«Le plan américain de bombarder les loyalistes syriens ne respecte pas le droit international»

Barack Obama© Jonathan Ernst Source: Reuters
Barack Obama

La décision de Barack Obama, prise sans l’avis du Congrès, de bombarder les forces gouvernementales syriennes si elles menacent les rebelles soutenus par Washington est illégale, a confié à RT l’éditeur de Politics First, Marcus Papadopoulos.

RT : Le département d’Etat a exigé d’el-Assad de ne pas prendre pour cible les rebelles soutenus par les Etats-Unis. Est-ce que c’est un avertissement ou quelque chose d’autre ?

Marcus Papadopoulos, éditeur de la revue Politics First ( M.P.): Je pense que nous devons prendre cette mise en gardes très au sérieux, parce que le gouvernement américain essaie de renverser le gouvernement syrien par tous les moyens possibles, ce que viole le droit international. La communauté internationale devrait condamner fermement cet avertissement américain. Mais si je peux prendre un peu de recul, que peut-il se passer dans un monde où l’Amérique peut dire à un autre gouvernement de ne pas prendre pour cible une force armée illégale sur son propre territoire ? Le gouvernement syrien est un gouvernement légitime. Les forces armées syriennes sont les seules forces légitimes autorisées à porter des armes dans le pays. Ces groupes islamistes, que les Américains soutiennent, sont formés et équipés illégalement. Le gouvernement syrien a tous les droits de les prendre pour cible. Cette situation montre bien le danger de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient.

RT : Dans quel mesure ce que vous venez de nous expliquer est-il compatible avec le droit international ?

M.P. : Ce n’est absolument pas compatible avec le droit international. La Syrie est un Etat souverain indépendant. Ses frontières sont reconnues au niveau international par tous les membres de l’ONU, y compris les Etats-Unis. John Kerry et Barack Obama peuvent dire que le président el-Assad a perdu sa légitimité mais qu’est-ce que cela veut dire ? Il est le dirigeant légitime de la Syrie, il fait face à une insurrection islamiste, financée et soutenue par l’Amérique et ses alliés dans la région : la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar. Non ! La seule partie qui agit illégalement dans cette affaire, ce sont les Etats-Unis et leurs alliés dans la région. C’est aussi simple que ça !

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RT : Barack Obama a approuvé ces nouvelles règles d’engagement des forces aériennes américaines alors que le Congrès est en vacances. Que pensez-vous de ce calcul ?

M.P. : Et bien, cela en dit long sur l’état de la démocratie aux Etats-Unis. Je dirai que c’est un coup porté au Congrès, parce que c’est une évolution très sérieuse. Les hommes politiques américains qui siègent au Congrès devraient pouvoir discuter des propositions de Barack Obama et devraient pouvoir se prononcer sur cette question. Le fait qu’il a pris cette décision sans consulter le Congrès en dit beaucoup sur l’état de la démocratie aux Etats-Unis et de l’attitude méprisante du président Obama envers le Congrès.

RT : La Turquie a lancé des frappes aériennes contre Daesh, mais elles prennent pour cible les troupes kurdes, considérées comme les plus à même de contrer Daesh au sol dans la région. Qu’en pensez-vous ?

M.P. : La Turquie a joué et continue de jouer un rôle hypocrite en Syrie. Les actions turques ont aidé à créer Daesh en Syrie. Et maintenant, la Turquie se trahit en apparaissant comme un chevalier à l'armure éclatante, luttant contre l’Etat islamique. C’est absurde ! Elle a aidé à la création de ce chaos. Mais en même temps, la Turquie éprouve un sérieux problème avec les combattants kurdes en Syrie et en Irak. Ils utilisent la menace de Daesh comme un moyen d’attaquer les Kurdes. La situation est tout à fait ridicule : des avions turcs sont autorisés à bombarder l’Etat islamique, et dans le même temps, ils veulent essayer de régler un vieux différend avec les Kurdes. Mais encore une fois, la Turquie dispose d’une carte blanche octroyée par les Etats-Unis qui lui permet d’agir en toute impunité dans la région. Cela démontre encore une fois les dangers de la politique étrangère américaine décidée à Washington, avec l’aide de ses alliés dans la région.

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