La démocratie américaine en réanimation ?

La démocratie américaine en réanimation ?© Rachel Wisniewski Source: Reuters
Photographie prise à Cherryville, Pennsylvanie, le 3 novembre 2020 (image d'illustration).

Franck Pallet, consultant juridique et doctorant, juge sévèrement le spectacle offert par l'élection présidentielle américaine et s'étonne que les Etats-Unis ne soient plus capables de porter au pouvoir de grands hommes.

«La démocratie, c'est beaucoup plus que la pratique des élections et le gouvernement de la majorité : c'est un type de mœurs, de vertu, de scrupule, de sens civique, de respect de l'adversaire ; c'est un code moral», disait Pierre Mendès France.

Nous avons regardé à la télévision, à tout le moins pour les plus insomniaques ou passionnés de la vie politique américaine, les élections présidentielles aux Etats-Unis. Au fil des heures, nous avions l'impression d'assister à une forme de répétition des élections de 2016, à la différence près que les deux candidats de l'époque ne s'inscrivaient pas dans une posture consistant à contester le résultat des élections dans l'hypothèse où celui-ci ne correspondrait à leurs attentes. Hillary Clinton s'était inclinée avec beaucoup de grâce et d'humilité. 

Alors même que tous les résultats ne sont pas connus à ce jour, le président Trump considère avoir déjà remporté ces élections, exhortant même ses électeurs à se soulever dans l'hypothèse où la tendance s'inverserait en sa défaveur, ce qui équivaut à un appel à la guerre civile.

Les Etats-Unis comptent 328 millions d'habitants, et restent la première puissance économique et militaire du monde en dépit de la montée spectaculaire de la Chine. Elle dispose du meilleur système universitaire et de recherche du monde. Dès lors, comment se fait-il qu'ils ne soient plus capables depuis 40 ans de porter au pouvoir de grands hommes ? Même si on pourrait objecter qu'avant Trump, ils ont permis à un sénateur afro-américain, certes brillant mais sorti de nulle part, d'être élu en 2008, ce qui était déjà tout un symbole depuis les années 1960 gangrénées par la ségrégation raciale, à laquelle le président Lindon Johnson a mis fin par la loi sur les droits civiques de 1964, en réalité préparée par l'administration Kennedy. On ne peut considérer pour autant que Barack Obama a été un grand président, en ce qu'il avait déjà amorcé un processus remettant en cause le multilatéralisme qui avait prévalu jusqu'alors depuis 1945.

Entre un populiste et un démagogue, d'un côté, et un vieillard à la limite de la sénilité de l'autre, y avait-il un autre choix à faire ?

Une majorité de commentateurs et de politologues avait exprimé sa préférence pour le démocrate Joe Biden, tout en sachant qu'il était le pire des candidats à l'exception de tous les autres, dès lors qu'à l'exception des accords de Paris de 2015 et du dossier iranien, l'aspirant à la Maison Blanche ne conduirait pas une politique étrangère fondamentalement différente de celle de l'actuel occupant du bureau ovale.

La seule différence, et celle-ci est de taille, est que Joe Biden n'aurait pas autant déstabilisé les relations internationales s'il avait été candidat en lieu et place d'Hillary Clinton et élu en 2016, même s'il est totalement vain de réécrire l'histoire.

Si Donald Trump peut se targuer d'avoir un bon bilan économique avant la crise sanitaire de la Covid-19, il aura pour autant été le président qui a remis en cause les accords de Paris, l'accord avec l'Iran sur le nucléaire, celui qui aura bloqué pendant trois ans la désignation des juges à l'organe de règlement des différends de l'OMC, celui qui aura exacerbé les tensions entre les Etats-Unis et la Chine. La seule chose qu'on puisse toutefois mettre à son crédit, c'est qu'il n'a pas déclenché de guerre durant son mandat, même si on peut lui reprocher d'avoir laissé une situation chaotique en se retirant du Proche-Orient et d'avoir permis à la Russie de Vladimir Poutine d'être le leader politique et militaire incontesté dans cette zone géographique qualifiée de poudrière, où la moindre étincelle pourrait conduire au pire. 

Contrairement à ce que pensent beaucoup d'Américains, Donald Trump a considérablement affaibli la position des Etats-Unis sur la scène internationale durant son premier mandat, en plus d'avoir très mal géré la crise sanitaire qui se sera soldée par un triste record, 238 000 morts du Covid-19, même si l'Europe affiche également en la matière un funeste bilan. 

Outre les débats entre les deux candidats qui se sont surtout illustrés par leur médiocrité et leur vulgarité respectives, la société américaine est profondément divisée

Outre les débats entre les deux candidats qui se sont surtout illustrés par leur médiocrité et leur vulgarité respectives, la société américaine est profondément divisée. Il faut remonter jusqu'à la Guerre de sécession pour voir une telle division.

Par-delà ce triste constat, c'est la démocratie qui est profondément malade dès lors qu'un tel homme a pu accéder à la présidence des Etats-Unis, un homme d'affaire au passé sulfureux, misogyne, empreint de médiocrité et d'ignorance des questions internationales, incontestablement démagogue, pensant qu'il est possible de diriger un pays comme on anime une émission de télé-réalité.

Aujourd'hui, la démocratie américaine est en état de réanimation. Si elle ne parvient pas à se réveiller du coma dans lequel elle se trouve, ce sont ses fondements essentiels qui seront mis en péril. Pour ce faire, il faudra sans doute à l'avenir réformer le mode d'élection du président. Le système des grands électeurs n'a plus grand sens de nos jours. Car comment est-il concevable qu'un candidat rassemblant plus de deux millions de voix de plus que son adversaire puisse être battu à ces élections ? D'autant que pour l'heure, tous les résultats ne sont pas connus ? Ce 4 novembre, les pays du monde entier se sont réveillés avec la «gueule de bois». Une chose est certaine, c'est que le pire sera devant nous si l'actuel locataire de la Maison Blanche est réélu, ce qu'une majorité d'entre nous ne souhaite pas.

Franck Pallet

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