Vojislav Seselj : «La Serbie ne sera jamais membre de l'UE»

Vojislav Seselj : «La Serbie ne sera jamais membre de l'UE»© Marko Djurica Source: Reuters
Vojislav Seselj entouré de ses partisans

Dans un entretien avec RT, Vojislav Seselj, président du Parti radical serbe a évoqué le tribunal de La Haye, la partialité des juges, la politique de l'Occident et les Balkans d'aujourd'hui.

RT : Après 12 années d'emprisonnement vous avez été acquitté par le Tribunal de La Haye. Vous menez maintenant une vie politique active, avez gagné plus de 20 sièges au Parlement. Comment avez-vous réussi à ne pas perdre intérêt à la politique ?

Vojislav Seselj (V. S.) : Je tire cette force de mon idéologie. J’aurais été déçu si je n’avais pas été accusé par le Tribunal de La Haye. De nombreux Serbes célèbres des années 1990 ont été accusés à La Haye. Si je n’avais pas été accusé, j'aurais eu le sentiment de n'être rien ni personne et de n'avoir rien fait dans les années 1990. Je suis arrivé à La Haye pour gagner, et j’ai gagné. Je l’ai fait devant les yeux du monde entier. Pour moi, c'est une grande satisfaction. Une fois rentré chez moi, je suis retourné aux affaires habituelles.

RT : Le Tribunal pénal international vous a acquitté, mais a reconnu Radovan Karadzic coupable. Selon le chef du Comité international du Conseil de la Fédération de Russie Konstantine Kossatchev, il y a un calcul politique derrière cette décision. Radovan Karadzic représentait la Republika Srpska, en Bosnie-Herzégovine, et vous la Serbie. Ainsi, on essaye d'intégrer la Serbie dans les structures nord-atlantiques, pour ne pas donner raison aux adversaires de l'intégration européenne. Etes-vous d'accord avec cette interprétation ?

V. S. : A mon avis, il s'agit d'une évaluation subjective. Je n'étais pas un homme d'Etat au moment où avaient été commis les crimes dont j’ai été accusé. A cette époque, j'étais même dans l'opposition. Par conséquent, le tribunal n'a pas pu trouver de lien entre moi et ces crimes. Bien sûr, Radovan Karadzic a été reconnu coupable à tort. La cour l’accusait d’avoir donné les ordres. En plus, Radovan Karadzic n'a pas non plus été chanceux avec sa défense. Il était aussi trop respectueux vis-à-vis de la cour et des procureurs.

Moi, je méprisais la cour ! Dès le premier jour, je leur ai expliqué que mon destin personnel ne m’intéressait pas. Pendant toutes ces 12 années, je ne leur ai posé que des problèmes. Un exemple : au cours du procès, un juge français, Jean-Claude Antonetti, a dit que le juge danois avait été suspendu en raison de sa partialité. Le mérite m'en revient. Un juge sénégalais a alors été nommé, qui était plus objectif.

L'erreur que les nôtres ont fait là-bas, était de faire confiance au Tribunal de La Haye. Ils étaient convaincus de leur innocence et pensaient que la cour allait les gracier.

Notre parti est content de la victoire de Donald Trump

RT : Depuis plus de 100 ans, les Balkans restent un foyer de tension. Pourquoi ?

V. S. : Cela a commencé au XIXe siècle. Lorsque les Serbes se sont rebellés contre les Turcs, l'Europe était du côté des Turcs. Seule la Russie a soutenu la Serbie. Grâce à la Russie, la Serbie s’est libérée. La Russie a directement libéré la Bulgarie, puis la Roumanie. L’Europe de l'Ouest a tenté de se débarrasser de l'influence russe. Ensuite, les pays des Balkans ont été par périodes sous l'influence des régimes européens. A un moment, Belgrade était sous domination autrichienne, quand les Obrenovic étaient au pouvoir. Puis la Bulgarie a été libérée, les Allemands ont pris le pouvoir. La Bulgarie menait donc une politique pro-allemande. Jusqu’à aujourd'hui, les Balkans restent une poudrière.

