Macron le souverainiste ? par Didier Maïsto

Macron le souverainiste ? par Didier Maïsto© Stephane Mahe Source: Reuters
Allocution d'Emmanuel Macron le 13 avril 2020.

Le 14 avril, Emmanuel Macron a appelé à davantage d'indépendance stratégique de la France. Didier Maïsto, président de Sud Radio, revient sur le discours du président dont le mandat a été marqué par des tendances libérales.

«Seuls les idiots ne changent pas d’avis». Mesurée à l’aune de cet adage populaire, l’intelligence d’Emmanuel Macron est fulgurante, tant il nous a habitués à des revirements intempestifs, quand il ne pratiquait pas la simultanéité, ce fameux «en même temps» rendant impossible toute action cohérente. En effet, comment vouloir une chose et son contraire ?

Le 4 février 2017, en meeting à Lyon, le candidat Macron déclarait : «Il n’y a pas de culture française, il y a une culture en France et elle est diverse», comme si la culture n’était pas déjà, en soi, l’expression de la diversité. La diversité, oui, mais dans un creuset commun, sans lequel notre pays finirait de se déliter (nous n’en sommes plus très loin).

Ce que les européistes béats ont découvert, à la faveur du Covid-19 − «Moi le premier», a déclaré le président de la République − c’est l’impérieuse nécessité de la nation, ce libre droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ernest Renan, lors d’une conférence à la Sorbonne, le 11 mars 1882, affirmait :

«La nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. […] Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore. […] Je me résume, Messieurs. L’homme n’est esclave ni de sa race ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation.»

Evidemment, au-delà de ce principe spirituel, la nation doit s’incarner dans la vie quotidienne et en inspirer toutes les décisions stratégiques. Que serait la nation sans liberté ni indépendance, sinon une abstraction ? Nous l’avons constaté : pas de masques, pas de tests, des respirateurs artificiels en nombre très insuffisant, pas assez de lits de réanimation, alors même que 17 500 d’entre eux ont été supprimés au cours des six dernières années, au motif que «ça coûte un pognon de dingue».

Pire : la Chine produit 90% de la pénicilline − cet actif qui permet de fabriquer les antibiotiques − et c’est également le cas pour toutes les molécules les plus courantes de l’industrie pharmaceutique ; plus de 50% de l’aspirine est fabriquée en Chine (on n’en produit plus en France, dont la dernière usine située en Isère a fermé il y a douze ans). Même motif, même punition pour l’ibuprofène, cet antalgique commercialisé sous différentes marques, comme Advil ou Nurofen, dont la moitié est fabriquée dans l’Empire du Milieu, cher au cœur du sherpa Raffarin. Autant dire une folie.

On pourrait multiplier les exemples. La classe politique a encouragé, au cours de ces quatre dernières décennies, ces décisions irresponsables et les médias mainstream ont enfoncé le clou dans le ventre mou et obèse de cette social-démocratie qui n’en finit pas d’agoniser : jusqu’à cette affaire du Covid-19, toute personne défendant un tant soit peu notre indépendance était vilipendée, moquée, traitée de «populiste» et autre «fasciste». L’Union européenne est morte, n’en parlons plus. Vive l’Union européenne !

Emmanuel Macron découvre les frontières et l’ardente nécessité de «rebâtir notre économie plus forte afin de produire et redonner plein espoir à nos salariés, nos entrepreneurs, garder notre indépendance financière.» Lors de son allocution du 13 avril, il a également indiqué, qu’il «nous faudra rebâtir une indépendance agricole, sanitaire, industrielle et technologique française et plus d’autonomie stratégique. Cela passera par un plan massif pour notre santé, notre recherche, nos aînés, entre autres.»

Loin des polémiques stériles, on a seulement envie de le prendre au mot et de lui dire : «Chiche !» Il est temps de rompre avec cette idéologie mortifère : mensonge européen et mondialisation effrénée !

La question de l’élevage

Enfin, il est tout à fait étonnant que la question de l’élevage intensif (mais aussi extensif) ne soit pratiquement pas abordée. Bien sûr, il a été fait état, dans les médias, des marchés d’animaux sauvages vivants, très répandus en Chine, dans certaines parties de l'Asie du Sud-Est et aussi en Afrique. Pangolins et chauve-souris sont ainsi mis en cages les uns près des autres pour être vendus -alors qu’à l’état sauvage ces espèces n’auraient jamais été en contact. Or, l’on sait que la proximité avec les humains constitue le terreau idéal pour les zoonoses, ces maladies animales transmissibles aux humains.

«La propagation des maladies est souvent imputée aux animaux sauvages, mais les déplacements des personnes, des animaux et des biens est le principal facteur de propagation», insiste l’ONG CIWF France. «L'élevage intensif, qui implique un grand nombre d'animaux enfermés à l'intérieur et des densités très élevées, augmente forcément le risque de transmission des maladies parmi les animaux. Ceci est particulièrement le cas pour les porcs et les volailles. De plus, les élevages intensifs utilisent généralement des animaux à faible diversité génétique et les conditions de stress dans ces élevages provoquent souvent un affaiblissement du système immunitaire des animaux. La grande majorité des 65 milliards de poulets de chair abattus chaque année proviennent par exemple d'une dizaine de croisements hybrides seulement produits par trois entreprises mondiales et vendus dans le monde entier. Celles-ci ont remplacé d'innombrables races traditionnelles, qui s’étaient adaptées au fil des siècles aux conditions locales. Ce manque de diversité génétique des animaux élevés et leurs fortes densités dans les bâtiments offrent des conditions idéales pour que les agents pathogènes se propagent rapidement, ainsi que davantage d'opportunités pour eux de muter en de nouvelles souches plus virulentes.»

Ces évidences, martelées depuis des années par les chercheurs les plus compétents − il en est encore d’indépendants − ne peuvent plus être passées sous silence. Le danger serait que, pour «l’après» − un mot répété à l’envi par le président de la République −, on procède comme s’il ne s’était rien passé et que l’on reprenne notre course démente à l’échalote de la mondialisation. Ce danger est réel et nous l’avons, hélas, bien vu après la crise de 2008 : «Il faut que tout change pour que rien ne change», affirmait le Prince de Salina dans Le Guépard de Lampedusa, magnifié par Visconti.

Emmanuel Macron osera-t-il, cette fois, faire correspondre ses actes à ses discours ? Osera-t-il, «lui le premier», une totale remise en question ? Comprendra-t-il que les «premiers de cordée» sont en réalité les premiers de tranchée et que, plutôt que de leur envoyer forces de l’ordre, grenades et LBD, il convient de s’appuyer sur eux pour rebâtir un pays souverain, solidaire et indépendant ?

Les réponses ne tarderont pas à venir. Le peuple est attentif et ne se laissera plus payer de mots. Pour reprendre Desproges, la seule certitude qu’il a, c’est d’être dans le doute, le peuple. Il y a une culture française. Il y a une nation. Rien, ni personne, ne parviendra à les anéantir.

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