Les violences se répéteront si l'Etat ne répond pas à l'indignation morale créée par l'affaire Théo

 Les violences se répéteront si l'Etat ne répond pas à l'indignation morale créée par l'affaire Théo© Patrick KOVARIK Source: AFP
Février 2017 : les pompiers en train d'éteindre le feu pendant les émeutes à Bobigny.

Les émeutes qui ont suivi «l'affaire Théo» dans les banlieues sont semblables à celles qui ont eu lieu en 2005, estime Gérard Mauger, sociologue, directeur de recherche au CNRS. Le politique peut contribuer à l'apaisement en évitant les provocations.

RT France : Vous avez étudié les émeutes de 2005, voyez-vous des ressemblances entre ces événements et les émeutes qui se déroulent actuellement en banlieue parisienne ?

Gérard Mauger (G.M.) : Oui, cela y ressemble compte tenu du scénario global de cette histoire. Le même type de scénario se met en place, pas seulement depuis 2005. A travers ce qu’on peut appeler une bavure policière, si tant est qu'on puisse appeler ça une bavure, il y a une forme d’indignation morale à laquelle réagissent les jeunes concernés et qui donne lieu à la fois à des protestations inscrites dans le registre des actions politiques habituelles... manifestations, pétitions, délégation etc. Et d’autre part des manifestations émeutières, c’est-à-dire qui empruntent un registre, un répertoire d’actions politiques un peu ancien à travers des escarmouches physiques, des voitures brûlées, des agresssions contre les policiers, contre des bâtiments publics etc. D’une certaine façon le scénario est a priori le même.

RT France : Quelles en sont les différences ?

G.M. : Il y a deux choses à mon avis qui font que c'est un peu différent, en tout cas jusqu’à maintenant. La première, c’est la réaction des pouvoirs publics qui, au lieu d'en rajouter dans la provocation, ont fait le contraire. C’est vrai que la démarche de François Hollande en l’occurrence était une mesure d’apaisement tout à fait différente de ce qui s'est passé avec Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur. La réaction du maire d’Aulnay-sous-Bois Bruno Beschizza, aussi surprenante que cela puisse paraître, était aussi du même ordre. C’était une façon de calmer le jeu, de ne pas faire dans la provocation. En même temps, on a eu des choses qui pouvaient effectivement apparaître, sans doute, comme des provocations comme le rapport de l’IGPN ou la réaction du Parquet disant que c’est un accident. C’est quand même difficile à avaler.

Il y a un autre facteur qui me semble très important. C’est la réaction des médias

On a des réactions du pouvoir politique, une façon de calmer le jeu choses, qui peuvent faire penser que cela s’apaise mais on a aussi des provocations. Du coup, on a en termes de réaction à la fois la réaction politique ordinaire qui condamne les violences policières et puis d’autre part, des réactions émeutières dont je pense qu’elles ont quand même à voir avec les provocations.

RT France : Mais les émeutes durent depuis déjà une semaine, pensez-vous qu’il y a un moyen de les apaiser ?

G.M. : Il y a un autre facteur qui me semble très important. C’est la réaction des médias. Je pense que les médias en 2005 avaient eu une réaction un peu mal contrôlée, en mettant en place, un espèce de grand jeu national de voitures brulées, avec des scores qui s’affichaient tous les soirs. Et c'est tout à fait symptomatique lorsqu'il se sont mis d'accord pour arrêter [d'en rendre compte] leur nombre a baissé immédiatement après.

Dans le cas présent, je n’ai pas l’impression qu'on en est là. Alors savoir si cela va se calmer ou pas, à vrai dire je n'en sais trop rien. On peut imaginer en tous cas que la réaction du pouvoir politique est souvent essentielle. Depuis le temps qu’on trimballe ces histoires de contrôle au faciès et que cela fait partie des revendications des manifestants, je pense qu'il serait important de faire quelque chose. Cela peut certainement calmer le jeu ou en tout cas, contribuer à le faire.

RT France : Le fait que les réseaux sociaux s’enflamment chaque fois qu'il y a de tels événements peut-il aussi contribuer à l'ampleur de la mobilisation ?

G.M.: Oui, bien sûr. Les réseaux sociaux contribuent à leur manière à diffuser un certain type d’information. Je ne crois pas que ce soit capital mais c’est vrai que cela joue un certain rôle. Je pense qu'on est un peu fascinés par ces techniques. Il ne faut pas les surestimer. Je pense qu'ils ne ne fonctionnent pas tout seuls mais sur la base de quelque chose. Je pense qu'en l’occurrence il faut avoir à l’esprit le déclencheur, toujours le même d’ailleurs, à savoir une forme d’indignation morale. Est-ce que cette indignation morale est légitimée, elle l'est à mon avis. En tirer ou pas les conséquences, telle est la vraie question.

Lire aussi : Les manifestants en soutien à Théo dispersés à coups de gaz lacrymogènes à Rouen (VIDEO)

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