Jacques Sapir: ce référendum peut faire tomber Tsipras, le dirigeant que l’Europe n’a jamais accepté

Le premier ministre grec Source: Reuters
Le premier ministre grec

Les bureaux de vote ont ouvert leurs portes pour que les citoyens grecs se prononcent sur l'accord proposé par les créanciers. L'économiste Jacques Sapir, interrogé par RT, considère le vote de tentative de renversement du Premier ministre grec.

RT France : Peut-on s’aventurer à prédire l’issue du vote ? Les Grecs vont-ils accepter ou non le programme sur la dette grecque proposé par la troïka et l’UE ?

Jacques Sapir : Il est très difficile de faire des prévisions. On ne sait pas exactement comment se partage l’électorat grec, les derniers sondages fiables que nous avons – parce qu’il y a beaucoup de sondages qui circulent mais qui ne sont absolument pas fiables – donnent une très légère avance au «non» entre 0,5 et 1 point. Mais ce sondage a été fait en réalité mercredi et jeudi dernier donc les choses peuvent évoluer encore de manière extrêmement importante. La seule chose qui semble à peu près claire, c’est que quel que soit le résultat, ce sera un résultat très serré, que ce soit le «oui» qui l’emporte ou le «non», il l’emportera par une marge très faible.

RT France : Dans quel climat va se dérouler ce référendum ? Par quels moyens les différents protagonistes vont-ils tenter d’influencer le vote ?

Jacques Sapir : Il faut dire qu’il y a une pression tout à fait évidente que ce soit dans les déclarations de Jean-Claude Juncker, de Martin Schulz, le président du parlement européen, de Jeroen Dijsselbloem, le président de l'Eurogroupe, il est absolument clair qu’il y a une pression très forte. La raison fondamentale c’est que les dirigeants européens n’ont jamais accepté le fait que Monsieur Tsipras soit élu. Ils ont toujours rejeté ce gouvernement comme n’étant pas des leurs, comme ne faisant pas partie d’une certaine manière des gens distingués, des gens de bonne qualité qui sont appelés à gouverner l’Europe – autrement dit soit des gens de PPE, soit des gens du PSE – et ils ont mené une véritable guerre contre le gouvernement grec pour provoquer sa chute. Aujourd’hui, ils ont d’une certaine manière la possibilité de le faire tomber : on sait que si le «oui» l’emporte et bien Tsipras va démissionner. Et donc ils jettent tous leurs moyens dans la bataille, y compris des moyens financiers, que ce soit directement en organisant le blocus financier de la Grèce par la Banque centrale européenne, ou que ce soit indirectement en finançant très largement les différents groupes qui appellent à voter pour le «oui».

Donc oui, il y a une ingérence directe, évidente et tout à fait palpable des politiciens européens dans la vie politique grecque.

RT France : Quelles seront les conséquences de ce référendum sur le futur de la Grèce ?

Jacques Sapir : Les conséquences du vote pour le peuple grec, si le «oui» l’emporte, cela va signifier la continuation d’une politique d’austérité qui n’offre absolument aucune perspective aux Grecs qui voient leur richesse nationale se réduire d’année en année sans voir la fin de ce processus et surtout sans être capable de rembourser les dettes.

Ou alors, si le «non» l’emporte, cela va ouvrir une nouvelle période de négociations et évidemment ces négociations seront extrêmement compliquées et dures, mais au moins dans ces négociations il sera possible de voir «est-ce que le gouvernement grec peut obtenir ce qu’il demande ?», c’est-à-dire fondamentalement une restructuration de la dette, même en échange de mesures fiscales qui seront certainement douloureuses, mais à ce moment-là elles auront un sens politique.

Dans ce cas, le gouvernement grec sera confronté à la nécessité de sortir de la zone euro et il devra, à ce moment-là, organiser une sortie en bon ordre de la zone.

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