«Le délit qu’on reproche aujourd’hui à Cédric Herrou devrait être abrogé»

«Le délit qu’on reproche aujourd’hui à Cédric Herrou devrait être abrog黩 Boris HORVAT Source: AFP
Cédric Herrou

Il n’est pas normal de condamner celui qui aide des immigrés à faire des démarches administratives ou qui les héberge chez lui parce qu’ils sont dans une situation précaire, selon l'avocat Asif Arif.

RT France : Cédric Herrou a été condamné à quatre mois avec sursis. Que signifie sa condamnation : est-il de fait illégal d'aider des migrants à venir en France ? 

Asif Arif (A. A.) : Il faut distinguer deux choses. Faire venir des migrants en France est tout à fait illégal, c'est un délit de trafic d'être humain : on fait passer les étrangers de manière irrégulière. C’est un premier point. Mais ce qu’on lui reproche, c’est un délit de solidarité. Le délit qu’on reproche aujourd’hui à monsieur Herrou devrait être abrogé : il n’est pas normal de condamner celui qui aide des immigrés à faire des démarches administratives ou qui les héberge chez lui parce qu’ils sont dans une situation précaire. 

Aujourd’hui, le gouvernement français verse énormément de fonds visant à développer certains pays africains.

RT France : Gérard Collomb a dit que l’Etat allait désormais distinguer les migrants économiques des réfugiés politiques. Pensez-vous qu'une telle politique puisse régler la crise ? 

A. A. : Cette déclaration est purement politique, puisque se posera toujours la question du critère déterminant la différence entre un migrant économique et un migrant politique. Que va-t-on faire? Mettre à certains des étoiles sur la veste, comme en 1945 pour distinguer les juifs ? Non, cela ne se passe pas comme ça. Quand un migrant arrive en France, il dépose une demande d’asile, car il est persécuté pour des motifs politiques ou religieux dans son pays d’origine. Il est vrai que vous avez aussi des migrants économiques qui viennent, notamment mais pas seulement, d’Afrique ou d'Asie. Aujourd’hui, le gouvernement français verse énormément de fonds visant à développer certains pays africains. La question est de savoir où vont ces fonds, qui doivent permettre à l’Afrique de se développer et, donc, d’enrayer le mouvement migratoire purement économique. Mais il faut aussi s'interroger : n'est-il pas possible d'accueillir dans certains cas de figure, notamment pour résoudre certaines problématiques de main d'œuvre, une immigration qui serait nécessaire pour la France? Une dimension purement économique doit être prise en compte. Ce système existe notamment dans le cadre d'une promesse d’embauche pour des métiers en tension [métiers pour lesquels l'offre est supérieure à la demande]. 

RT France : Pensez-vous que la déclaration de Gérard Collomb soit un virage dans la politique migratoire française ?

A. A. : Pas vraiment. On a toujours voulu que les personnes venant en France déposent une demande d’asile s’ils sont persécutés pour des motifs politiques ou religieux. Cela va dans le sens de la Convention de Genève. Pour moi c’est une déclaration avant tout politique. Comment distinguer le migrant économique du migrant persécuté pour des motifs politiques ou religieux ? Je laisse répondre à cette question le ministre de l’Intérieur, qui prendra soin d'adopter une circulaire et de définir des critères précis.

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