Député de Calais : Le règlement de la crise migratoire est une question de volonté, pas de moyens

Des immigrés africains, syriens et afghans font la queue pour obtenir un repas à Calais Source: Reuters
Des immigrés africains, syriens et afghans font la queue pour obtenir un repas à Calais

Pour résoudre la situation dramatique que les migrants à Calais font face, il faut que la Grande-Bretagne change sa réglementation qui favorise leur flux, a expliqué dans une interview à RT France Daniel Fasquelle, député du Pas-de-Calais.

RT France : Pouvez-vous nous donner votre sentiment sur la situation à Calais ?

Daniel Fasquelle : C’est une situation absolument dramatique qui appelle des mesures d’urgence. Je demande comme Xavier Bertrand à ce qu’il y ait une réunion dans les jours qui viennent entre les autorités françaises et britanniques pour voir comment on peut mettre fin cette situation. Ça suppose évidemment que la législation britannique change puisque si autant de migrants souhaitent aller en Grande-Bretagne, c’est aussi parce qu’ils savent qu’une fois en Grande-Bretagne la réglementation n’étant pas aussi stricte qu’ailleurs en Europe, notamment sur la nécessité d’avoir une carte d’identité, ils pourront plus facilement se fondre dans le paysage, mais ce n’est pas acceptable.

Il faut à tout prix que le Royaume-Uni prenne conscience qu’elle ne peut pas continuer ainsi sans rien faire, sans changer sa réglementation et en rejetant tout le problème sur la France et en particulier sur Calais. Et puis, par ailleurs, il faut aussi que l’Europe se mobilise et prenne des initiatives pour éviter que ces migrants continuent d’arriver sur son territoire. Et notamment, il y a des mesures à prendre face à la Libye pour, à travers un blocus maritime, éviter que ceux qui organisent les filières puissent continuer à le faire, via des traversées très dangereuses à travers la Méditerranée.

RT France : Qu’est-ce que fait la France, à son tour, pour résoudre ce problème ?

Daniel Fasquelle : Elle ne fait pas grand-chose malheureusement. Le gouvernement français dans ce dossier comme dans les autres, est très attentiste. Il va falloir qu’il y ait un drame ou des drames pour qu’il bouge enfin. On vient de le voir dans l’affaire des taxis, ou celle des agriculteurs, que le gouvernement ne sait pas prendre la mesure des problèmes, des drames, des difficultés que vivent les français ou ceux qui se trouvent sur notre sol national. Il est incapable de se mobiliser comme il devrait le faire. Le gouvernement français montre son inaction aujourd’hui. Il devrait être à Londres, à Bruxelles pour prendre des initiatives que malheureusement il ne fait pas.

RT France : Quelles mesures est-ce qu’il faut prendre d’après vous pour éliminer ce flux de migrants ?

Daniel Fasquelle : Un blocus maritime. Xavier Bertrand a pris une initiative à laquelle je me suis joint, qui demande à ce qu’un blocus soit organisé. Il faut que les différentes marines, on a la chance d’avoir en Europe des pays qui ont des bateaux, des navires, et qui peuvent participer à l’organisation d’un blocus pour empêcher ceux qui organisent des filières clandestines à pouvoir organiser ces traversées.

C’est une question de volonté et pas une question de moyens. Ensuite il faut voir comment on peut aider des pays comme la Libye à se reconstruire. On voit que depuis 2012, plus rien n’a été fait en direction de la Libye pour l’aider à devenir un Etat démocratique. Et malheureusement, cela est devenu l’inverse. Ainsi, la crise migratoire, c’est aussi la conséquence de conflits et de difficultés dont la Libye doit faire face. On peut parler aussi de ce qui se passe en Syrie. On peut se poser la question de savoir ce que fait la France et de ce que fait l’Europe, comment on peut laisser Daesh continuer à se répandre, à se développer, ce qui provoque par conséquent l’arrivée des migrants chez nous. La solution, en France, et surtout en Grande Bretagne, est aussi évidement dans l’action que l’Europe doit pouvoir porter dans ces pays pour mettre fin à ces conflits épouvantables.

RT France : Et que faut-il faire avec ceux qui ont déjà atteint le sol français ?

Daniel Fasquelle : J’ai visité le camp il n’y a pas longtemps et je trouve absurde d’organiser un camp de jour, et de les rejeter en dehors du camp la nuit. Pour le moment cela ne constitue pas de difficulté majeure puisque c’est l’été, mais on sait très bien que l’hiver va arriver. Et comment accepter que dans la journée on les accueille dans un centre et qu’on les nourrisse, mais la nuit on les rejette comme s’ils n’existaient pas, et qu’on les oblige à vivre dans des conditions absolument épouvantables. Je crois qu’il faut mettre fin à l’hypocrisie, je souhaite que le Royaume-Uni change sa réglementation et qu’il prenne des mesures, que l’Europe prenne des mesures.

Et après pour ceux qui sont là, il faut les traiter de façon humaine et leur offrir la possibilité quand il s’agit de personnes qui sont en danger dans leur pays, qu’ils soient accueillis sur le territoire national et partout dans les pays européens dans les meilleures conditions.

Mais l’un ne va pas sans l’autre, on ne peut pas intégrer efficacement ceux qui ont besoin d’aide si par ailleurs on est pas plus ferme. Et si on ne continue pas à encourager l’immigration clandestine comme malheureusement elle est encouragée par certaines règles nationales en Europe.

 

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