D'«horribles et graves» abus : la prise de Mossoul vue par Human Rights Watch

D'«horribles et graves» abus : la prise de Mossoul vue par Human Rights Watch© Alkis Konstantinidis Source: Reuters
Les forces d'intervention d'urgence à Mossoul

L’opération de reprise de Mossoul a coûté très cher : plus de 700 000 personnes ont été déplacées et les victimes sont innombrables, selon Belkis Wille de Human Rights Watch.

RT : La ville de Mossoul a été officiellement reprise aux forces islamiques. Quelles ont été les pertes humaines et matérielles de l'opération ?

Belkis Wille (B. W.) : Une grande partie de Mossoul-Ouest a été complètement détruite par des incendies et des frappes aériennes, et des milliers de civils ont été tués ou blessés dans les combats. La ville a donc vraiment payé un lourd tribut à sa libération.

Il y a un mois environ, Human Rights Watch et Amnesty International ont publié un rapport appelant la coalition dirigée par les Etats-Unis à repenser sa campagne de bombardements et à ne pas user de certains types et tailles de bombes. Car des bombes de tailles considérables ont été utilisées et ont été à l'origine de l'augmentation du nombre de victimes civiles.

RT : Avez-vous le sentiment qu'il était possible de faire moins de victimes civiles ?

B. W. : Malheureusement, c'était aux membres de la coalition et du gouvernement irakien de choisir le moment pour terminer cette campagne, et ils ont utilisé toutes les ressources et moyens à leur disposition pour finaliser l’opération le plus tôt possible. En conséquence, ils n'étaient pas prêts à faire une croix sur certains types d'armement, ce qui aurait pu protéger les civils.

La communauté humanitaire tente de reconstruire très rapidement la ville de Mossoul. Il s’agit notamment de s'assurer que sont disponibles eau, électricité, marchés et infrastructures médicales. Une grande partie de la ville a été réduite à néant et cela prendra des mois, voire des années, pour reconstruire. Cela va coûter extrêmement cher. Jusqu'à ce moment là, beaucoup de civils de Mossoul seront contraints de demeurer dans les camps où ils ont trouvé refuge car ils n'auront nulle part où aller.

Les victimes n’ont reçu ni soutien, ni compensation

RT : Pouvez-vous donner quelques chiffres ?

B. W. : Lors de cette opération, plus de 700 000 personnes ont été déplacées. Les habitants de Mossoul ont été obligés de quitter la ville à cause des combats. Certains ont pu revenir, mais beaucoup n'ont pas été en mesure de le faire. Personne ne connaît vraiment le nombre de personnes tuées ou blessées dans cette opération. Car personne ne peut dénombrer ceux qui ont été blessés dans une partie de la ville contrôlée par Daesh ou ceux qui sont morts dans les frappes aériennes.

RT : Est-il possible qu'une enquête soit menée ?

B. W. : Il est rare que l’armée américaine mène une enquête approfondie sur ses propres actions, ou du moins qu'elle en rende publics les résultats. Le 17 mars, une frappe aérienne américaine a fait environ 140 morts, selon l’évaluation de Human Rights Watch. L’administration américaine a alors lancé une enquête sérieuse. Mais, malgré toutes ces victimes civiles, il a été conclu que l'armée ne pouvait pas être tenue responsable parce que des combattants de Daesh avaient installé des explosifs un peu partout et c'est cela qui aurait été à l'origine de la plupart des morts. Le processus de l'enquête n'est pas ce qui préoccupe HRW, contrairement au fait qu'on ne rende jamais de comptes. En effet, les commandants américains n'assument pas leur responsabilité et aucune compensation n'est versée aux victimes civiles.

D'horribles et graves abus ont été commis par la Division d'intervention d’urgence – ils ne peuvent bénéficier d'aucun soutien au regard de ces précédents. Le Congrès américain a interdit de leur fournir quelque soutien que ce soit. Mais cela ne signifie pas que d'autres membres de la coalition ne peuvent pas les aider. Et il n'y a pas eu de réponse vigoureuse de la part du gouvernement irakien : les officiers détenus ont été libérés et n'ont pas été officiellement accusés de crimes. Les victimes n’ont reçu ni soutien ni compensation.

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