Je conclus ce commentaire sur l’adhésion des pays scandinaves à une union qui est tout sauf la nôtre, ce qui n’est certainement pas une bonne nouvelle mais la preuve que l’imbécillité règne dorénavant sur le théâtre des relations internationales de cette Europe d’un congrès de Vienne dorénavant caduque. La suppression du corps diplomatique français est tout sauf fortuite, elle démontre la volonté avérée d’en finir avec la France et 1 200 ans d’histoire.

Ce qui est consternant, ce sont les applaudissements qui accompagnent ce sabordage perpétré dans la quasi narcose de l’opinion publique. Nous vivons l’époque des grandes épidémies, après le Covid, l’idiotie et la peur. J’ai cité Jeannot lapin en quête d’un terrier de rechange pour illustrer le comportement furtif de qui nous dirige et stigmatiser la couardise de ceux qui s’adonnent ainsi publiquement au renoncement. En soulignant l’insulte que feraient au grand homme les visites empressées et componctueuses le 18 juin à Colombey-les-Deux-Eglises de ceux qui abolissent l’action héroïque qu’il a menée au nom de la renaissance nationale, il faut y ajouter le fait que, pris la nuit dans le double vaisseau lumineux des phares de la voiture, le lapin malheureux, même Jeannot ne peut que courir affolé jusqu’à son écrasement inévitable. Voilà la politique menée par ceux qui nous dirigent.

L’adhésion des pays scandinaves à une union qui n’existe pas ? Sans intérêt et sans portée.

Jean-François Marchi

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