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Jacques Nikonoff est professeur associé à l’Institut d’études européennes de l’Université Paris 8. Il est également porte-parole du Parti de l’émancipation du peuple (ex-M’PEP).

Jacques Nikonoff  : «Le référendum grec est une excellente idée !»

Protestations devant le parlement grec contre la politique d'austérité Source: Reuters
Protestations devant le parlement grec contre la politique d'austérité

Professeur associé à l’Institut d’études européennes de l’Université Paris 8 et porte-parole du Parti de l’émancipation du peuple, Jacques Nikonoff fait part à RT de sa vision de la situation en Grèce.  

S’il existait encore des personnes naïves au point de croire que l’Union européenne (UE) était le modèle universel et sans concurrence de la défense des droits de l’homme et de la démocratie, les critiques que ses dirigeants portent contre le référendum organisé par le gouvernement grec devraient leur ouvrir les yeux. Depuis 2010, l’Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI) martyrisent la Grèce et son peuple. Les droits de l’homme ont été piétinés après six années de plans appelés abusivement «d’aide» et de «sauvetage». 

Un premier constat peut être fait : aucun des objectifs annoncés par l’UE et le FMI n’a été atteint, c’est un échec total. Alors qu’ils étaient censés aboutir à l’inverse, ces plans ont plongé la Grèce dans la récession et de nombreux Grecs dans le désespoir. La dette publique est passée de 100% du PIB en 2008, à 177% en 2015, alors que les fameux «plans» étaient censés la diminuer. Pendant la même période le PIB a baissé de 25%. Entre 2009 et 2013 l’investissement a baissé de 23%. Le taux de chômage officiel est passé de 7,3% de la population en 2008 à 27,9% en 2013. Un jeune sur deux est sans emploi. Le taux de pauvreté est de 26% pour une moyenne de 16% dans l’UE. Depuis l’adoption des mémorandums, les retraites ont chuté d’environ 40%, 2/3 des retraités vivent sous le seuil de pauvreté, les pensions ont été réduites de 48%. On compte 500.000 personnes sans domicile fixe ou vivant dans un logement insalubre. Les salaires ont baissé de 37%. Le nombre de fonctionnaires d’État a baissé de 30%. Les dépenses de consommation ont baissé de 33%. Le travail illégal est monté à 34%. Les créances douteuses des banques (crédits) représentent 40% de la valeur des prêts qu’elles accordent. Les jeunes qualifiés quittent la Grèce. La pauvreté, la faim, les coupures d’électricité et de gaz ressemblent à une situation de guerre. Les entreprises et les commerces ferment à grande vitesse. Cette politique européenne a gravement affecté les conditions de vie du peuple et violé les droits humains. 

On peut aussi faire un deuxième constat : cet échec n’en est pas un, c’est au contraire un grand succès pour les oligarques européens qui sont parvenus à dégager les banques privées, principalement françaises et allemandes, des titres de la dette publique grecque qu’ils possédaient, sans perte de valeur et même avec profit. Les prêts à la Grèce (baptisés «plans d’aide» et «plans de sauvetage») ne visaient absolument pas à aider la Grèce à développer son économie et à se doter d’un appareil d’État efficace, mais à rembourser les banques privées occidentales, essentiellement françaises et allemandes. Les nouvelles dettes suscitées par les prêts accordés à la Grèce n’étaient là que pour rembourser les anciennes, pas pour développer l’économie grecque, alors que là se trouvait la solution. Le premier plan «d’aide», en 2010, a été octroyé sous des prétextes mensongers. En effet, en 2009, le gouvernement socialiste (PASOK) de George Papandréou a falsifié les données statistiques du pays. Les déficits ont été gonflés pour persuader l’opinion publique qu’il fallait accepter un «sauvetage» comportant des mesures drastiques d’austérité. En outre, pour ne prendre qu’un exemple, des achats d’armes ont été effectués sans facture, permettant aux entreprises concernées d’échapper à l’impôt. Le premier accord de prêt en 2010 visait en réalité à sauver les banques privées grecques et européennes et à réduire leur exposition aux titres publics grecs. Depuis le début les créanciers savaient que la dette grecque n’était pas remboursable. Ils l’ont alors transférée des banques privées vers des institutions publiques : prêts bilatéraux des États, Banque centrale européenne, Fonds européen de stabilité financière, grâce aux plans d’austérité. 

Depuis le début des années 1980, l’accroissement de la dette publique grecque n’est absolument pas le résultat de dépenses publiques excessives. Celles-ci sont restées plus faibles que les dépenses publiques d’autres pays de la zone euro. La dette provient pour l’essentiel du paiement aux créanciers de taux d’intérêts extrêmement élevés, de dépenses militaires énormes, d’un manque à gagner fiscal dû à la fuite illicite de capitaux, du coût de la recapitalisation des banques privées par l’État, des dysfonctionnements de la zone euro. Seuls 10% des prêts octroyés ont servi aux dépenses courantes du gouvernement. 

Le FMI et l’UE ont proposé le 25 juin des mesures monstrueuses, en particulier contre l’industrie grecque du tourisme. Rappelons que le tourisme est la première activité économique marchande : elle rassemble 15 000 entreprises et représente un million d’emplois. La troïka demande que le taux de TVA grimpe à 23% (actuellement 13% en incluant la restauration et l’hôtellerie). Le principal concurrent de la Grèce, la Turquie, est à 8%, chypre est à 9%, la France, l’Italie et l’Espagne sont à 10%. Perdant sa compétitivité, la Grèce perdrait du coup environ 200.000 emplois et 5% de PIB. 

N’était-il pas conforme aux droits de l’homme, et particulièrement aux droits démocratiques et électoraux, de demander aux citoyens grecs s’ils approuvaient ce plan ? 

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