«Je suis prêt» : François Hollande essaie de faire oublier tous les renoncements de son quinquennat

Le président français François Hollande.© Eric Gaillard Source: Reuters
Le président français François Hollande.

Ce n'est que pour «amuser la galerie et occuper un terrain politique» que François Hollande critique les Etats-Unis, affirme le directeur adjoint de la rédaction de Marianne Jack Dion en commentant la dernière interview du président français.

RT France : Le président Hollande affirme dans sa dernière interview à l'Obs qu’il est toujours de gauche et qu’il n’a pas changé d’idées. Est-ce le cas, à votre avis ?

Jack Dion (J. D.) : Non. François Hollande a effectivement été élu par des gens qui espéraient une politique de changement en France grâce à son accession au pouvoir. A l’arrivée, ils se retrouvent avec un président qui, grosso modo, suit la même ligne économique et sociale que son prédécesseur, Nicolas Sarkozy. Les résultats sont catastrophiques pour les Français et pour la France. Se contenter de dire «Je suis de gauche, je reste de gauche» tout en assumant une politique qui ne l’est pas, c’est absolument inaudible pour les Français. Voilà ce qui explique les résultats déplorables de François Hollande dans les sondages. La situation est telle qu’au sein même de sa famille politique, nombreux sont ceux qui sont sceptiques sur ses chances d’être réélu.

RT France : Pensez-vous que cette interview soit faite dans une optique présidentielle ?

J. D. : C’est évident. François Hollande est candidat, il veut tout faire pour être candidat. Malgré une situation politique, économique et sociale déplorable, il a une stratégie de futur candidat. Un seul exemple : avant de se présenter en 2012, François Hollande avait donné une interview au Journal du Dimanche titrée : «Je suis prêt». Or, sa récente interview au Nouvel Observateur est également titrée : «Je suis prêt». C’est la même stratégie, sauf qu’entre-temps il s’est passé un quinquennat qui débouche sur une impasse pour la France et pour les Français. Il lui est donc extrêmement difficile de se représenter, mais sa stratégie est celle d’un candidat non-déclaré à l’élection présidentielle.

RT France : François Hollande s’en est violemment pris aux Etats-Unis dans son interview, en dénonçant un abus de pouvoir quand il s'agit de récupérer de l’argent et une insuffisance de pouvoir quand il s'agit de faire la paix. D’où vient cette attaque, le pense-t-il vraiment, ou c’est toujours une logique électorale ?

J. D. : C’est une logique tactique, parce qu’une des marques de son quinquennat est un alignement accentué sur les Etats-Unis. C’était déjà le cas du temps de Nicolas Sarkozy, mais il est évident qu’on attendait d’un président qui se réclame de la gauche une politique d’indépendance plus fidèle à l’image de la France, notamment à ce qu’elle fut du temps du général de Gaulle. Or la France est restée dans l’OTAN. Elle s’est contentée de suivre les Etats-Unis au Moyen-Orient, notamment en Irak et en Syrie. Si François Hollande hausse le ton vis-à-vis des Etats-Unis, c’est pour rassurer le peuple de gauche. Mais les Etats-Unis continuent à exercer leur domination politique, économique, diplomatique, en rupture totale avec les déclarations d’indépendance proclamées.

RT France : Quant aux autres candidats du camps de droite, comme Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, vont-ils également exploiter ce non-alignement avec les Etats-Unis ?

J. D. : Globalement, quel que soit la tactique politique des uns et des autres, les favoris de la primaire de droite sont sur une même ligne stratégique politique, une ligne pro-américaine, pro intégration européenne et globalement russophobe. De ce point de vue, les différences entre eux sont minimes, et c’est bien regrettable dans un pays qui se réclame encore du général de Gaulle. 

RT France : Pourquoi alors François Hollande se différencie des leaders, des candidats les plus forts ?

 J. D. : Il sait que dans son électorat, à gauche, il y a un fort mécontentement vis-à-vis de la domination américaine, que ce soit au plan militaire ou économique. Je pense aux manifestations dans plusieurs villes d’Europe, contre le projet du Traité transatlantique, le TAFTA ou le CETA avec le Canada. Les peuples veulent des échanges mieux ordonnés, plus coordonnés, plus respectueux des identités nationales et ils dénoncent la toute puissance américaine. Voilà pourquoi François Hollande essaie de faire oublier tous les abandons concédés au long de son quinquennat. Mais c’est un peu tard et il en faudrait davantage, à mon avis, pour lui redonner une crédibilité perdue. 

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