Poursuivant ses objectifs bellicistes, l'Occident exploite sans vergogne l'image d’un garçon syrien

© Mahmoud Rslan Source: Reuters

La très médiatisée image du petit garçon ensanglanté et couvert de cendres à l’Alep frappe la communauté internationale, ce qui permet à l’Occident de promouvoir sa stratégie politique, assure le journaliste Finian Cunningham.

Combien de fois avons-nous déjà vu cela ? Les médias occidentaux qui se concentrent sur la souffrance humaine ou la déforment afin de réaliser leur agenda politique de base, celui de la guerre, et de répondre aux intérêts des puissants.

Ce n'est pas par hasard si, après des frappes aériennes présumément opérées par le gouvernement syrien ou les forces russes, les médias occidentaux se sont acharnés à montrer les images d’un garçon de cinq ans retrouvé dans les décombres d’Alep, alors que, le jour suivant, les avions de combat américains décollaient pour survoler la Syrie du nord et repousser les chasseurs-bombardiers syriens Su-24.

Paradoxalement, l’image d’un enfant souffrant est exploitée afin d’obtenir un résultat qui entraînera la souffrance de beaucoup, beaucoup plus d’enfants.

Randy Martin, politologue américain de crookedbough.com a écrit : «C'est le prélude à une guerre totale en Syrie qui amènera inévitablement une confrontation directe entre les forces américaines et russes.»

Randy Martin est persuadé qu'une cabale belliciste à Washington veut une «confrontation existentielle» avec la Russie. Ce «parti de guerre» comprend des groupes de réflexion bellicistes, des sociétés militaires, le Pentagone et la CIA, dont la vision du monde repose sur l'idée de domination totale du monde par l'Amérique. «Ils espèrent qu'Hillary Clinton remportera la présidentielle», explique l'analyste. «La guerre avec la Russie en Syrie donnerait des opportunités à cette cabale que Hillary Clinton semble volontiers vouloir satisfaire.»

Paradoxalement, l’image d’un enfant souffrant est exploitée afin d’obtenir un résultat qui entraînera la souffrance de beaucoup, beaucoup plus d’enfants.

Ce n'est non plus pas par hasard si les médias occidentaux ont présenté la semaine dernière des rapports indiquant que des milliers des détenus sont morts pendant leur incarcération dans des prisons syriennes.

L'idée incontestable est de discréditer encore davantage et diaboliser le gouvernement élu de la Syrie et ses alliés étrangers

Il y a également eu des rapports affirmant que, depuis l'ordre d'intervention militaire de la Russie en Syrie annoncé en septembre dernier par Vladimir Poutine, ses forces ont «tué plus de civils que les terroristes» membres de Daesh et autres extrémistes. La dernière affirmation est fondée sur les chiffres présentés par le soi-disant Réseau syrien pour les droits de l’homme qui est, selon les sources fiables, un front politique des gouvernements occidentaux. Le réseau, enregistré au Royaume-Uni, appelle évidemment la Russie «le régime russe».

L'idée incontestable est de discréditer encore davantage et diaboliser le gouvernement élu de la Syrie et ses alliés étrangers, ce qui servira ensuite de prétexte à une intervention occidentale dans le pays, qui serait considérée comme agression illégale d’un point de vue normal et rationnel.

Mahmoud Raslan, photojournaliste «autoproclamé», a été vu sur des selfies postés sur les réseaux sociaux dans en compagnie des militaires du groupe Nour al-Din al-Zenki, ces mêmes personnes qui avaient, il y a un mois, posté une vidéo de la décapitation d'un garçon de 12 ans près d’Alep

Plusieurs observateurs de médias alternatifs ont remis en question la validité de l’image désormais emblématique du garçon de 5 ans nommé Omran Daqneesh. Par exemple, les commentateurs du site OffGuardian ont mis en évidence des anomalies dans la séquence vidéo, en suggérant qu'elle avait été mis en scène pour atteindre l’effet de propagande. Le soi-disant Centre médiatique d'Alep, qui a présenté les images aux médias occidentaux a, évidemment, des liens avec le groupe interdit Fatah al-Sham (anciennement le Front al-Nosra).

D’autres observateurs ont noté que Mahmoud Raslan, photojournaliste «autoproclamé», a été vu sur des selfies postés sur les réseaux sociaux dans en compagnie des militaires du groupe Nour al-Din al-Zenki, ces mêmes personnes qui avaient, il y a un mois, posté une vidéo de la décapitation d'un garçon de 12 ans près d’Alep.

Le ministère russe de la Défense a rejeté les affirmations selon lesquelles ses avions ont participé aux frappes d'Alep. Igor Konashenkov, général de division, a précisé que les forces russes n’étaient pas exploitées dans le district oriental de Qaterji le jour des frappes présumées. Il a ajouté que, d'après les images du site de l'explosion, elle a probablement été causée par un obus de mortier qui aurait pu être tiré pas les militants hostiles au gouvernement. Cela correspond aux déclarations selon lesquelles ces militants maintenait la population civile à l'est d'Alep en tant qu'otages et boucliers humains.

Pourquoi les médias occidentaux ne donnent-ils pas autant d'importance aux milliers d'enfants qui ont été tués ou mutilés par les militants anti-gouvernementaux ou les avions de combat américains ?

La politisation d'une image censée montrer un petit garçon, la tête ensanglanté, couvert de poussière, devient évidente, si l'on prend un peu de recul et qu’on délaisse un peu les émotions. Pourquoi les médias occidentaux ne donnent-ils pas autant d'importance aux milliers d'enfants qui ont été tués ou mutilés par les militants anti-gouvernementaux ou les avions de combat américains ?

