NSA: «Nous allons passer du rôle de vassal à serf» dit un expert en Intelligence économique

Les Etats-Unis écoutent tout ceux qui se dressent sur leur route© Capture d'écran réalisée sur le site de infoguerre.fr
Les Etats-Unis écoutent tout ceux qui se dressent sur leur route

Alors que l'on apprenait lundi que la NSA avait déployé ses grandes oreilles dans la sphère économique hexagonale, Christian Harbulot, expert en intelligence économique, décrypte la stratégie américaine et s'agace de la naïveté française.

Des ministres écoutés, toutes les entreprises du CAC 40 espionnées, des documents stratégiques en matière de liens commercaiux dérobés: l'ampleur des écoutes opérées par la NSA en France inquiète. Christian Harbulot, fondateur et directeur de l'école de guerre économique, s'étonne du manque de stratégie de la France en la matière et se montre pessimiste pour l'avenir.

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RT: Que pensez-vous des révélations de WikiLeaks sur les écoutes économiques opérées en France par la NSA ?

Christian Harbulot: Si je ne suis -malheureusement- pas surpris par ce que nous avons appris hier, on peut tout de même dire que la révélation des écoutes économiques de la NSA sont une première. En effet, les éléments dévoilés sont une preuve indéniable de l'ampleur du phénomène. Les Etats-Unis nous espionnent, et ce de manière très intensive, je crois donc qu'il sera difficile maintenant de nier ce fait. Car en France, certaines élites tenaient ce discours lénifiant qui consistait à dire: "non, ce genre de chose ne se fait pas entre pays alliés". Il me semble que cette manière de voir sera désormais assez difficile à tenir...et à défendre. A l'inverse certains osent dire «de toute façon, tout le monde écoute tout le monde». Mais c'est faux. Certains pays ont dévelloppé des stratégies, d'autres non.

RT: Comme les Etats-Unis ?

Christian Harbulot: Oui, cela fait plus de 30 ans maintenant que les Etats-Unis ont investi massivement dans le renseignement et compris sa «rentabilité». Ils écoutent pour contre-carrer la montée de puissance de pays comme la Russie, l'Iran, la Chine par exemple. Ils cherchent à garder la main sur des contrats stratégiques, sur des ressources comme le pétrole ou à maintenir leur suprématie économique dans des zones ou sur des pays en développement. C'est simple, ils écoutent tous ceux qui se dressent sur leur route et tous ceux qui les gênent.

RT: Pourquoi écouter la France alors ?

Christian Harbulot: Parce que même si la France est en perte de vitesse économique, elle demeure une puissance moyenne très influente en Europe d'un point de vue politique. Par ailleurs, nous sommes dans différents secteurs, en concurrence directe avec les Etats-Unis, sur le marché de l'armement par exemple, ou sur celui de l'agroalimentaire. Nous écouter leur apporte des points d'avance dans les négociations. Cela fait par exemple des années que les Etats-Unis veulent absorber l'Europe dans un grand marché commun de libre-échange. Avec le TAFTA -traité de libre-échange transatlantique, en négociation à Bruxelles- la France risque bien de perdre le peu de souveraineté élémentaire qui lui restait. Nous allons passer du statut de vassal à celui de serf. C'est pire.

RT: Mais la France fait également de l'intelligence économique ?

Christian Harbulot: Soyons clairs, ce ne sont pas nos quelques dizaines d'agents secrets qui peuvent rivaliser avec la «force de frappe» américaine, et son budget colossal. Il y a une telle démesure que la comparaison n'est pas valable. Mais de toute façon en France, nos élites, ceux qui nous dirigent, ne savent même pas ce qu'est un rapport de force. Ils ne comprennent pas plus le rôle essentiel que peut avoir le renseignement dans un rapport de force. Je crois en fait que nos politiques ne veulent pas d'un rapport de force «durci» avec les Etats-Unis. Ils préfèrent penser que tout se joue entre experts et sherpas et qu'à la fin, tout le monde sera d'accord pour signer un accord technique. Il n'y a pas cette culture du rapport de force en France. Hier, le président du syndicat du renseignement économique français, Alexandre Medvedovsky, expliquait à mes étudiants qu'il s'était entretenu avec le secrétaire général adjoint de l'Elysée récemment et que ce dernier lui avait affirmé que l'intelligence économique n'était pas une priorité pour la France. Nos dirigeants n'ont rien compris. Je pense que c'est soit de la lâcheté, soit de la compromission avec ceux contre qui ils sont pourtant censés nous protéger.

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