A l’abri des touites

A l’abri des touites© JEAN-FRANCOIS MONIER Source: AFP
Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin.

Pour Philippe Mesnard, rédacteur en chef de Politique Magazine, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin laisse se développer incivilités et violences, tout en déclarant sans cesse qu’il est indigné, au risque d'être accusé d'être lâche ?

Comme la racaille vandalise, pille et brûle à chaque grande rencontre de football, Gérald Darmanin, l’homme qui fait pleuvoir ses touites plus dru que les balles d’un LBD mâtant des Gilets jaunes, avait mobilisé 3 000 hommes. Et pour être bien certain que force resterait à la loi et que le calme régnerait, on n’a assigné personne à résidence et on a piétonnisé les Champs-Elysées. On allait voir ce qu’on allait voir ! 

Les meutes habituelles [...] ont parcouru dimanche 23 août au soir les Champs-Elysées et ont procédé à leurs petites affaires habituelles

On a vu. Les meutes habituelles, exaspérées par la défaite comme elles auraient été enivrées par la victoire (et n’ayant d’ailleurs pas attendu l’issue du match), ont parcouru dimanche 23 août au soir les Champs-Elysées et ont procédé à leurs petites affaires habituelles, incendiant ici, fracassant là, tapant à coups redoublés contre des véhicules policiers et prélevant dans des magasins ce qui leur semble devoir leur revenir.

Il est juste de préciser que cette belle jeunesse était masquée, ses incivilités se doublant d’un beau sens civique sanitaire.

Le sens des priorités

Pendant ce temps, les CRS armés, casqués, bottés, caparaçonnés, frappaient et gazaient des consommateurs attablés dans un bar qui avaient commis un crime bien plus grave que de saccager une ville et d’en terroriser les habitants : ils ne portaient pas tous leurs masques ! Ou mal ! On distingue clairement sur les vidéos que l’un l’a accroché à son oreille tandis que l’autre l’a glissé sous son nez. On comprend que les CRS, habitués à frapper les mères de famille de La Manif Pour Tous et à gazer les Gilets jaunes retraités, se soient sentis envahis d’une juste fureur. Fallait-il poursuivre des casseurs masqués, ayant donc un haut sens de l’intérêt général, ou faire comprendre dans leur chair aux imprudents qu’ils avaient dépassé les limites ? La question, elle a été vite répondue. Et la préfecture s’est félicitée d’avoir verbalisé 230 personnes pour «absence de port de masques».

En même temps, rue de Bassano et rue de Magellan, on mettait le feu aux berlines retournées, on explosait les vitrines des restaurants fermés et on jetait des bouteilles de verre sur les policiers – dans le respect de la distanciation sociale. La préfecture a donc décidé, une fois les pillages accomplis, de fermer jusqu’à mardi matin les bars, débits de boissons et restaurants situés dans le secteur du parc des Princes : c’est bien connu, les casseurs sont dégoûtés quand ils ne peuvent pas venir boire leur jus le lendemain de liesse. On frémit devant une telle sévérité et on applaudit un tel sens de l’anticipation.

Et la valse des touites ministériels a continué, Darmanin et Dupond-Moretti faisant assaut de détermination, d’indignation, de promesses, de mots d’ordre. Les résultats ne se sont pas fait attendre : plus de 150 interpellés – les deux tiers étant libérés la nuit même et 15 personnes ont été jugées mardi en «comparution immédiate». On sait que le bijoutier Burma et la boutique Nina Ricci ont été intégralement pillées : qui a-t-on entendu lors des premières audiences ? Des petits joueurs qui n’avaient à se reprocher qu’une chemise Café Coton, un pull Sandro et du champagne volé à Franprix…

Le sens de la réalité

La justice se moque de son ministre comme les délinquants se moquent du ministre de l’Intérieur. Et tous se moquent des Français honnêtes, délinquants et ministres confondus, les premiers protégés par un absurde système judiciaire qui ne veut voir en chaque délinquant qu’une victime (Dupond-Moretti en avait la voix tremblante d’émotion, naguère) les seconds par un système médiatique qui considère qu’un touite est une action quand bien même les rodomontades numériques des ministres ne sont jamais suivies d’effets. Pourquoi ne pas avoir déjà modifié les fameuses doctrines de maintien de l’ordre, qui permettent à chaque manifestation de dégénérer avec des casseurs qu’on laisse libre pour prétendument éviter des débordements plus dangereux ? Pourquoi la justice si prompte à justifier qu’on assigne à résidence des militants pacifiques, ne s’est pas mobilisé pour assigner à résidence les «jeunes» ? Pourquoi l’Etat, qui n’hésite jamais à piétiner nos libertés, s’est-il lâchement refusé à prévenir les délits festifs (le mot n’est pas de moi mais d’un procureur jugeant qu’un larcin arboré par un pillard était un «recel festif») en restreignant un peu la liberté des populations qui constituent le gros des casseurs ?

Et pourquoi Darmanin, qui explique que «la France est malade de son insécurité», ne fait rien pour y remédier véritablement et présente, comme ses prédécesseurs, ses défaites les plus certaines comme des victoires d’un État de droit rappelant fermement ses principes ? Quand présentera-t-il ses excuses aux commerçants ravagés, voire ruinés, aux habitants écœurés, voire apeurés, aux Français qui observent, ébahis, les amendes pleuvoir sur les gens paisibles pendant que le voyous font la loi partout ailleurs ?

Le ministre touitait qu’il était «normal que l’administration reconnaisse ses erreurs», à propos des gendarmes de Sainte-Marie-la-Mer, plus occupés à réprimander les amatrices de seins bronzés qu’à attraper les auteurs des cambriolages, qui oscillent avec une belle régularité entre 100 et 200 par mois. Alors, quand va-t-il reconnaître ses propres erreurs ? Ou croit-il que tirer des touites en rafale dans l’espace médiatique le protège contre toute accusation d’inefficacité effective sur le terrain, et donc de lâcheté vis-à-vis des Français ?

Philippe Mesnard

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