La présidentielle française menacée par les hackers russes ? Encore la volonté de «cibler la Russie»

La présidentielle française menacée par les hackers russes ? Encore la volonté de «cibler la Russie»© Dado Ruvic Source: Reuters
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Au lieu de se réjouir de l'émergence des nouveaux médias, l'élite française, habituée à suivre les Etats-Unis, les considère comme une menace pour sa propre sécurité. L'avocat Damien Lempereur se penche sur la menace présumée d'une attaque russe.

RT France : Pensez-vous que la préoccupation du ministre de la Défense français au sujet de piratages hypothétiques de la part de la Russie pour influencer les élections françaises soit justifiée ?

Damien Lempereur (D. L.) : Il est évident que l’on peut être inquiet d’une éventuelle attaque électronique à partir du moment où on a un vote électronique. A Debout la France, on s’est toujours opposé au vote électronique, puisqu’il laisse la porte ouverte à tout type d’attaques, il n’est pas transparent, et on n’a aucun moyen de vérifier le résultat. C’est une bonne occasion de rappeler que le vote doit être citoyen et doit faire l'objet d’un dépouillement public. Ensuite, que le ministre de la Défense s’inquiète d’une éventuelle attaque électronique, pourquoi pas, mais je ne vois pas pourquoi il ciblerait particulièrement la Russie, il oublie de citer les autres puissances. On sait très bien que tout le monde espionne tout le monde, que derrière cette sortie du ministre il y a encore une fois une volonté de cibler la Russie, une volonté que l’on ne comprend pas dans le contexte international. Nous, on pense au contraire qu’on a besoin de la Russie pour régler des problèmes, notamment au Moyen-Orient.

Je n’ai jamais vu un ministre faire une sortie contre CNN, qui est un média américain et qui défend des intérêts certainement plus américains que français

RT France : Jusqu’à ce jour les agences de renseignement américaines n’ont pas apporté de preuves de l’ingérence de la Russie dans l’élection américaine, mais le rapport de la CIA et des autres services du renseignement américain pointe du doigt les médias russes, dont RT, dans l’élection de Donald Trump. Pensez-vous que RT puisse d’une certaine façon influencer la donne en France ?

D. L. : D’abord, il y a le volet technique, ce qu’on appelle cyberattaque, électronique, qui pose des questions de sécurité, et le volet politique. Il est évident que quand vous avez des débats médiatiques ouverts, avec des interlocuteurs de différentes nationalités, vous allez avoir des influences. Ce n’est pas mon rôle de dire que les Russes n’ont aucune volonté d’influence l’opinion publique en France, aux Etats-Unis. Mais la question, c’est pourquoi on fait de RT une cible, alors qu’on ne parle jamais de CNN. Je n’ai jamais vu un ministre faire une sortie contre CNN, qui est un média américain et qui défend des intérêts certainement plus américains que français.

On est dans une situation paradoxale, parce qu’en France nos élites, nos responsables politiques et certains milieux ont tendance à suivre tout ce qui vient des Etats-Unis, que ce soit les discours mainstream, d’un point de vue culturel. Ceux qui sont les premiers à se ranger derrière les intérêts américains tout d’un coup verraient d’un mauvais œil l’arrivée d’un nouvel acteur sur le «marché». Je trouve que c’est un deux poids deux mesures qui caractérise malheureusement  la politique de la France en matière de défense et d'affaires étrangères. Je ne dis pas qu’il n’y a pas d’influence, il y a des tentatives d’influence de tous les côtés, et c’est normal, c’est le jeu de la diplomatie internationale. Mais le rôle de la France est simplement de se protéger des attaques techniques et, en ce qui concerne les médias, de laisser la place au pluralisme.

On a, au contraire, un gouvernement qui a fait passer des lois liberticides, qui a changé les règles de la présidentielle, un système médiatique en France qui laisse très peu de place à la diversité politique, puisqu’on entend très peu de candidats indépendants en France. Dans ce contexte là, on ne peut que se réjouir que de nouveaux acteurs arrivent et que de nouveaux médias émergent. Ceux qui s’en plaignent sont, à mon sens, de mauvaise foi, parce qu’ils ont peur que ces nouveaux acteurs bousculent leurs petits intérêts bien établis.

Tout nouvel arrivant qui produit un service et une information de qualité est une bonne nouvelle

RT France : Le fait que d’autres médias étrangers arrivent sur l’échiquier médiatique peut-il jouer contre le système établi des élites françaises ?

D. L. : Je pense que tout nouvel arrivant qui produit un service et une information de qualité est une bonne nouvelle, quelle que soit la nationalité des journalistes ou même des structures de financement, dans la mesure où ils respectent les règles du CSA et où l’information et le travail sont de qualité. 

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