Démission de Lieberman en Israël : narcissisme des petites différences

Démission de Lieberman en Israël : narcissisme des petites différences© Vasily Maximov Source: AFP
Drapeau israélien.

Face à la démission du ministre de la Défense israélien, Avigdor Lieberman, les commentaires sur un tournant politique n’ont pas manqué. Le docteur en géopolitique Adlene Mohammedi revient sur cette démission consécutive au cessez-le-feu à Gaza.

Après une énième opération militaire israélienne dans la bande de Gaza, des affrontements entre l’armée israélienne et les combattants palestiniens du Hamas et du Jihad islamique ont fait, une fois de plus, quelques morts et plusieurs blessés. Après un affrontement intensif, un cessez-le-feu a finalement été permis par une médiation égyptienne. Un cessez-le-feu salué à Gaza comme une victoire d’autant plus grande que la fin des hostilités a conduit le ministre de la Défense, le belliciste Avigdor Lieberman, à démissionner.

A l’échelle de la politique intérieure israélienne, ce geste est perçu comme une victoire des «modérés». La majorité du Premier ministre Benjamin Netanyahou se retrouve ainsi fragilisée à la Knesset avec le départ de la formation de Lieberman, et ce dernier réclame déjà des élections. Avec une rhétorique anti-terroriste déplorant la «capitulation» de son pays face au Hamas et à ses alliés, il se présente comme un rival intransigeant de Netanyahou.

En attendant, son geste est décrit comme le signe d’une division manifeste au sein du gouvernement israélien : il serait le «faucon» frustré et Netanyahou serait la «colombe» raisonnable. Le «faucon» avait promis, en vain, de liquider le Hamas. La «colombe» se retrouve politiquement affaiblie avant la prochaine échéance électorale (peut-être dans un an, peut-être avant). Dans ce contexte, les cris de joie à Gaza peuvent s’expliquer.

Le «faucon» avait promis, en vain, de liquider le Hamas

Cependant, ce tableau mérite d’être quelque peu bousculé. S’il est vrai que l’émergence de l’État islamique a étonnamment propulsé al-Qaïda dans le camp de la modération, il ne faudrait pas que le jusqu’au-boutisme ostensiblement anti-arabe de Lieberman donne l’illusion d’importantes divisions politiques concernant la question palestinienne. Il ne faudrait pas que ce «narcissisme des petites différences», notion que nous empruntons ici à la psychanalyse freudienne, dissimule l’entière responsabilité du Premier ministre israélien s’agissant de la colonisation en Cisjordanie, du refus d’accepter l’existence d’un État palestinien viable, du refus de partager Jérusalem, de la récente loi de l’ «État-nation juif» ou encore du blocus à Gaza.

Un contexte géopolitique défavorable aux Palestiniens

Le Hamas et ses alliés ont beau se réjouir de cet important tribut politique, la question palestinienne est aujourd’hui malmenée. Avec l’arrivée au pouvoir d’un président résolument anti-palestinien à Washington (rappelons ici le transfert de l’ambassade américaine en Israël à Jérusalem) et la complicité de dirigeants arabes (au premier rang desquels les princes héritiers d’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis) plus indifférents que jamais à la cause palestinienne, le moins que l’on puisse dire est que les Palestiniens ont peu de raisons de se réjouir.

Comment comprendre, dans ce cas, cette séquence relativement favorable au Hamas et à ses alliés ? Une séquence qui comprend à la fois cette petite victoire politico-militaire et le paiement par le Qatar – avec l’autorisation israélienne – des fonctionnaires à Gaza. Deux hypothèses s’offrent à nous. Deux hypothèses qui ne sont pas nécessairement incompatibles.

La première hypothèse est optimiste du point de vue palestinien. Avec le scandale de l’affaire Khashoggi et l’enlisement de la coalition menée par Riyad et Abu Dhabi au Yémen, les Américains ont intérêt à réclamer de leurs alliés dans la région un peu de prudence et de retenue. Les Palestiniens bénéficieraient ainsi de cette retenue exigée de l’axe Tel Aviv-Riyad-Abu Dhabi dans un contexte difficile (échec en Syrie, bourbier au Yémen, petite crise à la tête de la monarchie saoudienne…).

La seconde hypothèse fait moins l’affaire des Palestiniens. Ces petites concessions israéliennes pourraient très bien faire partie d’une stratégie visant à en finir avec la question palestinienne (le sens de «l’accord du siècle» promis par Donald Trump) : donner un peu de répit à Gaza (comme le fit Ariel Sharon en 2004) pour mieux liquider (avec la complicité de Washington, de Riyad et d’Abu Dhabi) l’idée d’un État palestinien dans les frontières de 1967, la possibilité de négocier le statut de Jérusalem et le droit au retour des réfugiés. Un tel projet ne peut que présager de nouvelles violences.

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