«La facilité politique serait plutôt de tenir un discours dur, refuser toute forme de migration»

Le Premier ministre français Manuel Valls Source: Reuters
Le Premier ministre français Manuel Valls

Après l’annonce du Premier ministre français Manuel Valls le 31 août de la construction d’un campement humanitaire afin d’accueillir les migrants, RT France s’est adressé au député-frondeur PS Alexis Bachelay pour commenter la situation.

RT France : Comment réagissez-vous au propos du Premier ministre sur les migrants ?

Alexis Bachelay : Je me félicite des dernières déclarations du Premier ministre sur le sujet parce qu’il est urgent de prendre un certain nombre de décisions au plan national et européen pour gérer cette situation de demandeurs d’asile qui viennent de partout. Il faut qu’on mette en place au niveau européen un certain nombre de décisions en étant en phase avec l’Allemagne qui a elle-même pris des décisions importantes concernant les demandeurs d’asile qui se trouvent sur son territoire.

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RT France : Dans quelle mesure, selon vous, le Premier ministre fait-il un virage politique ? Est-ce par électoralisme ou par humanisme ?

A.B. : Je ne pense pas que ce soit par électoralisme de dire la vérité sur le fait qu’il va falloir accueillir les réfugiés. La facilité politique serait plutôt de tenir un discours dur, refuser toute forme de migration ou vouloir maîtriser le flux migratoire. Je crois que de ce point de vue-là c’est plutôt courageux de la part du Premier ministre de tenir un discours de vérité qui est d’ailleurs celui tenu par la chancelière allemande Angela Merkel. Au-delà des clivages politiques traditionnels on sait que le sujet de migration est celui qui peut inquiéter une partie de la population qui est instrumentalisée politiquement depuis des années par l’extrême droite. Il ne faut se laisser intimider, nous avons un impératif humanitaire d’accueillir des populations qui fuient la guerre, qui essayent de sauver leur peau. Et je pense que c’est bien que le Premier ministre et la France prennent leur part dans cette situation.

RT France : Ces propos vous confortent-ils ou vous font-ils remettre en question votre position de frondeur ?

A.B. : Il n’y pas de sujet frondeur ou pas frondeur. J’ai été en désaccord avec le gouvernement pendant un moment, mais j’ai toujours voulu trouver un chemin pour faire en sorte que les choses s’apaisent. Nous avons eu un congrès du Parti socialiste qui nous a permis de trancher un certain nombre de questions. Pour ce qui est de la crise des réfugiés, je fais partie de ceux qui appellent le gouvernement à prendre des décisions, à tenir un discours de vérité et à évoluer dans le sens d’une solution européenne et internationale. Aujourd’hui je suis en phase avec les évolutions du discours du Premier ministre que la France soit en première ligne et pas en retrait par rapport à cette question-là.

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RT France : Comment auriez-vous souhaité que le gouvernement traite la crise des migrants ?

A.B. : Je souhaite effectivement que le gouvernement prenne conscience de l’urgence de la situation. C’est vrai qu’il y a eu des moments où on donnait l’impression de subir cette crise. Je crois qu’aujourd’hui chacun a pris conscience que nous sommes devant une réalité qui est la présence et l’arrivée de réfugiés politiques qui fuient la guerre et qui donc essayent de sauver leur vie en se réfugiant sur le continent européen. Il y a aussi une responsabilité de la France en Europe de prendre sa part à l’accueil des réfugiés politiques et il faut qu’on fasse évoluer juridiquement les cadres qui étaient ceux de la veille, qui renvoyaient chaque Etat à des politiques nationales. Je pense qu’il faut qu’on ait plus de coopération, qu’on ait un discours d’accueil et d’assumer l’accueil de ces populations sur la base de la solidarité. Il faut aussi des financements, il faut que l’Europe mette en place un fonds européen pour soutenir les pays qui accueillent aujourd’hui dans l’urgence des réfugiés et demain pour soutenir aussi les associations, les ONG. Ce n’est pas uniquement la responsabilité de l’Etat mais aussi d’un certain nombre d’acteurs humanitaires. 

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