L'éclatement de l'Espagne

L'éclatement de l'Espagne© Susana Vera
Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez

Alors que l'exécutif espagnol vient de changer de main, le géopolitologue Alphonse Moura revient sur la situation, hautement problématique, dans laquelle se trouve le nouveau gouvernement.

Après la récente chute de Mariano Rajoy et l'intronisation de Pedro Sánchez, ce dernier s'est déjà distingué sur la scène européenne : l'Italie et Malte n'ont pas voulu accueillir le bateau Aquarius mais Madrid a volé au secours des malheureux. Les Espagnols font bonne figure. Disent-ils «Je suis Aquarius»?

Nous pouvons légitimement nous interroger sur le bien fondé de ces expéditions d'ONG qui sont à la recherche des clandestins (oui, des clandestins et non des «migrants», comme la novlangue voudrait l'imposer) pour les amener en Europe. Que viennent faire ces pauvres diables en Europe? Solidarité avec les extra-Européens, austérité pour les Européens? A-t-on oublié le sort des Grecs? Chômage, précarité et appauvrissement accompagnent quotidiennement Portugais, Espagnols, Napolitains, Siciliens... et la situation est particulièrement grave chez les jeunes.                                

Les clandestins sont souvent aidés, notamment par George Soros et sa Open Society, et ceux qui nous disent qu'il faut être solidaires sont les mêmes qui œuvrent constamment à la destruction des systèmes sociaux européens, les précarisant, les libéralisant. Tout cela est logique : ce faux humanisme entraîne une baisse du niveau de vie des Européens les plus démunis qui devront aimablement accepter la concurrence des clandestins. Ces derniers feront le même boulot pour moins cher, Marx nous avait prévenu : l'immigration est l'armée de réserve du capitalisme.

La générosité de Sánchez a deux buts. Le premier : se démarquer de la politique du Partido Popular. Le second : cacher les problèmes internes en mettant en avant les questions internationales. La stratégie est bonne, il joue la carte de l'ouverture socialiste contre le passéisme du centre-droit – qui a des électeurs bien sûr moins accueillants que le centre-gauche. Néanmoins, rien ne nous laisserait penser que Rajoy n'aurait pas eu la même attitude : on sait très bien que l'Espagne a été la plus fidèle alliée de l'Allemagne pendant le long règne d'Angela Merkel. Mais peu importe, il faut, communication oblige, présenter l'accueil de l'Aquarius comme un geste que le précédent gouvernement n'aurait pas été trop enclin à faire.

Le Parti socialiste ouvrier espagnol essaie d'occuper les journaux et les écrans avec un événement d'ordre supérieur, qui se veut bien plus important que l'architecture même de l'Espagne. Détourner le curseur et espérer que l'environnement s'améliore de lui-même, la réalité étant assez peu plaisante : se retrouver en charge des affaires espagnoles après avoir bénéficié de l'aide des indépendantistes pour chasser Rajoy est une situation pour le moins épineuse. S'appuyant sur 84 députés socialistes, ce gouvernement est l'exécutif le plus minoritaire depuis la mise en place des cadres constitutionnels en vigueur, après la fin du franquisme. Sa légalité est forte mais sa légitimité est tout sauf solide.

En effet, si on s'attarde sur l'actuelle Constitution espagnole, celle de 1978, on verra que l'avenir est incertain, voire angoissant. La Catalogne et le Pays basque semblent imparables dans leur quête émancipatrice : juridiquement, l'indivisibilité de la nation est contredite par les articles sur les communautés autonomes (comunidades autónomas). Et au-delà de ces insuffisances constitutionnelles, le dogme décentralisateur, diffusé par l'Union européenne pour promouvoir les régions contre l'Etat-central, accentue la tension entre Madrid et Barcelone. Sans une remise en question de l'encadrement juridique actuel il sera difficile de trouver la stabilité nécessaire et les forces capables de mettre un coup d'arrêt aux mouvements centrifuges.

Quand il était dans l'opposition, les critiques de Sánchez à l'égard de Rajoy et des mesures prises durant la tentative indépendantiste catalane furent très révélatrices. L'ancien chef du gouvernement a en réalité été très modéré au regard d'une situation où une partie de son territoire voulait faire sécession. Mais, hélas, la modération est bien peu utile quand on est face aux grands défis de l'Histoire, cette Histoire que les Européens ont voulu croire finie après la chute du mur de Berlin. L'explosion démographique en Afrique et la rébellion catalane sont les deux faces d'une même pièce, d'un même processus, d'un même déracinement.

L'été offrira à Pedro Sánchez une fenêtre pour se préparer. Espérons qu'il comprenne la hauteur de sa mission, pour le bien de l'Espagne, et de l'Europe.  

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