RT : Federica Mogherini a récemment déclaré que la Serbie pourrait adhérer à l'UE à la place du Royaume-Uni. Selon elle, l'UE ne sera jamais complète sans la Serbie. Quelles sont, à votre avis, les chances que la Serbie adhère à l'UE ? Qu'en pensent les gens ordinaires ?

V. S. : Je suis persuadé que la Serbie ne sera jamais membre de l'UE. Notre parti va s'y opposer. Nous, au contraire, voudrions avoir une union douanière avec la Russie, et même une armée commune, le même uniforme militaire. C'est une question de survie. Nous voulons que des bases russes soient déployées en Serbie, car les menaces fusent de tous les côtés.

Les Américains sont à l'heure actuelle en train d'armer la Croatie. Les Albanais préparent leur armée au Kosovo. La Macédoine a failli avoir une guerre civile. Notre régime actuel pro-occidental a mis notre armée dans un état pitoyable en l'espace de 12 années. Nous avions une armée forte lors des bombardements de 1999. La seule chose que nous n'avions pas, c'était une défense antiaérienne moderne. Mais nous avions une armée si forte au sol que l'Occident ne risquait pas de nous attaquer avec son infanterie.

RT : L'arrivée au pouvoir de Donald Trump influence-t-elle la politique dans les Balkans ?

V. S. : Notre parti est content de la victoire de Donald Trump. C'était important de ne pas laisser Hillary Clinton accéder au pouvoir. Donald Trump a fait des déclarations audacieuses, y compris sur la coopération avec la Russie. On s'attend à ce qu'il tienne ses promesses.

Je ne laisserai jamais notre parti devenir l'instrument de l'Occident qui fera tomber Alexandar Vucic

RT : Après sa rencontre avec Federica Mogherini, Alexandar Vucic a déclaré que la Serbie subissait un deux poids deux mesures à propos de la situation dans la région. A quel point est-il prêt à défendre les intérêts de la Serbie et des autres Serbes d'ex-Yougoslavie, à aller à l'encontre de la politique occidentale ?

V. S. : Nous apprécions vraiment le fait qu'Alexandar Vucic n'ait pas introduit de sanctions contre la Russie et essaie de maintenir des relations amicales avec Moscou. Mais nous croyons que cela ne suffit pas. A notre avis, il faut renoncer à l'union avec l'Europe et s'intégrer à la Russie. Nous condamnons la position d'Alexandar Vucic sur la Crimée, comme quoi elle ferait toujours partie de l'Ukraine. Mais en ce qui concerne la protection des Serbes, sa politique n'a pas été efficace. A cause des accords avec l'UE, il a aggravé la situation des Serbes au Kosovo. Il ne défend pas les intérêts du peuple serbe en Macédoine, ni au Monténégro. Il a récemment presque renoncé à la Republika Srpska, qui est sous occupation croate. Il insiste seulement pourqu'elle soit maintenue.

RT : Vous avez présenté votre candidature à l'élection présidentielle, comment espérez-vous gagner ?

V. S. : Moi-même, je suis opposant à Vucic, mais je suis encore plus opposé aux partis occidentaux. Il n'y a que les radicaux qui ne coopèrent pas avec l'Occident. Nous sommes prêts à former une coalition avec Alexandar Vucic, s'il renonce à l'union avec l'UE et cherche la coopération avec la Russie.

Je ne laisserai jamais notre parti devenir l'instrument de l'Occident qui fera tomber Alexandar Vucic. On veut qu'il quitte son poste, mais si c'est pour que les partis occidentaux s'emparent du pouvoir, ce n'est pas du tout notre objectif. Je suis donc modéré à l'égard d'Alexandar Vucic.

Je ne cesse pas pour autant de le critiquer, sans excès toutefois. Mais il n'y a pas d'arrangement secret entre nous, je suis guidé par les intérêts du peuple serbe.

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