Rachid Nekkaz : il vaut mieux que l’UE favorise un Etat fort en Libye que recourir à la force

Les migrants à la côte italien Source: Reuters
Les migrants à la côte italien

En commentant la décision de l’UE visant à combattre le trafic des migrants en méditerranée, l'homme politique algérien Rachid Nekkaz dans une interview à RT qualifié d’illégitime l’opération militaire, «car elle n’a pas été sanctionnée par l’ONU»

RT France : Que pensez-vous de l’approbation par l’UE de l’opération militaire le long des côtes libyennes, prise par les ministres des affaires étrangères et de la défense des pays de l’UE?

Rachid Nekkaz : Je pense que la décision de l’Union européenne de mettre en place une opération militaire anti-migration dans les eaux territoriales libyennes est illégitime car elle n’a pas été sanctionnée par l’ONU. Il ne faut pas que l’UE se presse par rapport à la question de l’immigration mais plutôt qu’elle réfléchisse bien à sa politique étrangère en Afrique du Nord qui a, en fait, causé ce flux massif de migrants vers l’Europe. Il ne faut pas oublier que c’est suite à une décision de la France qu’il y a eu une invasion de la Libye et le démantèlement du système politique libyen, et c’est aujourd’hui à cause de l’instabilité qui règne en Libye que nous faisons face à ce flux d’immigrés de ces régions.

RT France : Pourquoi, d’après vous l’Union européenne ne prend pas en considération l’opinion des deux gouvernements libyens qui se sont exprimés contre cette opération ?

RN : Aujourd’hui malheureusement, il n’y a plus d’Etat libyen capable d’imposer sa volonté à ses voisins de la Méditerranée. Il faut favoriser l’installation d’un état fort en Libye et c’est uniquement à la condition d’avoir un état fort et stable en Libye qu’on pourra envisager un partenariat entre l’Union européenne et l’Afrique du Nord par rapport à la question sensible de ces migrants, ces clandestins, ces boat people du XXIème siècle.

L’UE sait que depuis que Kadhafi n’est plus le chef politique de la Libye, il n’y a plus d’Etat libyen, il n’y a plus de partenaire crédible en Libye. On voit bien que malgré les efforts de l’Algérie par exemple pour essayer de favoriser une entente entre les différentes composantes politiques de la Libye, on voit bien qu’il n’y a pas de résultat positif. Donc, l’Union européenne devrait plutôt aider les différentes composantes politiques de la Libye pour mettre un place à nouveau un état stable et pour cela, il faut que l’UE travaille avec les partenaires comme l’Algérie, la Tunisie, le Maroc et l’Egypte pour justement favoriser l’émergence d’un état stable en Libye.

Des migrants attendent leur débarquement dans un port sicilien
Des migrants attendent leur débarquement dans un port sicilien

RT France : Quel impact pensez-vous, aura cette opération militaire visant à «identifier, capturer et détruire les bateaux avant qu'ils ne soient utilisés par les trafiquants» ?

RN : Je pense que cette décision de l’UE de mettre en place cette force militaire anti-trafiquants de migrants est une opération essentiellement médiatique. On sait bien que les réseaux de l’immigration clandestine sont plutôt au Mali et dans le Sud algérien, et je crois qu’il faut s’attaquer à la source du problème, c’est-à-dire à l’instabilité politique de ces pays si on veut lutter efficacement contre l’immigration clandestine en Méditerranée. Donc, il faut sortir de ces effets de manche, de ces coups médiatiques car il n’y aura pas de résultat. Donc c’est simplement pour toucher l’opinion publique européenne, dire que l’Europe fait quelque chose contre cette immigration clandestine.

N’oublions pas qu’en France, il va y avoir des élections très importantes en 2017, et je crois que le président Hollande cherche à montrer à l’électorat français que la France fait quelque chose contre cette immigration. Je crois plutôt que la France devrait aider l’Algérie à trouver une solution en Libye et surtout ne pas exploiter les ressources naturelles de ces pays-là s’ils veulent vraiment trouver une solution par rapport à la question de l’immigration. Car il y a un lien direct entre la politique étrangère de l’UE, et notamment de la France, et cette immigration qui va être de plus en plus importante dans les années à venir. Je crois que l’opinion publique française doit en prendre conscience si elle veut avoir moins d’immigrés clandestins sur le territoire français et plus largement sur le territoire européen.

RT France : Un conseiller du gouvernement libyen dit que les navires qui servent à transporter les migrants et les réfugiés sont aussi utilisés pour transporter des combattants de Daesh. Comment cela pourrait influencer les activités de Daesh dans la région ?

RN : Je crois qu’on est en train de semer la confusion dans l’esprit de l’opinion publique internationale. Daesh en tant que tel n’est pas une organisation qui fonctionne librement, et si Daesh aujourd’hui a fait main basse sur le territoire libyen ou sur le territoire irakien ou syrien, c’est parce que les puissances occidentales n’ont pas décidé de les attaquer. On laisse faire Daesh, il vend maintenant du pétrole dans le marché parallèle. S’il y avait une véritable volonté des Etats-Unis et de l’Union européenne pour combattre Daesh, cela ferait longtemps qu’on entendrait plus parler d’eux.

Je crois que pour en revenir à cette question de migration en Méditerranée, il faut que la France et l’Allemagne soutiennent les efforts diplomatiques de l’Algérie pour qu’en Libye, il y ait enfin un Etat stable avec des institutions durables et c’est à cette condition simplement qu’on pourra lutter efficacement contre cette nouvelle offensive des immigrés clandestins en Méditerranée à destination de l’Europe.

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