Pourquoi, doit-on se demander, cette image en particulier est devenue «emblématique» ? Qu’en est-il de ce nombre incalculable d'enfants souffrant en Afghanistan, en Irak, en Libye, au Mali et ailleurs où Washington et ses alliés occidentaux ont mené des guerres douteuses et des invasions ?

Le jour même où toutes les chaînes occidentales ont mis partout la photo d'Omran, les avions de combat saoudiens soutenus par les Etats-Unis ont bombardé une école au Yémen en tuant dix enfants. Pourquoi n’avons-nous pas vu d'images dans les médias occidentaux ?

De fameux incidents rappellent comment les médias occidentaux peuvent non seulement avoir un «focus sélectif», faire des «omissions», aller jusqu'à fabriquer des choses

Cette focalisation des médias occidentaux sur la souffrance humaine est certainement plus compliquée qu'elle n'y paraît. Cette semaine, la Russie a eu raison de dénoncer la «manipulation cynique» des images, la qualifiant d'une tentative de marquer des points politiques et de manipuler les sentiments publics.

De fameux incidents rappellent comment les médias occidentaux peuvent non seulement avoir un «focus sélectif», faire des «omissions», aller jusqu'à fabriquer des choses. Rappelez-vous l’image de la jeune fille émaciée qui, comme l'indiquaient les médias occidentaux, venait d'une enclave en Syrie assiégée par «les forces de régime» essayant d'affamer la population rebelle. Il s'était avéré que la petite fille était libanaise et n'avait aucun rapport avec le conflit syrien.

Souvenez-vous encore du massacre de Houla en mai 2012. Plus de 100 villageois ont été massacrés dans cette attaque, et les médias occidentaux se sont précipités à accuser les milices soutenant le gouvernement de Bashar el-Assad. Il s'est avéré ensuite que des mercenaires soutenus par l’Ouest avait commis cette atrocité dans le but de compromettre le gouvernement syrien.

On a appris que c'était des militants du groupe Jaysh al-Islam, soutenus par les Etats-Unis, qui avaient effectué le massacre de la Ghouta, essayant délibérément de provoquer le dépassement de la «ligne rouge» pour motiver des frappes américaines en Syrie

Le massacre «sous faux drapeau» peut-être le plus connu, c'est celui de l'attaque aux armes chimiques contre la banlieue de Damas, la Ghouta, en août 2013. Les images d’enfants suffocant ont été diffusées partout dans les médias occidentaux. Plus tard, on a appris que c'était des militants du groupe Jaysh al-Islam, soutenus par les Etats-Unis, qui avaient effectué ce massacre, essayant délibérément de provoquer le dépassement de la «ligne rouge» pour motiver des frappes américaines en Syrie.

Les manipulations médiatiques du conflit syrien que l'Occident effectue sans vergogne – tout comme bien d'autres, dont, par exemple, «l'imminent massacre de Benghazi» par Mouammar Kadhafi qui a servi de prétexte aux bombardements de l'OTAN en Libye et le renversement du gouvernement en 2011 – correspondent toujours à un changement de stratégie politique.

Le massacre de Houla de 2012 a eu lieu deux jours avant la réunion prévue au Conseil de sécurité de l’ONU et portant sur le renforcement des sanctions contre le gouvernement de Bashar el-Assad. Les atrocités dans la Ghouta ont eu lieu au moment où Washington cherchait une excuse pour franchir la ligne rouge et envoyer ses militaires directement en Syrie.

Washington veut désespérément contrecarrer l'offensive soutenue par la Russie et qui met fin à son modèle de changement de régime

L’image du petit garçon d’Alep relève du même modèle dans la quête d’objectifs politiques.

Le lutte pour Alep marque le dernier combat des militants soutenus par l’Occident. Leur défaite probable, face aux actions des forces syriennes, russes, iraniennes et du Hezbollah, présagent la fin de cette guerre de six ans que Washington et ses alliés ont initiée dans le but secret de changer illégalement le régime. 400 000 Syriens ont péri dans cette guerre attisée par l'Occident.

Washington veut désespérément contrecarrer l'offensive soutenue par la Russie et qui met fin à son modèle de changement de régime.

Les appels de l'Occident à des cessez-le-feu et des zones d’exclusion aérienne sont illustrés par des images saisissantes d’enfants plongés dans la souffrance. Mais la préoccupation réelle et fondamentale est de donner un répit aux proxies de l’Occident à Alep, et d'empêcher la défaite finale.

La candidate à la présidentielle Hillary Clinton a déjà indiqué son intention d'intensifier l'engagement américain en Syrie. Ses partisans au sein de la CIA et du Pentagone prônent également l'idée de «tuer les Russes» et de fournir des missiles de défense antiaérienne à leurs proxies djihadistes

Le fait que Washington ait envie de faire la guerre en Syrie est un signe inquiétant, comme le montre l'analyste américain Randy Martin – et d'autres avec lui.

La candidate à la présidentielle Hillary Clinton a déjà indiqué son intention d'intensifier l'engagement américain en Syrie. Ses partisans au sein de la CIA et du Pentagone prônent également l'idée de «tuer les Russes» et de fournir des missiles de défense antiaérienne à leurs proxies djihadistes.

Dans le cadre de ce prélude à la guerre, on peut s'attendre à voir être exploitées encore plus d'images d’enfants pour convaincre le public d'accepter l'agenda méprisable de Washington.

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