Guillaume Duval: le nouvel accord ne va aucunement aider à la reprise de l’économie grecque

Alexis Tsipras Source: Reuters
Alexis Tsipras

Guillaume Duval, rédacteur en chef du mensuel Alternatives économiques, a qualifié dans une interview à RT France le nouvel accord de la Grèce de «mauvais», disant qu’il aura des effets très récessifs sur l’économie grecque.

RT France : Un accord entre la Grèce et ses créanciers a finalement été atteint. Pourquoi maintenant ?

Guillaume Duval : Il y a déjà plusieurs semaines qu’il y avait très peu d’écart entre les propositions des uns et des autres. Le 22 juin dernier, Tsipras avait déjà fait au nom du gouvernement grec des propositions que souhaitaient voir les créanciers, à l’époque ils les avaient rejetées en en demandant encore plus, c’était la raison pour laquelle a eu lieu le référendum grec. Ainsi, après le référendum, le premier ministre est revenu sur ses propositions du 22 juin où il acceptait l’essentiel des demandes des créanciers en échange d’une promesse de renégociation, de restructuration de la dette pour le futur.

Et finalement on est arrivé à un accord. La principale nouveauté par rapport aux étapes antérieures c’est cette affaire de fond dans lequel on demande au gouvernement grec de mettre de côté les actifs qui doivent être privatisés comme une sorte de garantie pour les créanciers. On est arrivé au bout d’un accord, de toute façon c’était obligatoire parce qu’il n’y avait plus de choix pour les Grecs en particulier, du fait que le système bancaire grec était bloqué depuis des jours. C’était soit on arrivait à un accord ce week-end, soit il y avait effectivement le chaos dans les médias en Grèce et probablement sa sortie de la zone euro derrière.

RT France : Pourquoi fallait-il tenir un référendum si finalement Alexis Tsipras est revenu sur les propositions des créanciers de la Grèce ?

Guillaume Duval : C’était un geste désespéré de la part de Tsipras, il avait fait des concessions très importantes, qui se sont vues refusées par les créanciers et il ne savait plus quoi faire. Je ne pense pas qu’il comptait le gagner aussi largement et au contraire, le fait qu’il l’a gagné aussi largement a été un obstacle parce qu’il voulait un accord, et qu’il était prêt à faire des concessions importantes. Mais il l’a fait parce qu’il n’avait pas d’autre alternative, il ne pouvait pas accepter d’aller plus loin que ce qu’il avait accepté le 22 juin dernier déjà et les autres n’en voulaient pas, il fallait qu’il trouve une issue et il a fait un référendum.

RT France : Et quels sont les différences majeures entre l’accord précédent et actuel ?

Guillaume Duval : Il y a déjà une différence majeure, c’est que les discussions antérieures portaient sur la fin du deuxième plan d’aide à la Grèce qui avait été décidé en 2012, cette affaire-là est réglée en ce sens que ce plan est terminé sans que la dernière tranche de 7 milliards d’euros ne soit versée. Maintenant on discute d’autre chose, on discute d’un troisième plan d’aide. Cela constitue une première différence majeure puisque cela permet de mettre dans la balance à la fois plus d’argent nouveau et d’autre part, la perspective éventuelle d’une restructuration de la dette que souhaitait Tsipras. Ainsi, ce sujet-là a été réglé et aujourd’hui on discute du troisième plan d’aide.

RT France : Est-ce que les Grecs pourront accomplir les conditions de cet accord ?

Guillaume Duval : Non, je pense que c’est fait un très mauvais accord, c’est un accord qui a des effets très récessifs sur l’économie grecque qui ne va aucunement l’aider à repartir. Ça risque de poser très rapidement des problèmes en ce sens que les Grecs ne vont pas atteindre les objectifs qui sont fixés et notamment en terme de surplus budgétaire, et on va forcément y revenir dans six mois ou dans un an. On va dire «ça va pas, il faut faire quelque chose». Ainsi, ce n’est pas du tout une solution pérenne au problème grec et ce n’est surtout pas une solution aux problèmes sociaux et économiques de la Grèce.

RT France : Pourquoi est-ce que l’Europe n’a jamais accepté les propositions émises par Tsipras ?

Guillaume Duval : Il faut dire que l’Europe, enfin certains gouvernements et institutions européennes, a insisté sur la poursuite d’une politique d’austérité. Ce n’est pas une question économique dans la mesure où l’austérité n’a marché nulle part et que la politique suivie en Europe est responsable du fait que le cas de la Grèce a été un échec total sur le plan politique d’austérité avec la dette qui continue à augmenter.

Ainsi, c’est un échec total, mais les institutions européennes et le gouvernement allemand en particulier, refusent de le reconnaître. Il était absolument essentiel de faire plier le gouvernement de Tsipras, de ne pas lui donner raison, que les mesures d’austérité soit allégées en Grèce, sinon le risque aurait été grand que ça déborde. Alors, d’autres pays qui se trouvent dans les mêmes conditions, tels que l’Espagne, le Portugal, l’Irlande, tous demanderaient des allégements en remettant en cause la politique européenne.

RT France : Quels seront à votre avis les conséquences de cet accord pour la Grèce et la zone euro dans l’avenir proche ?

Guillaume Duval : Je pense que ça va ouvrir une période d’instabilité sociale et politique très profonde en Grèce et ça peut effectivement dériver rapidement, devenir une situation incontrôlable, il peut y avoir des mouvements sociaux et politiques.

Quant aux conséquences pour la zone euro, elles ne sont pas encore tout à fait perceptibles, mais je pense qu’elles sont très graves sur le plan politique. C’est-à-dire qu’il y a un signal très négatif qui a été envoyé à tout le peuple de la zone euro, disant que la zone euro c’est un marchand d’austérité permanente, qui ne tient aucun compte des élections, qui ne tient aucun compte du bien-être de ses populations. C’est un signal très négatif lancé sur le plan politique qui devrait renforcer partout en Europe, et notamment en France, les partis eurosceptique ou d’extrême-droite.

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