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Jacques Nikonoff est professeur associé à l’Institut d’études européennes de l’Université Paris 8. Il est également porte-parole du Parti de l’émancipation du peuple (ex-M’PEP).

Jacques Nikonoff : «François Hollande, le président du chômage»

Pôle emploiSource: Reuters
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Professeur associé à l’Institut d’études européennes de l’Université Paris 8 et porte-parole du Parti de l’émancipation du peuple, Jacques Nikonoff explique à RT comment combattre le chômage en France.

Hormis la guerre, les catastrophes naturelles et les pandémies, rien n’est pire que le chômage pour dévaster une société. Il est la cause directe ou indirecte d’un nombre incalculable de difficultés : déficit de la Sécurité sociale, moins-values pour l’impôt sur les sociétés, la TVA, etc., faiblesse du secteur du logement, abandon de certaines cités de banlieue, désertification rurale, problèmes de l’école et des familles, dérèglements sociaux, déficits publics, atonie de la croissance économique… Le chômage révèle l’impuissance des dirigeants politiques – ou leur incompétence – et alimente l’abstention.  Il détruit les individus et les met dans une situation où ils s’imaginent être inutiles aux autres et à eux-même. Il est difficile d’imaginer une violence si permanente et si sournoise, provoquant souvent la culpabilisation des personnes concernées.

On comprend pourquoi la population, depuis une trentaine d’années, place le chômage en tête de ses préoccupations, et de loin. Pour toute réponse, les différents gouvernements, la main sur le cœur et la larme à l’œil, n’ont pas manqué de témoigner de leur compassion en dénonçant ce « fléau », ce « cancer », et la nécessité qu’il y aurait à lui faire la « guerre ». Ces bonnes paroles n’ont eu aucun effet sur la réalité. Ainsi, au 1er juin 2015, un nouveau record historique a été battu en France : celui du nombre de chômeurs classés en catégorie A (demandeurs d'emploi tenus de faire des recherche d'emploi). Ils étaient 3,54 millions. Pour bien mesurer l’ampleur du phénomène, ce chiffre équivaut à la population de la région Aquitaine (INSEE, 2014). Autrement dit, si tous les chômeurs étaient rassemblés en Aquitaine, cette région serait morte car il n’y aurait ni entreprises privées produisant biens et services, ni services publics comme les écoles, les hôpitaux, la police, les pompiers… Nous ne percevons pas correctement la réalité de ce cauchemar car les chômeurs sont dilués et invisibles.

Si on ajoute à la catégorie A toutes les personnes en non-emploi (les jeunes primo-demandeurs d’emplois non comptabilisés dans les statistiques, les préretraités), celles en sous-emploi (CDD, intérim…) et celles en mal-emploi (inadéquation entre le poste et la qualification, mauvaises conditions de travail…), nous dépassons 10 millions.

Le chômage a-t-il des causes ? Bien évidemment, car il ne s’agit pas d’une catastrophe naturelle face à laquelle les gouvernements seraient impuissants. La cause fondamentale du chômage est à rechercher dans les politiques néolibérales suivies depuis la fin des années 1970 à l’échelle planétaire. Celles-ci reposent sur un dogme qui a deux conséquences. Le dogme est celui du «Non-accelerating inflation rate of unemployment» (NAIRU), le taux de chômage qui n’accélère pas l’inflation. Cette croyance monstrueuse, constamment démentie par les faits, considère que si le taux de chômage est trop faible, l’inflation va augmenter. Il faut donc maintenir un taux de chômage élevé, c’est ce que les économistes appellent la « régulation par le chômage ». Première conséquence : il ne faut pas développer l’emploi dans le secteur non-marchand car les dépenses publiques vont augmenter dans un contexte de dette publique déjà trop haute. Deuxième conséquence : il faut subventionner le secteur marchand (principe contradictoire avec le précédent) et mener une politique de l’offre améliorant la « compétitivité » des entreprises pour les aider à quitter le marché national de moins en moins solvable et les repositionner vers les exportations. On voit le résultat : le chômage bat des records partout dans le monde, car on ne peut pas exporter sur la lune. Les exportations des uns étant les importations des autres, tout ceci n’est qu’un jeu à somme nulle.

Monsieur Hollande a appliqué sans réfléchir les lieux communs les plus stupides de ces « théories » économiques au travers des politiques qu’il a menées : « Pacte pour la compétitivité de l’industrie française », « Crédit d’impôt pour la compétitivité » (CICE), maintien du très contesté « Crédit impôt- recherche » (CIR), « loi de sécurisation de l’emploi », « Pacte de responsabilité ». Résultat : néant sur le plan de l’emploi, des dizaines de milliards d’euros donnés aux entreprises (les grandes) en vain.

Si vraiment le gouvernement voulait liquider totalement et définitivement le chômage il agirait dans trois directions. D’abord, il jetterait aux oubliettes la verroterie idéologique néolibérale et se remettrait à réfléchir librement. Ensuite, il développerait l’emploi dans le secteur marchand (privé) en partant du principe que ce dont ont besoin les entreprises, c’est de carnets de commandes bien remplis. Il n’existe qu’une seule solution pour y parvenir : permettre aux ménages de disposer de revenus pour acheter. D’où la nécessité de l’augmentation des salaires, du volume de l’emploi et des prestations sociales. Les subventions aux entreprises pour les aider à exporter seraient annulées, car la bataille des exportations est perdue d’avance, sauf à aligner le niveau des salaires et de la protection sociale en France sur celui du Bangladesh. Il faut au contraire prendre des mesures protectionnistes afin d’équilibrer la balance des paiements. Une politique de réindustrialisation sera possible par la substitution aux importations : faire en France ce que nous pouvons y fabriquer, même si c’est un peu plus cher que les importations. Enfin, l’emploi dans le secteur non-marchand permettra l’emploi pour tous, grâce à une loi établissant le « droit opposable à l’emploi » dans lequel l’État sera l’employeur en dernier ressort.

Il est peu probable que Monsieur Hollande soit l’homme de la situation pour accomplir cette mutation.

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