«La Chine pourrait faire plus pour limiter les ambitions nucléaires de la Corée du Nord»

«La Chine pourrait faire plus pour limiter les ambitions nucléaires de la Corée du Nord»© KCNA Source: Reuters
Kim Jong-un assiste au lancement d'un missile ballistique

La Chine a certes mis la pression sur la Corée du Nord au sujet du nucléaire, mais même si Pyongyang se plaint, les deux pays sont loin de la rupture diplomatique, nuance Michael Pillsbury, consultant du département américain de la Défense.

La Corée du Nord continue d'ignorer les avertissements de l'ONU concernant la progression de ses technologies de missile. Le pays a effectué cinq essais nucléaires et de nombreux lancements de missile, dans l'objectif d'acquérir la capacité de lancer des missiles balistiques intercontinentaux.

Les récentes images satellites montrent que la Corée du Nord se prépare à un nouvel essai.

Le président Trump estime que la Chine pourrait faire plus pour aborder le problème. Le secrétaire d'Etat Rex Tillerson a déclaré récemment : «La politique de la patience stratégique est terminée. Nous explorons une nouvelle gamme de mesures diplomatiques, sécuritaires et économiques. Toutes les options sont sur la table.»

RT : Les approches des Etats-Unis, de la Russie et de la Chine concernant la Corée du Nord sont-elles différentes ?

Michael Pillsbury (M. P.) : Non, elles ont tendance à être parallèles. Tout comme la Russie, la Chine déclare depuis plusieurs années ne pas vouloir que la Corée du Nord ou la Corée du Sud acquièrent l'arme nucléaire. Ils nous ont rejoints, il y a quelques années dans des pourparlers communs, qui ont échoué. Mais elles étaient parallèles à l'époque, c'était des pourparlers sixpartites. Malheureusement, les Nord-Coréens ont été plus malins que la Russie, la Chine et les Etats-Unis, en promettant de mettre fin à leur programme contre l'obtention de deux réacteurs nucléaires et d'autres concessions. Maintenant, toutes les personnes impliquées dans ces pourparlers il y a dix ans tentent de s'en distancier.

La Chine continue de lui vendre du pétrole via le seul pipeline de Corée du Nord. C'est une grande source d'influence pour elle

RT : Le président Donald Trump est persuadé que la Chine peut faire plus pour convaincre les Nord-Coréens d'aider à résoudre le problème. Le peut-elle vraiment ? Et le fera-t-elle ?

M. P. : La Chine peut faire plus. La Chine n'a pas fait grand-chose jusque-là. Ils se sont quelque peu employés ces dernières semaines, de sorte que la Corée du Nord s'est mise à se plaindre, en prétendant que la Chine faisait le jeu des Etats-Unis. Mais je crois que si le niveau de tension entre la Chine et la Corée du Nord était vraiment élevé, nous serions au courant. Ils auraient, par exemple, rompu leurs relations diplomatiques. On en est encore loin. La Chine continue de lui vendre du pétrole via le seul pipeline de Corée du Nord. C'est une grande source d'influence pour elle.

Les Etats-Unis déploient leur système de défense antimissile en Corée du Sud, ce qui a été un bouleversement pour les Chinois

RT : Peut-on dire que la prochaine fois les Etats-Unis exigeront de la Chine qu'elle fasse quelque chose, ce sera de couper les vivres à la Corée du Nord ?

M. P. : Je pense que ce serait la prochaine étape, en plus d'autres choses qui se font actuellement – les Etats-Unis déploient leur système de défense antimissile en Corée du Sud. Cela a été un bouleversement pour les Chinois, parce qu'ils se méfient de nous. Ils croient que ce radar et les 48 missiles qui vont avec sont capables d'abattre des missiles chinois. Manifestement, ils n'en veulent pas.

RT : La Chine s'attend-elle à ce que les Etats-Unis ignorent la rhétorique qui vient de Kim Jong-un à ce sujet ?

M. P. : Non, ils nous ont rejoints au niveau de la rhétorique en condamnant la Corée du Nord.

RT : Les Japonais jouent maintenant un rôle dans cette affaire. Un missile est tombé à 300 kilomètres de leurs côtes. Cela les préoccupe, n'est-ce pas ?

M. P. : Cela les préoccupe, parce qu'ils croient qu'ils vont être ciblés avant les Etats-Unis.

Il existe une option militaire : ce n'est pas une invasion, mais le renforcement de la défense antimissile au Japon, en Corée du Sud et sur nos navires en mer autour de la Corée du Nord

RT : Il n'y a pas de bonne option militaire dans le cas de la Corée du Nord. Quelle est donc la solution ?

M. P. : Si, il existe une option militaire. Ce n'est pas une invasion, mais le renforcement de la défense antimissile au Japon, en Corée du Sud et sur nos navires en mer autour de la Corée du Nord. C'est cher. Mais nous pouvons construire un système capable d'abattre – disons, pour les dix prochaines années – toute sorte de missile que la Corée du Nord pourrait essayer de lancer en direction des Etats-Unis ou du Japon. C'est une sorte d'option militaire.

RT : Sentez-vous que le monde est uni, qu'il ne veut pas que la Corée du Nord ait cette capacité ?

M. P. : En théorie, oui. Mais quand il s'agit de mettre en place des sanctions vraiment sérieuses ou de couper le pipeline, cela n'a jamais été fait.

RT : La Corée du Nord perturbe-t-elle, comme vous l'écrivez dans votre livre, la grande mission de la Chine dans son objectif de devenir la superpuissance mondiale ?

M. P. : C'est exactement la façon dont ils voient la Corée du Nord. Ils veulent revenir à la course au PIB contre les Etats-Unis. Le leur est déjà à peu près dix fois plus élevé que celui de la Russie. C'est un pays qui est parti de très loin, dont on ne se préoccupait pas du tout sur le plan économique dans les années 1970. Ils nous ont déjà dépassés. Pour eux, la Corée du Nord est une diversion et cela pourrait contrarier Washington. Nous allons donc couper les liens commerciaux avec eux, ces liens dont le sénateur Bernie Sanders se plaignait beaucoup. Les Chinois veulent s'assurer que Bernie Sanders n'obtienne jamais ce qu'il veut. Lui et Donald Trump ont une certaine convergence de points de vue sur la Chine.

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