«Frapper en Syrie nécessitait que son gouvernement nous appelle à le faire» - Jacques Myard

Dassault Rafale Source: RIA NOVOSTI
Dassault Rafale

Les frappes aériennes françaises en Syrie ont été louées par François Hollande – mais Jacques Myard (LR), membre de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée Nationale, dévoile les aspects ambigus de ces actions.

RT France : François Hollande a déclaré que les forces aériennes françaises ont effectué des frappes en Syrie, détruisant un camp de Daesh. N’est-ce pas un bon résultat ?

Jacques Myard : Personne ne va se réjouir du fait que la France soit hors du jeu au Proche-Orient, et il est certain que la destruction d’un camp de Daesh est une bonne chose. Le problème est : est-ce que c’est suffisant ? Est-ce que c’est comme cela qu’il faut faire ? On sait bien que les frappes aériennes ne vont jamais pouvoir détruire Daesh. Donc je crois qu’il faut changer de politique, et je le dis comme je le pense : je suis un peu étonné du fait que la France ne prenne pas en compte la réalité du terrain. A savoir qu’il y a un régime – certes, que nous n’aimons pas beaucoup – qui est Damas et qui lutte lui aussi contre Daesh. Donc je crois que la solution pour lutter contre Daesh c’est de reconnaitre qu’il y a un régime – celui de Bachar el-Assad – qui combat Daesh et de ne pas l’entraver dans sa lutte contre les terroristes.

Il ne peut pas y avoir de solution politique en dehors du régime de Damas

RT France : Selon François Hollande, Paris s'est engagé en parallèle dans la recherche d'une solution politique au conflit en Syrie, mais l'avenir de la Syrie ne peut pas passer par le président syrien actuel Bachar el-Assad, toujours d’après lui. Etes-vous d’accord avec cela ?

J.M. : Je regrette que la France s’enferme dans une position idéologique et qu’elle pose comme préalable le départ de Bachar el-Assad. Je crois que c’est irréaliste. Le réalisme, la nécessité de trouver une solution politique, la nécessité de prendre en compte les réalités du terrain font qu’aujourd’hui il ne peut pas y avoir de solution politique en dehors du régime de Damas.

RT France : Mais revenons aux frappes françaises en Syrie. On a dit que ces actions avaient comme intention de : protéger le territoire français, prévenir des actions terroristes, agir en légitime défense. Ces raisons sont-elles toutes justifiées ?

J.M. : Voussavez, la légitime défense répond à des critères très précis. La légitime défense, selon le droit international général et l’article 51 de la Charte des Nations Unies, peut être individuelle ou collective. Frapper en Syrie nécessitait que le gouvernement légitime ou légal de la Syrie nous appelle à le faire. Or ce n’est pas le cas. Donc je suis prudent sur cette soi-disant «légitime défense», je crains fort aujourd’hui que nous jouions à ce titre un peu trop loin.

Il faut que certains Etats limitrophes de la région cessent d’avoir un double jeu, et cessent d’aider Daesh de manière directe ou indirecte

RT France :Mais alors comment faut-il alors combattre Daesh sans utiliser d’armes ?

J.M. : Bien sûr qu’il faut utiliser des armes. Mais il faut laisser ceux qui luttent véritablement contre Daesh au sol utiliser ces armes. Et donc il faut que certains Etats limitrophes de la région cessent d’avoir un double jeu, et cessent d’aider Daesh de manière directe ou indirecte. Donc laissons Bachar el-Assad et ses alliés faire leur lutte contre Daesh. Il ne faut pas que nous nous trompions d’ennemi.

RT France : Pourriez-vous préciser qui exactement mène un double jeu dans la région ?

J.M. : Un certain nombre d’Etats limitrophes – la Turquie, notamment, qui a voulu lutter contre le séparatisme kurde et se trouve aujourd’hui dans une guerre civile avec les Kurdes. Et on sait très bien que la Turquie a acheté du pétrole très bon marché au gens de Daesh. On sait très bien que certains Etats du Golfe ont aidé al-Nosra. Bref, on a affaire à une véritable partie de poker menteur qui n’est pas acceptable et qui fait qu’aujourd’hui un véritable chaos règne dans tout le Proche-Orient.

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