La crise migratoire en Italie, fruit «de l’incapacité de l’Europe à répondre de manière cohérente»

La crise migratoire en Italie, fruit «de l’incapacité de l’Europe à répondre de manière cohérente»© Stefano Rellandini Source: Reuters
Des migrants en attente du débarquement en Italie

L'Italie souffre de l'afflux de migrants ; ne peut venir à bout de cette situation et les autres membres de l'UE manquent, eux, de volonté politique pour l'aider, selon le porte-parole du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés William Spindler.

RT : Pensez-vous que les autres Etats européens devraient être plus impliqués dans la résolution de la crise humanitaire qui touche l’Italie ?

William Spindler (W. S.) : Oui, parce que l’Italie ne peut pas venir à bout de cette situation par elle-même. L’Europe dans son ensemble pourrait trouver une réponse. La crise à laquelle nous avons assisté en 2015-2016, lorsque la Grèce a été de fait abandonnée à elle-même, était le résultat de l’incapacité de l’Europe à y répondre d’une manière cohérente. Nous assistons aujourd'hui à la même chose avec l'Italie. On ne peut laisser un pays, que ce soit la Grèce, l’Allemagne ou l’Italie, s’occuper chaque semaine, seul, de dizaines de milliers de nouveaux arrivants. L’Europe, c’est, au total, 500 millions de personnes. Ce sont les économies les plus riches et les plus développées du monde, l'Europe a des ressources, et les responsabilités doivent être partagées en toute égalité par tous les membres de l’UE.

Tous les pays manquent de volonté politique pour assumer leurs responsabilités dans ce domaine

RT : L’ancien ministre italien des Affaires étrangères Franco Frattini a jugé l’Union européenne «inutile» face à cette situation. Pourquoi l’Italie est-elle obligée de régler seule cette crise qui empire ?

W. S. : Il semble que tous les pays manquent de volonté politique pour assumer leurs responsabilités dans ce domaine. C’est pourquoi quelques pays seulement s’occupent de cette crise de manière efficace. L’Italie et la Grèce sont des pays qui se trouvent en première ligne, mais des pays comme l’Allemagne, l’Autriche et la Suède ont également accepté une part importante des migrants récemment arrivés. L’Europe toute entière et la communauté internationale doivent jouer leur rôle face à ce problème extrêmement complexe. Un pays isolé ne peut y faire face.

RT : Certains pays disent ne pas pouvoir accepter ces migrants… Pensez-vous que, en tant que pays souverains, ils aient le droit de prendre leurs propres décisions, des décisions qui contrediraient les directives de Bruxelles ?

Les pays ont le droit d’avoir leur propre politique migratoire et d'insister pour que les nouveaux venus respectent leurs règles, et ils ont le droit de les renvoyer

W. S. : Il faut faire la différence entre les gens qui arrivent pour des raisons économiques et ceux qui fuient guerres et persécutions. En droit international, si vous fuyez la torture, les conflits, si votre vie est menacée dans votre propre pays, vous devez bénéficier d'une protection. La migration économique est absolument différente. Les pays ont le droit d’avoir leur propre politique migratoire et d'insister pour que les nouveaux venus respectent leurs règles. Et ils ont le droit de les renvoyer, de manière humaine et dans le respect de leurs droits. Si vous prenez l’exemple de l’Italie, un tiers de ceux qui ont débarqué en Italie ont obtenu le statut de réfugié. Cela implique qu’un tiers a droit à cette protection. Les deux autres tiers n’y ont pas droit. Il faut trouver d‘autres solutions pour ces deux tiers, les renvoyer dans leur pays d’origine pourrait en être une, à condition que cela soit fait en toute sécurité et dignité et que ces personnes ne soient pas menacées une fois rentrées chez elles. Ce serait un message sérieux pour ces gens ; cela leur montrerait que venir ainsi en Europe n’est pas une bonne idée. En parallèle, il faut trouver des moyens légaux pour que les réfugiés les plus vulnérables puissent venir en Europe en toute sécurité au lieu de faire ce trajet dangereux, fatal pour beaucoup d’entre eux.

On ne peut pas savoir qui est un migrant économique et qui est un réfugié, quand ces gens sont dans un bateau en pleine mer. Ce sont tous des êtres humains, et il faut les sauver

RT : L'afflux migratoire a augmenté de 20%, par rapport à l'année précédente. L’Italie menace de fermer ses frontières aux bateaux de sauvetage transportant des migrants. Est-ce là un moyen efficace ?

W. S. : On ne peut pas savoir qui est un migrant économique et qui est un réfugié, quand ces gens sont dans un bateau en pleine mer. Ce sont tous des êtres humains, et il faut les sauver. C’est l’impératif, il faut les mettre en sécurité. Ensuite, on peut procéder à une évaluation pour voir s’ils ont vraiment besoin de protection, ou s’il faut les renvoyer dans leur pays. Ce n’est pas nécessairement à l’Italie de procéder à l'examen des requêtes. Cette tâche peut être partagée entre différents pays.

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