Bilan de Barack Obama : «Le "we did" laisse quand même à désirer»

Bilan de Barack Obama : «Le "we did" laisse quand même à désirer»© Jonathan Ernst Source: Reuters

Le bilan de Barack Obama a également contribué à la defaite de Hillary Clinton, tant au plan intérieur qu’au plan extérieur, estime le directeur adjoint de la rédaction de Marianne, Jack Dion.

RT:Le président américain Barack Obama a prononcé le 10 janvier son discours d’adieu. Au regard de son bilan, pensez-vous qu’il a été à la hauteur du prix Nobel de la Paix qui lui avait été décerné en 2009 ?

Jack Dion (J. D.) : Je dirai qu’il a bien commencé son parcours et qu’il l’a mal terminé. Il l’a bien commencé parce que, effectivement, il y a eu rupture avec l’époque de George Bush et de la sinistre guerre d’Irak et, au début, Barack Obama a fait un discours retentissant, où il a annoncé des bouleversements. C'était un discours neuf à l’intention notamment des pays du Proche-Orient. Et finalement, à l’arrivée, qu’est-ce qu’on aura eu ? On aura eu pratiquement le retrait américain de la scène du Proche-Orient, notamment en Syrie où ils ont disparu de la course. On a eu un renforcement de l’OTAN en Europe avec son extension jusqu’aux frontières de la Russie, des armées téléguidées par Washington, et une lutte contre le terrorisme qui n'est, dans les faits, pas toujours évidente à suivre. Donc je dirais qu’il y a eu beaucoup de promesses, beaucoup d’espoirs et peu de réalisations à l’arrivée. Quand il dit qu’il est arrivé sur le thème de «Yes we can» et qu'il part en disant «Yes we did», le «we did» laisse quand même à désirer. Tant d’ailleurs au plan intérieur qu’au plan extérieur.

On dénonce les prisonniers politiques à Cuba mais le vrai scandale de Cuba et d’Etat est celui de Guantanamo

RT: En 2008 Obama a également promis de fermer la prison de Guantanamo, ce qu’il n’a finalement pas fait. Selon vous, pourquoi n’a-t-il pas accompli ce qui était l'une de ses promesses électorales centrales ?

J. D.: Oui, vous avez raison, effectivement, c'était une de ses promesses centrales. Je pense en l’occurrence que Guantanamo est un véritable scandale parce que, dans cette prison, qui est sur une partie du territoire cubain occupée par les Américains, ils ont enfermé des gens qui n’ont jamais été jugés. Et, effectivement, Barack Obama avait promis de la fermer mais il ne l’a pas fait. Je pense qu’il s’est heurté dans cette affaire à un blocage interne considérable dans l’appareil judiciaire de l’appareil militaire américain. Il n’a pas été en mesure de faire appliquer ce qu’il avait décidé de faire et on se retrouve avec une situation assez ubuesque. On donne des leçons de démocratie à Cuba - justifiées parce que Cuba est effectivement un pays qu’on peut critiquer quant à l’application de la démocratie. On dénonce les prisonniers politiques à Cuba mais le vrai scandale d’Etat à Cuba c'est Guantanamo, une partie du territoire cubain contrôlée par les Américains avec une prison où les droits de l’homme sont piétinés au quotidien.

Les Etats-Unis ne sont pas les mieux placés pour faire la leçon dans le domaine de l’ingérence, de l’espionnage

RT France : Barack Obama a promis une transition «lisse» entre son administration et celle de Donald Trump. Cependant il a fait expulser 35 diplomates russes en mettant les relations russo-américaines en péril, une «détérioration sans précédent» à en croire le Kremlin. Est-ce un bon passage de pouvoir ?

J. D. : Cette affaire est assez rocambolesque. On a accusé la Russie, en se fondant uniquement sur des affirmations des services secrets américains, sans aucune preuve, et Barack Obama a effectivement pris une mesure spectaculaire que l’on n’attendait pas de sa part. Je n’ai aucune information quan à ce que les Russes ont fait ou pas fait. Il est possible qu’ils aient fait quelque chose mais, jusqu’à preuve du contraire, quand on dénonce quelqu’un, on apporte des preuves.

Dire que ce sont les Russes qui ont facilité l’élection de Trump en torpillant la candidature de Hillary Clinton est assez ubuesque parce que, après tout, les Américains ont voté

Les Etats-Unis ne sont pas les mieux placés pour donner des leçon dans le domaine de l’ingérence, de l’espionnage – ce qu’on sait depuis les révélations de la NSA, de Snowden et d'Assange. On sait qu’ils ont espionné pratiquement tous les pays, tous les présidents des pays dits «amis», à commencer par Angela Merkel et François Hollande. Maintenant, dire que ce sont les Russes qui ont facilité l’élection de Trump en torpillant la candidature de Hillary Clinton est assez ubuesque parce que, après tout, les Américains ont voté ! Quelle que soit la source des e-mails qui ont fuité, personne n’a contesté la véracité des faits. C’est invraisemblable d’en arriver à la conclusion que ce sont les Russes qui ont fait élire Trump. Il a été élu parce que le camp démocrate a considérablement baissé en influence électorale – ce qui est aussi une claque pour Barack Obama. Il s’est engagé pour Hillary Clinton et, s’il avait un aussi bon bilan qu’il l'a dit, elle aurait été élue.

Clinton a considérablement baissé, notamment dans les régions très populaires. Donc, si une partie du peuple américain s’est détachée du vote démocrate c’est aussi à cause du bilan de Barack Obama, notamment aux plans social et économique. La situation économique aux Etats-Unis est beaucoup plus fragile et plus dure que ce qu’on dit et c’est ce qui a fait perdre Hillary Clinton, pas d’éventuelles ingérences de services secrets ou des espions russes. Ce qui est toujours néanmoins possible puisque tout le monde s’espionne et essaye de manipuler l’autre. C’est vieux comme le monde. Mais en déduire que cela a une telle importance que les Etats-Unis en soient venus à expulser des diplomates en fin de parcours ce n’est pas glorieux. 

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