«L’UE ne pourra pas toujours obtenir la prolongation des sanctions par intimidation»

Francois Lenoir Source: Reuters
Francois Lenoir

Mattias Westman, fondateur associé de Prosperity Capital Management, a déclaré dans une interview à RT que la prolongation des sanctions européennes contre la Russie était peu vraisemblable car l’UE n’est pas unanime sur cette question.

RT : Le président américain Barack Obama a déjà déclaré plusieurs fois que les sanctions occidentales avaient endommagé l’économie russe. Etes-vous d’accord avec lui ?

Mattias Westman :  Je pense que cela n’est pas tout à fait vrai. Il est évident que les sanctions ont eu un impact négatif, mais le ralentissement auquel on a assisté en Russie l’an dernier est bien plus influencé par la baisse du prix des matières premières, et spécialement du pétrole qui a baissé de moitié, et qui a indubitablement eu un effet sur l’économie russe, en particulier sur le rouble. La Banque centrale de Russie a pris les bonnes décisions en laissant le rouble fluctuer et se déprécier sur les marchés pour préserver la compétitivité de l’industrie russe.

RT : D’un point de vue géopolitique, pensez-vous que ces sanctions permettront à l’Occident de maintenir son hégémonie au plan mondial ?

Mattias Westman : Dans le monde occidental, on parle beaucoup de la Russie comme d’une menace pour le système global, pour la sécurité mondiale. Mais je pense que le vrai défi pour l’équilibre des forces dans le monde, c’est la Chine, dont la puissance progresse rapidement. En adoptant cette attitude agressive envers la Russie, cette confrontation avec Moscou, l’UE ne fait qu’inciter la Russie et à la Chine à intensifier leur coopération, ce qui ne fait que renforcer cette menace bien plus sérieuse pour la domination mondiale qu’exerce l’Occident.

RT : Vous parlez de la Chine. Au moment des sanctions, nous avons vu la Russie signer des contrats très importants avec la Chine. Pensez-vous que l’Occident est en train de perdre un de ses principaux partenaires économiques ?

Mattias Westman : Je pense que ce processus est inévitable parce que les économies de la Russie et de la Chine sont très compatibles et ont beaucoup à gagner d’une augmentation de leurs échanges. Mais il me semble que cette tentative de politiser les relations de manière conflictuelle accélère ce processus. Faire de la Russie et de la Chine des alliés stratégiques ne va pas vraiment dans le sens des intérêts de l’Occident, mais c’est la conséquence de sa politique.

RT : Quelles sont vos prévision pour le futur des sanctions ? Que devrait-il se passer pour qu’elles soient levées ?

Mattias Westman : Il faut distinguer deux choses. Les Etats-Unis n’ont pas l’intention de lever leurs sanction dans un avenir proche. Il serait politiquement malvenu de faire preuve de faiblesse par rapport à la Russie… Mais la situation de l’Europe est totalement différente. Avant tout, il faudra une décision prise à l’unanimité pour prolonger les sanctions en janvier lorsque l’UE se prononcera sur cette question. Mais cet été déjà, lorsqu’elle a décidé de les prolonger pour six mois, beaucoup du pays n’étaient pas enclins à le faire. Pour autant que je m’en souvienne, il y avait sept «faucons» qui voulaient leur prolongation, sept «colombes» qui voulaient leur suppression et les autres étaient quelque part, là au milieu. 

Je crois donc qu’il sera toujours plus difficile d’aller contre la volonté des pays qui veulent une levée des sanctions. Bien sûr, alors que les choses semblent se calmer un peu en Ukraine et que l’embargo russe produit quelques effets dans le sud de l’Europe, cela pourrait entraîner une levée des sanctions, d’autant plus que les tenants de la ligne dure ne voudront pas dépenser leur capital politique à intimider ceux qui ne veulent pas d’une prolongation du régime de sanctions.

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