Gérard Bapt: « Les progrès de Daesh montrent qu'on ne peut pas continuer sur la même doctrine»

La ville d'Alep détruite Source: Reuters
La ville d'Alep détruite

La Syrie s'enfonce dans une guerre où toute solution politique semble encore floue. Gérard Bapt, député socialiste, qui s'était rendu sur place en février dernier, estime que les conditions diplomatiques actuelles pourraient faire bouger les lignes.

RT France: Les Etats-Unis n'excluent plus désormais de bombarder tous ceux qui attaqueraient les groupes  entraînés par eux. Que pensez-vous de cette inflexion dans leur stratégie?

Gérard Bapt: Tout ce qui concourt à affaiblir Daesh mais aussi des mouvements qui en sont le miroir comme Al Nosra, est une bonne chose. Pour ce qui est des forces loyalistes, elles ne seraient attaquées que si elles combattent cette division 30 entraînée par les américains. Or ces forces loyalistes n'ont aucun intérêt à attaquer cette Division 30. L'objet est d'attaquer avant tout Daesh. Ensuite il me semble qu'il s'agit là d'une clause de style pour raison diplomatique  pour éviter aux  Etats-Unis de donner l'impression de se ranger dans une coalition anti-Daesh avec le régime de Bachar el Assad. 

RT France: Il n'y a donc aucune volonté détournée d'accélerer la chute de régime de Bachar el Assad?

Gérard Bapt: Les Américains actuellement ne me semblent pas sur cette position. Dans l'état actuel des forces en Syrie, ce serait prendre le risque de voir des villes entières tomber aux mains de Daesh, avec le risque de massacres des populations alaouites mais aussi des chrétiennes. Cela plongerait le pays dans un chaos pareil à celui de la Libye.

RT France: Donc le régime de Bachar el Assad est incontournable?

Gérard Bapt: Ce n'est pas Bachar el Assad qui est incontournable. C'est l'Etat syrien qui contrôle les trois quart de la population qui l'est. Tout le problème qui se pose à la coalition occidentale est de savoir comment on peut progresser, pas à pas, vers une issue politique, avec aussi des discussions comprennant l'opposition. 

RT France: Quand vous dites Etat syrien, qu'entendez vous par là? 

Gérard Bapt: L'Etat syrien existe, il est représenté à l'ONU. C'est une réalité. C'est un Etat avec une armée, une diplomatie, une population qui le soutient craignant le chaos et le drame humanitaire qui suivrait sa chute comme à Alep ou à Palmyre.

RT France: Sur le terrain, les forces sont en constante recomposition, ainsi que le jeu des alliances. Qu'est-ce que cela dit de la situation?

Gérard Bapt: Tout cela est en effet en mouvement permanent. Cela s'accélererait si l'Etat syrien s'effondrait. Ce qui a changé est que l'Etat syrien a compris qu'il fallait faire un effort envers des Kurdes et des autres groupes syriens qui se battent contre Daesh et d'assurer une coordination avec eux. 

RT France: Vous vous étiez rendu en Syrie avec une délégation de parlementaires en février dernier. Quel message souhaitiez-vous faire passer, notamment par rapport à la politique française dans la région?

Gérard Bapt: C'était avant tout pour initier un mouvement politique dans une situation où on jugeait absurde de frapper Daesh en Irak et de ne plus le faire dés que les combattants passaient en Syrie. Ce débat se passe aussi au Royaume Uni. Le Ministre de la Défense britannique a ainsi demandé la possibilité de frapper Daesh en Syrie aussi. Tout cela montre que les lignes bougent. La conclusion de l'accord sur l'Iran va aussi faire bouger les choses. Il y a une intense activité diplomatique avec la Russie, l'Iran, le Sultanat d'Oman. Je mise beaucoup sur le fait que les conditions diplomatiques évoluent. Les progrès de Daesh montrent qu'on ne peut pas continuer sur la même doctrine sur le terrain.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Raconter l'actualité

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans les commentaires sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Enquêtes spéciales